Pape Thiaw/ Salaire, primes et menace de boycott : les dessous d’un contrat explosif, des 50 millions de salaire aux primes estimées à 1,4 milliard de FCFA


Négociations de dernière minute, interventions des plus hautes autorités, demandes financières successives et menace de ne pas prendre place sur le banc : Bacary Cissé, président de la Commission communication de la Fédération sénégalaise de football, livre dans L’Observateur sa version des péripéties ayant entouré le contrat de Pape Thiaw. Il revient aussi sur l’échec sportif, les responsabilités de la Fédération et la crise de gouvernance qui secoue l’instance.
 
Une élimination qui a précipité la rupture
 
Selon Bacary Cissé, les débats ayant conduit au limogeage de Pape Thiaw et de son staff ont été particulièrement houleux.
 
Le dirigeant fédéral explique que l’équipe nationale du Sénégal était arrivée aux États-Unis avec un effectif qui permettait d’espérer un parcours beaucoup plus convaincant. Il estime toutefois que les Lions ont donné l’impression de ne pas être prêts dès le début de la compétition.
 
Il évoque une équipe hésitante, affichant des signes de défaillance et de faiblesse. L’évaluation menée après l’élimination aurait ainsi permis à certains membres du Comité exécutif de dresser un diagnostic sévère.
 
À l’issue des discussions, le Comité exécutif aurait décidé d’engager un processus de rupture du contrat, en concertation avec l’État. Le président de la Fédération aurait également reçu mandat d’échanger directement avec le sélectionneur pour recueillir ses explications.
 
Un contrat signé dans l’urgence pendant la compétition
 
Bacary Cissé rappelle néanmoins que Pape Thiaw était lié à la Fédération sénégalaise de football par un contrat.
 
Selon sa version rapportée par L’Observateur, ce document a été signé le jour du match contre la Norvège, quelques heures seulement avant le coup d’envoi.
 
Les négociations avaient été longues, mouvementées et jalonnées de multiples retournements. Les deux parties étaient parvenues à un accord, mais le contrat, présenté comme tripartite, devait encore recevoir l’approbation officielle du ministre des Sports.
 
La Fédération avait pourtant transmis sa première proposition au sélectionneur dès le 25 février 2026.
 
Une première demande de salaire indexé sur l’inflation
 
Le 8 mars, Pape Thiaw serait revenu vers le président de la Fédération avec de nouvelles exigences.
 
Il aurait notamment demandé que son salaire fixe soit indexé sur le taux d’inflation de la Banque centrale. Cette proposition aurait surpris le président de la Fédération.
 
Le sélectionneur aurait ensuite expliqué avoir échangé avec l’ancienne ministre des Sports, Khady Diène Gaye, et qu’un terrain d’entente avait été trouvé.
 
Afin de formaliser les engagements, le président de la Fédération aurait demandé une confirmation écrite à la ministre. Celle-ci aurait alors préconisé d’aligner le contrat de Pape Thiaw sur celui d’Aliou Cissé.
 
Une offre de 20 millions nets et 120 millions de prime
 
Sur cette base, une nouvelle proposition aurait été rédigée.
 
Elle prévoyait, d’après Bacary Cissé, un salaire mensuel de 20 millions de francs CFA nets d’impôts, ainsi qu’une prime de signature de 120 millions de francs CFA.
 
Cette prime devait être payée à hauteur de 30 millions de francs CFA par trimestre, soit l’équivalent de 10 millions par mois.
 
Le dirigeant fédéral précise qu’Aliou Cissé ne percevait pas directement 30 millions de francs CFA par mois. Mais en additionnant les 20 millions de salaire et les montants liés à la prime de signature, les émoluments globaux proposés à Pape Thiaw auraient été comparables.
 
Une nouvelle revendication à 50 millions de francs CFA par mois
 
Pape Thiaw serait ensuite revenu à la charge avec une proposition sensiblement plus élevée.
 
Il aurait réclamé un salaire mensuel de 50 millions de francs CFA nets d’impôts, accompagné d’une prime de signature de 360 millions de francs CFA.
 
À cette somme se seraient ajoutés 150 millions de francs CFA en cas de qualification pour les quarts de finale de la Coupe du monde, ainsi que plusieurs autres gratifications.
 
Selon l’estimation avancée dans L’Observateur, l’ensemble des primes réclamées aurait atteint environ 1,4 milliard de francs CFA.
 
Le sélectionneur aurait aussi demandé une revalorisation salariale de 25 % en cas de qualification en quarts de finale. Son salaire serait alors passé de 50 à 62,5 millions de francs CFA par mois.
 
Une indemnité annuelle de 50 millions de francs CFA au titre du droit à l’image aurait également figuré dans les demandes, au motif que son image pouvait contribuer à redorer celle de l’équipe nationale.
 
Des rendez-vous manqués et une nouvelle exigence de 440 millions
 
Face à ces prétentions, le président de la Fédération aurait fait comprendre au technicien que la situation devenait difficilement soutenable et qu’il devait en référer aux autorités.
 
Plusieurs rendez-vous auraient alors été programmés au ministère des Sports. Pape Thiaw aurait manqué l’une de ces convocations en expliquant qu’il dormait, une absence que Bacary Cissé relie à sa forte charge de travail.
 
Le 3 juin, le sélectionneur aurait formulé une nouvelle demande : 440 millions de francs CFA au titre de la prime de signature.
 
Cette séquence aurait coïncidé avec une fuite laissant entendre que Pape Thiaw refuserait d’embarquer avec l’équipe pour les États-Unis si sa situation contractuelle n’était pas réglée.
 
L’intervention directe du président de la République
 
Le jour du départ des Lions, un conseiller du président de la République présent dans la tanière aurait alerté le chef de l’État.
 
Le président de la République aurait alors pris l’initiative de s’entretenir directement avec Pape Thiaw. Un terrain d’entente aurait été trouvé et le sélectionneur aurait accepté d’effectuer le voyage avec l’équipe.
 
Bacary Cissé affirme qu’en sa qualité de « père de la Nation », le chef de l’État avait tranché sur le niveau de salaire devant être accordé au sélectionneur.
 
Mais une fois l’équipe arrivée aux États-Unis, les négociations auraient connu un nouveau rebondissement.
 
Un milliard en cas de victoire finale au Mondial
 
Pape Thiaw, qui se serait finalement déclaré favorable à un salaire de 30 millions de francs CFA par mois, aurait présenté de nouvelles exigences.
 
Il aurait demandé 440 millions de francs CFA de prime de signature, 500 millions de primes spéciales et un milliard de francs CFA en cas de victoire finale à la Coupe du monde.
 
Le sélectionneur aurait également sollicité plusieurs avantages en nature : un véhicule de fonction, 200 litres de carburant par mois, une dotation téléphonique mensuelle de 200 000 francs CFA et une assurance maladie privée.
 
Le président de la Fédération aurait de nouveau été contraint de saisir le chef de l’État, alors que l’équipe se trouvait en pleine compétition.
 
Une menace de ne pas s’asseoir sur le banc
 
À la veille du match contre la Norvège, Pape Thiaw aurait explicitement déclaré qu’il ne prendrait pas place sur le banc si son contrat n’était pas signé.
 
Face à cette menace de boycott, le président de la Fédération et le sélectionneur auraient repris les négociations.
 
Un compromis aurait été trouvé après les arbitrages des autorités. Dans une version de contrat prévue pour trois ans, Pape Thiaw aurait accepté un salaire de 30 millions de francs CFA nets d’impôts pris en charge par l’État.
 
Une prime de signature de 120 millions de francs CFA, payée par la tutelle à raison de 30 millions par trimestre, aurait également été retenue.
 
Un pourcentage sur les primes et 180 millions supplémentaires
 
Le sélectionneur aurait cependant exigé que la Fédération fournisse elle aussi un effort financier.
 
Il aurait réclamé une prime équivalant à 1 % des « prize-money » en cas de victoire des Lions, ainsi qu’une prime complémentaire de 180 millions de francs CFA.
 
Cette dernière devait être versée à raison de 5 millions de francs CFA par mois pendant les trois années du contrat.
 
Les autres avantages seraient restés inchangés. Le président de la Fédération aurait donné son accord, avec une clause sportive fixant comme objectif une qualification en demi-finale.
 
Un ultime désaccord à trois heures du départ
 
À seulement trois heures du départ de l’équipe, le sélectionneur serait encore revenu sur sa décision.
 
Il aurait contesté la clause relative à l’objectif de demi-finale, estimant qu’elle n’avait pas été convenue au début des négociations.
 
Dans le même temps, le président de la Fédération avait déjà accepté une garantie portant sur le versement de huit mois de salaire en cas de rupture du contrat, quel qu’en soit le motif.
 
Malgré ces nouvelles tensions, la Fédération aurait finalement accepté les exigences formulées, avec l’approbation des autorités étatiques.
 
« Pape Thiaw n’est pas le seul responsable »
 
Au-delà du contrat, Bacary Cissé refuse de faire de Pape Thiaw l’unique responsable de l’échec sportif.
 
Il estime que tous les démembrements du football sénégalais portent une part de responsabilité. La Fédération doit donc, selon lui, assumer ses propres manquements.
 
Il rappelle que le sélectionneur avait été porté en triomphe quelques mois auparavant après avoir permis au Sénégal de décrocher une nouvelle étoile. Les responsabilités doivent désormais être partagées et chaque acteur doit reconnaître sa part.
 
Bacary Cissé souligne par ailleurs que l’évaluation globale n’était pas terminée. Seul l’aspect technico-tactique aurait réellement été abordé au cours d’un débat particulièrement houleux.
 
Une crise organisationnelle au sein de la Fédération
 
Le président de la Commission communication dénonce également le fonctionnement administratif de la Fédération.
 
Il affirme que les commissions ne jouaient plus pleinement leur rôle et que, depuis le 25 octobre, le secrétaire général faisait croire qu’elles ne disposaient que de compétences consultatives et non opérationnelles.
 
Aucun président de commission n’aurait pu exercer correctement la plénitude de ses fonctions. Bacary Cissé évoque de nombreux blocages et estime que les succès sportifs ont parfois masqué les difficultés internes.
 
Il affirme avoir alerté le président dès le 15 mars sur la nécessité de redresser une Fédération qui, selon lui, allait « droit dans le mur ». Malgré cet avertissement, rien n’aurait véritablement changé.
 
Le départ du secrétaire général réclamé puis la résolution retirée
 
Bacary Cissé considère que deux personnes dirigeaient pratiquement seules le football sénégalais, avant d’imposer aux autres membres des décisions qu’il juge inopportunes et impopulaires.
 
Il demande que les conséquences de l’échec soient tirées et réclame le départ du secrétaire général, estimant que celui-ci n’est plus à la hauteur de sa mission et ne bénéficierait plus du respect des joueurs.
 
Il reconnaît cependant avoir retiré la résolution qu’il avait déposée. Il explique que plusieurs responsables lui ont demandé de privilégier l’unité et le bon fonctionnement de la Fédération.
 
Le président de l’instance aurait promis que des efforts seraient faits afin que tous les membres puissent effectivement exercer leurs rôles.
 
Bacary Cissé prévient néanmoins que si la nécessité de représenter une telle résolution devait se poser, il n’hésiterait pas à le faire.
Lundi 13 Juillet 2026
Dakaractu