Pêche : En retardant la finalisation de son adhésion à l’initiative FITI, le Sénégal refuse-t-il la transparence ?


Le phénomène de la migration irrégulière a repris de plus belle. Mais la nouveauté de cette recrudescence est à chercher dans le profil des candidats qui, pour la majorité sont des pêcheurs. Un changement qui doit interpeller selon beaucoup d’acteurs de ce secteur porteur d’emplois et de richesse. 

Interrogés, les concernés convoquent la rareté du poisson et accusent les grands exploitants que sont les bateaux-usines « qui pillent nos eaux ». Une des conséquences de l’absence de transparence dans la gestion des ressources halieutiques. Pourtant les initiatives ne manquent pas.

Depuis 2016, le président Macky Sall s’était engagé à adhérer à l’initiative FITI (Fisheries Transparency Initiative). La FITI est dans la pêche ce que l'ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives) dans les ressources extractives. Sauf que le Sénégal n'a pas fait montre de la même diligence dans son adhésion à la deuxième qu'avec la première. 

En effet, quatre ans après l'engagement du président Sall en Mauritanie, notre pays traîne encore le pas. Des six conditions d’adhésion, le Sénégal n’a rempli que deux, à savoir l’engagement public fait par le président et la disponibilité d’un environnement propice à la participation des parties prenantes. Par contre, il tarde à désigner un ministère de tutelle ou un haut responsable de la FITI, indique Mansour Ndour. 

Le coordonnateur de la FITI en Afrique de l’Ouest qui participait à un atelier de sensibilisation des journalistes sur les Normes FITI organisé par le Forum Civil et le PCRM, liste aussi l’absence d’un groupe national multipartite, d’un secrétariat et d’un plan de travail.

Même s’il refuse de parler de blocage, Mansour Ndour craint que ce retard accusé par le Sénégal dans la finalisation de son adhésion aux normes ITIE risque de lui coûter son engagement. Pourtant de l’avis des acteurs de la pêche qui ont pris part aux travaux de ce matin, adhérer aux normes FITI aiderait les autorités à mettre de l’ordre dans ce secteur à problème. Mais de quelles exigences s’agit-il ?

Elles sont au moins au nombre de douze tournant autour de la mise à disposition de toute information sur le registre public des lois, le régime foncier, les accords de pêche avec les pays étrangers, l’état des ressources halieutiques, le registre des navires pour la pêche industrielle, les données sur les captures enregistrées, l’application des lois relatives à la pêche, les normes de travail, la subvention à la pêche, l’aide officielle au développement et la propriété effective. En plus de ces exigences, le pays doit publier un rapport chaque année, selon les exigences du Standard de la FITI.

Selon Gaoussou Guèye de la CAOPA (Confédération africaine des organisations de Pêche artisanale), cette initiative vient à son heure puisqu’elle répond aux préoccupations des pêcheurs en ce sens qu’elle mettrait fin au manque de données qui masque l’importance réelle de filière.

La pêche aurait généré des dizaines de milliers d'emplois au Sénégal. Les captures en 2018 s’élevaient à 531 331 tonnes pour 227 milliards FCFA. Les exportations avaient atteint 207 089 tonnes pour une valeur de 244 milliards CFA et faisait de la pêche en 2017 le premier secteur pour la 5e année consécutive. Mais ce rang est perdu en raison de la perte de 50% des stocks au cours des 4 dernières décennies.
Mercredi 11 Novembre 2020
Dakaractu




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