Pourquoi Le Mali s’attaque aux Motos de 125cm³ ?


Le gouvernement malien a décidé de durcir les conditions d'utilisation des motos de 125 cm³ et plus. Entre restriction de circulation, suspension des importations et contrôle accru des deux-roues, les autorités affichent un objectif clair : réduire la mobilité des groupes armés qui utilisent de plus en plus ces engins lors de leurs opérations. 
 
Juin 2026 marque un nouveau tournant dans la stratégie sécuritaire du Mali. À travers un arrêté interministériel signé par cinq départements ministériels, les autorités ont suspendu la circulation des motocyclettes de 125 cm³ et plus en dehors des grandes agglomérations. Dans le même élan, elles ont également interdit, pour une durée d'un an renouvelable, l'importation, le transit, la commercialisation, la vente et la distribution gratuite de ces engins sur l'ensemble du territoire national. Cette décision intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu, marqué par la multiplication des attaques armées dans plusieurs régions du pays. Ces derniers mois, les groupes armés ont régulièrement eu recours aux motos de forte cylindrée pour mener des attaques éclair, transporter des combattants ou se replier rapidement après leurs opérations. Leur mobilité sur des pistes difficilement accessibles aux véhicules classiques en fait un moyen de déplacement privilégié dans plusieurs zones du Sahel.
 
Une réponse à l'évolution des modes opératoires
 
Les motos sont devenues un élément central des stratégies employées par les groupes armés dans la bande sahélienne. Rapides, peu coûteuses et capables d'emprunter des pistes isolées, elles permettent de contourner les dispositifs de contrôle et de mener des attaques ciblées avant une dispersion rapide. Les récentes attaques coordonnées ayant frappé plusieurs localités maliennes ont remis cette problématique au cœur des préoccupations sécuritaires. Face à cette évolution, les autorités entendent limiter la circulation des motos les plus puissantes hors des principaux centres urbains et renforcer le contrôle des déplacements.
 
Ce que prévoit l'arrêté
 
L'arrêté interministériel précise que la suspension de circulation concerne les motocyclettes d'une cylindrée de 125 cm³ et plus hors des grandes agglomérations. Sont considérés comme grandes agglomérations le district de Bamako, les chefs-lieux de région, de cercle et d'arrondissement. Le texte prévoit également que les représentants de l'État au niveau régional pourront, si la situation sécuritaire l'exige, étendre cette interdiction à certaines de ces localités. L'application de la mesure est confiée aux forces de défense et de sécurité, notamment la Police nationale, la Gendarmerie et les commandants des théâtres de l'opération « Dougoukoloko ».
 
Un impact attendu au-delà de la sécurité
 
En suspendant également l'importation et la commercialisation des motos de 125 cm³ et plus, le gouvernement cherche à limiter progressivement la disponibilité de ces engins sur le territoire national. Les opérateurs disposant déjà de stocks ou de commandes devront les déclarer auprès des services compétents dans les délais fixés par les autorités, sous peine de sanctions. Si cette décision est présentée comme une mesure de sécurité publique, elle pourrait également avoir des répercussions sur les commerçants, les transporteurs et de nombreux usagers qui utilisent quotidiennement ces motos, notamment dans les zones rurales où elles constituent souvent le principal moyen de déplacement.
 
Entre impératif sécuritaire et réalités du terrain
 
En optant pour ces restrictions, Bamako fait le choix de renforcer son dispositif de lutte contre les groupes armés en ciblant un outil devenu stratégique dans leurs modes opératoires. Reste désormais à mesurer l'efficacité de ces mesures sur le terrain et leur impact sur les populations, appelées à concilier les exigences de sécurité avec les besoins quotidiens de mobilité.

Fatoumata Gadjigo ( Stagiaire)
Jeudi 2 Juillet 2026
Dakaractu