PROPOS DE MERCREDI : Lesieur, les Chinois et les arachides


PROPOS DE MERCREDI : Lesieur, les Chinois et les arachides
Selon les estimations officielles, environ un million de tonnes d’arachides pourrissent entre les mains des paysans, faute d’acheteurs. L’Etat, en banqueroute financière, n’en a pas les moyens, tandis que les Chinois, espérés comme des messies, ne donnent pas signe de vie. En tournée dans le centre du pays, le président Sall avait lancé un appel pathétique aux paysans, les suppliant de conserver précieusement leurs graines « car les Chinois arrivent ». Les Chinois ne sont pas arrivés. Mais pourquoi ? Voilà la question qui mérite éclaircissement, mais que l’on évite soigneusement d’aborder.
Pourtant, 2017 était partie pour être l’année zéro d’une embellie durable de la production et de la commercialisation arachidières. Selon des sources concordantes, un accord avait été trouvé avec les opérateurs chinois qui proposaient d’acheter, sur plusieurs années, la totalité de la production exportable du Sénégal, à un prix garanti. Les Chinois, qui aiment les longues planifications, y gagnaient un moyen de sécuriser une partie de leurs importations. Le Sénégal un débouché sûr pour ses arachides et des revenus améliorés pour les producteurs, les commerçants et l’Etat.
Mais un grain de sable vint enrayer la mécanique. Un « accord » aurait été signé, au cours des années 60, accordant à la française Lesieur le monopole de l’exportation de l’arachide sénégalaise. Lesieur est l’intermédiaire obligé des ventes sur les marchés mondiaux et quand ils préfèrent ne pas participer, nous devons les dédommager en prélevant pour leur compte des « centimes additionnels ». 
Les Chinois, trouvant certainement ces schémas trop compliqués, ont préféré renoncer. Et 2017 a été une année zéro de plus pour nos paysans. La SFFC (Société financière française et coloniale), ancêtre de Lesieur, a répondu superbement à son appellation d’origine. Quant à nous, qui venons de fêter avec des avions en location notre « indépendance », nous mesurons le chemin à parcourir.
Ces questions ne sont ni « économiques » ni ésotériques. Elles sont politiques au sens premier du terme. « La politique est de l’économie concentrée », soulignait le penseur russe Lénine. Autrement dit, l’économie est la vraie politique, la politique naturelle, la politique de la vie quotidienne. 
La lutte politique contre le coup d’Etat électoral en préparation à la place Soweto est une forme concentrée de la lutte « économique » contre les jeux à somme nulle dont nos populations sont victimes depuis trop longtemps.
11/04/2018

Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal
Mercredi 11 Avril 2018
Dakaractu



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