PRESIDENTIELLES 2019 : BANC JAXLE


La violence pré-électorale est palpable dans les réseaux sociaux et les insultes fusent de partout. Personne ne veut que l’on critique son candidat ou son leader. L’on peut se permettre d’attaquer ouvertement celui des autres et l’on s’offusque s’il s’agit du sien. Quel beau pays !
Soutenez-vous le Président sortant Macky Sall, l’on vous taxe de traitre. Etes-vous du coté de Karim, vous passez pour un utopiste. Engagez-vous auprès de Sonko, l’on vous mettra du lot des prétentieux.
De réelles amitiés sont en train de se défaire à cause de la politique. Vous dites du bien sur le candidat de l’ami, il vous applaudit des deux mains et est même prêt à vous embrasser. Par contre si vous avez l’outrecuidance de soulever les faiblesses dans le discours de ce même candidat alors là vous êtes cuit. Il peut vous traiter de tous les noms d’oiseau.
Au Sénégal, comme partout ailleurs, aucun homme politique ne peut et ne pourra faire l’unanimité. Je dis bien AUCUN ! Gérard Depardieu disait déjà dans Le Figaro du 23 Décembre 2015 je cite : «  Etre aimé par 30% des gens, ça me suffit. Je ne veux pas faire l’unanimité ».
L’unanimité doit bien faire peur !
Le terrain du jeu démocratique doit être tapissé de mille couleurs afin d’éviter de retomber dans le « monocolorisme politique » des années d’indépendance en Afrique où les régimes s’identifiaient à par rapport à un seul parti politique qui s'emparait du pouvoir et autour du quel tout le monde devait se conformer.
Ces temps sont bien révolus. Aujourd’hui au nom de la liberté et des principes sacrosaints des droits de l’homme, tout individu a le droit de s’engager auprès de qui il veut : EN TOUTE LIBERTE !
Dans notre pays et surtout dans l’espace politique, la majorité des militants sont des dictateurs en miniature. Aucun débat constructif et/ou contradictoire n’est possible. Les réflexions volent au ras des pâquerettes et prennent la parole ceux et celles qui n’auraient jamais dû l’avoir dans une assemblée sérieuse. C’est magique les réseaux sociaux ! On peut se cacher derrière un écran et insulter toutes celles et ceux qui ne sont pas du même bord. Toute personne qui dans son propos menace des intérêts, le groupe en cause sonne la mobilisation pour le lynchage. Cette lapidation médiatique est des fois bien organisée et planifiée. Il suffit d’envoyer des messages du genre « allez voir sur le mur de untel, il est en train d’attaquer notre leader » pour que le supplice commence. On insulte, on fomente, on dénigre, on essuie ses pieds sur ce citoyen qui a eu le toupet de donner un avis contraire à l’intérêt du groupe.
Chacun s’arcboute à son rêve se disant « si tel n’est pas élu, s’en est fini pour moi » ou « si tel perd le pouvoir, je suis fini ». Beaucoup d’engagements politiques, pour ne pas dire tous, sont sous-tendus par des intérêts inavoués. Rare sont ceux qui osent les assumer. Maintenant quand l’engagement politique devient une affaire d’intérêt crypto-personnel et non un patriotisme ancré, tout discours contradictoire fera l’objet de contre-attaque bien « sanglante ».
L’on se permet de mentir, de colporter et de distiller des « fake news » à longueur de journée pourvu que cela serve notre cause ; non, notre intérêt !
Quand on est avec quelqu’un, il est le plus beau, le meilleur, le plus intelligent et dès qu’on le quitte il ne l’est plus. Faire de la politique chez nous est presque devenu une affaire de gangsters. D’honnêtes citoyens sont caricaturés, insultés, trainés dans la boue par celles et ceux-là qui croient qu’ils détiennent le monopole de la vérité et de l’engagement politique.
Du temps de Senghor, le pouvoir, « nguur », était un mythe et les opposants étaient des clandestins. Avec Diouf, Wade s’est affirmé comme le vrai contradicteur. Dans ces deux périodes, le débat était toujours de haute facture, surtout dans la première parce que portée par des intellectuels qui étaient bien au fait de la chose publique et surtout politique. C’est vers la fin du second mandat de Wade que tout a basculé. Les muscles et les insultes ont fini d’éteindre la lumière de l’intelligence. Pour être écouté et/ou promu, il faut savoir être virulent et insolent. J’en ai pour preuve cette discussion que j’ai eue avec un célèbre opposant à qui je faisais la remarque de la virulence de ses propos. Il me répondait que c’était la seule manière d’être suivi et écouté, sans oublier de me faire remarquer que tous les politiciens qui restent dans des propositions programmatiques sont zappés : ça a été le cas de Ibrahima Fall par exemple que l’on entend plus d’ailleurs.
Entre 2009 et 2011 quand les caricatures de Wade inondaient la toile j’avais suggéré de ne jamais insulter l’héritage dont on se positionne pour en être l’héritier. Le débat politique chez nous est en train de prendre des proportions inquiétantes et la violence virtuelle risque un jour d’être bien réelle sur le terrain. Qui s’en sortira indemne le cas échéant ?
Pour autant, il y a de l’espoir. Il y a toujours de l’espoir. Comme dans un mouvement de respiration, tout système qui expire appelle une inévitable bouffée d’air neuf. Or, notre débat politique est à bout de souffle, et l’air neuf montre déjà le bout de son nez.
En attendant, nous restons sur notre « banc jaxlé » !
SOULEYMANE LY
Spécialiste en communication
Mardi 25 Décembre 2018
Dakaractu




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