" Palais Ndiouga "- Sanctuaire mystique et repaire de bandits que nul n'ose approcher


Après son brutal rappel à Dieu le 13 mars 1984, Ababacar Kébé dit Ndiouga n'a pu achever son palais construit dans Touba et pour Touba. Le richissime homme d'affaires avait voulu construire dans la cité de Bamba une gigantesque bâtisse avec des appartements souterrains comme jamais vus en Afrique noire. Pour ce, il avait pris langue avec le Khalife Général des Mourides d'alors, Serigne Abdou Lahad Mbacké. Plus d'un milliard y a déjà été investi, confie un entrepreneur en bâtiment. Hélas, Ndiouga devait quitter ce bas-monde, à la suite d'un accident, laissant derrière lui une oeuvre inachevée qui deviendra au fil des ans, un sanctuaire inexpugnable des bandits. Un sanctuaire dont tout le monde a peur à cause des légendes qui y sont attachées et qu'il faudra désormais déflorer.

Trônant comme une vieille dame désemparée sur la route de Dianatoul Mahwa, "Palais Ndiouga " traîne des histoires rocambolesques. Vraies ou fausses, ces histoires lui confèrent une forte personnalité et lui assurent une inviolabilité certaine. Il y aurait à l'intérieur des créatures bizarres pour certains, et pour d'autres, des bandits de grand chemin aux pouvoirs mystiques fascinants. La légende raconte qu'une femme enceinte y a séjourné pendant plusieurs années. Pour s'être trompée de chemin, elle s'est retrouvée dehors à l'insu de ses kidnappeurs avec deux nouveaux bébés dans les bras. C'est elle qui serait à l'origine de tout ce qui se dit sur ce palais. Un vieil homme de plus de cent ans y vivrait aussi avec des fétiches terriblement puissants.  Des jeunes filles y seraient détenues depuis plusieurs années. Une vielle dame y serait retenue par des bandits à qui elle servirait de mère. On y trouverait surtout des têtes d'êtres humains coupées à des fins mystiques. Les récits sont nombreux et les uns plus formidables que les autres. Du coup, nul n'ose franchir le seuil de la bâtisse. 

Aujourd'hui, Touba a , sans doute, senti le besoin de percer ce mystère. Le sous-préfet de Ndame, au cours d'une rencontre avec les autorités de la commune et l'émissaire du Khalife Général des Mourides a assuré de sa volonté de donner aux forces de l'ordre le quitus pour s'attaquer au "Palais Ndiouga". Sa décision est motivée par la recrudescence de la violence et de l'insécurité dans la cité religieuse de Touba. Selon lui, l'immeuble constituerait une niche par excellence de malfrats. Le commissaire Tamba et le commandant Thioune de la brigade spéciale de Touba ont pris acte. Toutefois, un tour sur les lieux ( devanture du Palais, pour être plus précis) a permis de savoir que nous sommes bien loin de cette opération commando. En effet, un septuagénaire ( très sûr de lui-même)  confie : "ceux qui disent qu'ils vont venir attaquer ce palais ne font que parler. Ils ne feront rien. Croyez-moi. Je vis à côté depuis plusieurs années. Ils n'oseront jamais". A la question de savoir les raisons qui le poussent à donner un tel avis, le vieil homme parlera de mysticisme et de niche d'un grand féticheur qui compterait dans sa famille serpents, scorpions et autres créatures plus bizarres les unes que les autres. Vrai ou faux, la crainte est là, et seul l'avenir nous dira...
Mercredi 8 Avril 2015
Daddy Diop