PROJET DE LOI INSTITUANT LE PARRAINAGE A L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2019 : Un instrument de confiscation de l'expression démocratique


Dans quelques jours au Sénégal, le projet de Loi portant modification du Code électoral et relatif à l'introduction du parrainage des candidats à la présidentielle, sera présenté à l'Assemblée Nationale. 

Je suis contre ce projet de Loi pour plusieurs raisons : 

1/ Déjà le timing de cette modification à moins de 1 an des élections présidentielles pose problème et ne garantit pas la sérénité du débat public;

2/ Comment peut-on préétablir les résultats d'une élection avant celle-ci ? Il y a plusieurs inconnus dans cette élection: tout d'abord le nombre de futurs électeurs ne peut pas être connu d'avance sur un fichier de près de 6 millions d'électeurs. Ainsi, pourquoi fixer la barre des parrainages à 1% des électeurs et pas 0,5 % ou encore 5%. A l'heure actuelle beaucoup de sénégalais ne sont pas sûrs de recevoir leurs cartes d'électeur pour voter ce qui est une aberration dans une démocratie qui se respecte et malgré les 55 milliards injectés dans la confection des cartes d'électeur. L'inscription sur les listes et surtout la distribution des cartes d'électeur se font de manière très arbitraire et privilégient les électeurs favorables au président en place; c'était déjà le cas lors des dernières élections législatives. Par ailleurs, le charme d'une élection qui plus est présidentielle c'est la confrontation entre des candidats aux projets politiques différents en laissant au peuple le soin de trancher en fonction des offres programmatiques présentes; 

3/ L'administration en charge des élections n'arrivant même pas à donner aux sénégalais leurs cartes d'électeur n'aura pas les moyens techniques, humains et logistiques pour garantir le recueil efficient des parrainages et de déterminer leur fiabilité ou leur non fiabilité; 

4/ Le conseil constitutionnel également n'est pas assez outillé pour vérifier chaque parrainage pour le valider ou l'invalider; d'autant plus que sur les cartes d'identité biométriques il y a plusieurs erreurs qui ont été relevées sur le sexe, l'âge, le nom et prénom et l'adresse des personnes; 

5/ L'article 57 de ce projet de Loi sera très problématique et source de conflit. En effet nous passons du candidat simple au candidat-électeur ce qui écartera forcément de redoutables adversaires de l'actuel président. Dans l'absolu le fait d'exiger à tout candidat à l'élection présidentielle d'être régulièrement inscrit sur les listes électorales me parait légitime. Cependant cet article 57 a des relents purement politiciens, c'est un alibi pour écarter des adversaires jugés dangereux. D'abord la justice te condamne, tu perds tes droits civiques et de fait tu ne peux plus être candidat. Ce qui conforte l'idée selon laquelle les procès de Khalifa SALL et de Karim WADE sont essentiellement politiques. 

6/ Ce projet de Loi drapé dans les oripeaux de la rationalisation des candidatures vise fondamentalement à écarter des candidats par l'achat des consciences et des signatures.
Ce projet de Loi constitue une régression démocratique et le peuple sénégalais doit se lever pour empêcher son passage à l'Assemblée Nationale. 

L'actuel Président sait qu'il ne détient plus la majorité politique dans le pays et il est tenté de tripatouiller le code électoral et la constitution pour confisquer la volonté populaire. C’est fondamentalement contraire à la Constitution et aux Lois du Sénégal car la fonction première d'un parti politique est de mener une lutte démocratique exercer le pouvoir et gérer les affaires de la cité. Si on lui impose d’aller à la recherche des signatures, c’est que cette conquête démocratique n’est plus un principe pour les partis politiques, mais une exception. Cependant, il faut réformer le code électoral certes mais il y a des préalables à assurer dont l'indépendance de la justice et partant du conseil constitutionnel. C'est une justice indépendante du pouvoir politique doublée d'une assemblée nationale qui contrôle l'action du gouvernement qui sont les seules gages d'un fonctionnement normal de nos institutions. 

Je demande au Président de la République de revoir sa copie et de retirer immédiatement cette modification pour ne pas crisper davantage la scène politique qui est déjà en ébullition permanente.

Dr Alboury NDIAYE. 
Président de NVS.
Lundi 2 Avril 2018
Dakaractu



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