Paix sociale au Sénégal : Devons-nous dormir sur nos lauriers ?


Alors que des pays du Sahel s’embourbent depuis une dizaine d’années dans une terrible violence, le Sénégal a encore démontré sa grande maturité politique au sortir des dernières élections locales. Cerise sur le gâteau, le pays remporte de manière héroïque et historique sa première Coupe d’Afrique de football. Une victoire de l’endurance, du professionnalisme, de la résilience, de l’humilité et de la solidarité de l’équipe nationale portée par les plus hautes autorités du pays et d’un peuple qui en voulait !
 
 Un vivre ensemble de plus en plus chahuté
 
Le thème de la 3e édition du « Gingembre Littéraire » (Thiès, Mbour et Diass, 3 au 5 décembre 2021) qui a porté sur « Le Dialogue des cultures et des religions », s'inscrit dans notre préoccupation globale d’apporter notre modeste et déterminée contribution à un Meilleur Vivre Ensemble dans notre pays. Il a été motivé par le sentiment de consolidation des acquis en la matière au Sénégal mais aussi une volonté de partager avec le reste du monde nos acquis et en dernier lieu un réceptacle pour repenser notre espace public qui est quelquefois ponctué par des excès et des écarts d'individus en mal d'éducation et de connaissances. Devons-nous cependant ignorer la sonnette d’alarme alors que notre magnifique modèle de vivre ensemble est attaqué par des compatriotes ? C'est aux belles références de la société et de l'État, comme les membres éminents de nos différents panels de l’auditorium de l’Université Iba Der Thiam, en passant par Mbour et Diass, présents lors des trois journées d’intenses réflexions, et sans concessions, sur l’avenir de notre République, de veiller à la cohésion nationale et au renforcement du lien social en nous entretenant justement sur les fondamentaux de notre pays en matière de valeurs, de dialogue, de foi partagée, etc.
Que retenir ?
 Nos échanges ont été riches et de haute facture. De fines analyses combinées à des points de vue croisés ont permis d'abord de savoir les entrées philosophique, constitutionnelle et religieuse de notre laïcité pour mieux lire la particularité de notre commun vouloir de vie commune. Ensuite nous avons pu retenir plein d'enseignements puisés dans notre littérature et dans notre histoire des royaumes d'antan, de substrat du dialogue des cultures et des religions.
 
Enfin, nous avons pu tenir de nos brillants intervenantes, intervenants et du public des pistes de solutions pour prendre le meilleur de notre héritage et de notre chance au Sénégal par une éducation familiale et une république digne de ce nom, garant des libertés et devant aussi faire face solidairement aux dérives notamment dans l’espace public notamment sur les réseaux sociaux. Madame la professeure Ramatoulaye Diagne Mbengue, première femme recteur au Sénégal et qui a l’honneur de diriger une université qui compte 23 nationalités, nous rappelle fondamentalement que : « seule une culture pluraliste nous donne les moyens de comprendre, de reconnaître que tous les hommes appartiennent à la même humanité ». Le défi majeur que nous devons, ainsi relever, c’est de promouvoir la paix en encourageant l’éducation au pluralisme. « Ce pluralisme nous permet de voir la diversité culturelle, comme une richesse et non comme un obstacle au dialogue entre les hommes ». Reconnaître la diversité constitue, donc, de l’avis de l’universitaire et de l’ensemble des intervenants, religieux, laïcs etc, : « la voie de l’ouverture à l’universel, à l’acceptation positive de la différence, en un mot, la voie de la culture de la paix ».
 
Dialogue et Partage
 
Nous avons prévu de faire parvenir au Président de la République, à l’ensemble de la classe politique, aux différents partenaires au développement un policy brief (mémo), une sorte de condensé en quelques pages de ce qui a été discuté et retenu. Ensuite s'ensuivra la publication des actes de nos travaux de préférence sous forme de livre pour constituer un document référence car les intellectuels sénégalais et étrangers participant depuis 2019 à nos travaux nous ont gratifié de brillantes contributions écrites ou orales et qui feront date. « Vous savez, le livre est un élément essentiel de vulgarisation des idées », a souligné le rapporteur général, Dr. Serigne Momar Sarr de l’Université Assane Seck de Ziguinchor, lors de la séance de restitution, au Centre culturel Maurice Guèye, à Rufisque. Oui, nous devons cela à ce grand pays le Sénégal éternel mais aussi à notre commune humanité car le monde est l’écoute de l’Afrique pour un « supplément d’âme ».
 
 
 
El Hadji Gorgui Wade Ndoye, journaliste accrédité auprès des Nations-Unies, à Genève, directeur du magazine panafricain ContinentPremier.Com. Initiateur du «Gingembre Littéraire ». Courriel : g.ndoye@continentpremier.com
Mardi 15 Février 2022
Dakar actu




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