PREMIERS PROCÈS POUR TERRORISME AU SÉNÉGAL : La vraie histoire des « frères » maudits

La Chambre criminelle de Dakar va se pencher à partir du 27 décembre sur des dossiers de terrorisme qui ont défrayé la chronique. L’occasion pour Libération qui a révélé la face cachée de plusieurs de ces affaires de faire le point. Révélations...


Makhtar Diokhané ou la saga des Boko sénégalais

Les enquêtes menées conjointement par la Division des investigations criminelles (DIC) et la Section de Recherches de Dakar ont effectivement permis de réunir des indices graves et concordants contre Makhtar Diokhané et Cie.
Que sait-on exactement sur Makhtar Diokhané ? Les rares informations disponibles sur la notice rouge émise par Interpol indiquent qu’il est né le 17/08/1986 à Médina Gounass. Il parle l’arabe et le wolof et était recherché lors de l’émission de la notice pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, blanchiment de capitaux dans le cadre d’activités terroristes en bande organisée, acte de terrorisme par menace ou complot et financement du terrorisme. Rapatrié en même temps que trois «Boko» il se présente, dit-on, comme un « enseignant en arabe » et c’est sans doute là tout le problème. Comme nous le révélions, courant 2015, les autorités nigériennes ont mis la main sur plusieurs combattants de Boko Haram qui tentaient de rallier la frontière après avoir quitté Sambissa où l’organisation terroriste a ses quartiers.
Makhtar Diokhané qui a appris ces arrestations par divers canaux a quitté Dakar pour rallier le Niger afin de faire libérer des compatriotes qui faisaient partie du lot des personnes arrêtées. Signalé par les autorités sénégalaises qui le filaient depuis un bon moment, il a été arrêté et écroué au Niger en même temps que les compatriotes interpellés à savoir Cheikh Ibra B., Ibrahima M. et Omar Y.
Selon les informations de Libération, tous les trois ont avoué avoir combattu pendant un an pour Boko Haram en plus de préciser qu’ils ralliaient le Sénégal sur demande de leur « encadreur », Diokhané en l’occurrence. Ils ont été extradés à Dakar et écroués dans le secteur aménagé de la prison du Camp Pénal de Liberté VI. Pourtant, Makhtar Diokhané nie être un combattant mais reconnaît avoir enseigné le Coran à des membres de Boko Haram qui le rémunéraient en conséquence.
Les services sénégalais croient savoir que ce dernier, dont l’homme à tout faire, Leyti Niang, a été intercepté à Rosso, est plus impliqué que ce qu’il tente de faire croire. Il apparaît plutôt comme un « ambassadeur » de l’organisation terroriste dont le but était manifestement d’installer une cellule au Sénégal. Plusieurs témoignages l’attestent formellement aujourd’hui.
Déjà, pour un « enseignant en arabe », il disposait de sommes colossales dont l’origine intrigue. Il a ainsi remis 11 millions de FCfa à un entrepreneur, écroué dans le cadre de la procédure, pour construire une mosquée alors que 8 millions étaient saisis lors des perquisitions effectuées à son domicile. Ce, en plusieurs envois effectués en faveur de Marième C., son épouse, qui a joué un rôle très actif dans une autre affaire débusquée par les autorités judiciaires.
En effet, en poursuivant les investigations dans le cadre de ce dossier, les forces de sécurité ont arrêté le nommé Moustapha Diatta qui venait de sortir alors de la mosquée de ‘’Masjid Juma’’ ou ‘’Mosquée Ibadourahmane’’ sise à Fann, vers le Canal 4, où il accomplissait la prière de «Timiss». Ce « vendeur d’aquarium », qui habite la Sicap Karack est soupçonné d’avoir convoyé en Libye la nommée Ndèye Sy K., ses trois enfants mineurs et son mari, Ameth B. dit Zaid Ba, tué à Syrte. Il le conteste et a même porté plainte contre Libération dont le seul crime a été de relayer des Procès-verbaux de police.
Bref, il a été découvert des liens entre Diatta et Abdoulaye N. Ce Sénégalais basé en Mauritanie dirigeait une cellule sous le nom de Abou Youssouf. Il sera arrêté en même temps que plusieurs de ses « agents ».
L’interrogatoire d’un des combattants Lamine C. alias Abu Javaar a d’ailleurs conduit à l’arrestation de terroristes présumés à Yoff Tonghor. En effet, après son brevet de fin d’études en arabe obtenu dans un village du Fouta, Lamine C. est venu poursuivre ses études à Dakar.

Traque tous azimuts

A cet effet, il avait posé ses baluchons chez son grand-père M.C., à Yoff. Et c’est en ce moment qu’il fait la connaissance des petits fils de ce dernier à savoir A.C. et P.K.C et de M.B.
Selon ses dires, ceux-ci faisaient des prêches sur le Jihad dans une mosquée faisant face à la maison familiale des C., en plus de justifier les horribles exactions commises par le cancer Boko Haram. Mieux, ils finiront par le convaincre de rejoindre le théâtre des opérations au Nigéria. C’est d’ailleurs M.B. qui donnera à Lamine C. 150.000 de FCfa pour le transport.
La même somme sera remise à une personne qui était du voyage : Marième S., épouse de Makhtar Diokhané. Mais il y a bien pire qui accable les «jeunes» de Yoff.
Lamine C. avait ajouté qu’après avoir combattu dans les rangs de Boko Haram, il est revenu au Sénégal où il était hébergé par M. B. Par la suite, il est parti en Mauritanie. Il précisait que lors de son séjour, A. C. est revenu à la charge pour l’appeler au téléphone et lui proposer de reprendre le Jihad, en Libye cette fois-ci. A. C. lui avait assuré qu’il disposait déjà des fonds pour financer le voyage. C’est fort de toutes ces informations que les enquêteurs sénégalais ont mis en place une discrète surveillance autour des quatre mis en cause présumés qui faisaient l’objet d’une «prise en charge» permanente.
Qui plus, la DIC avait été informée, presque durant la même période, que les quatre suspects se remarquaient de plus en plus par des prêches extrémistes dans la mosquée faisant face au domicile des frères C. La perquisition effectuée par les enquêteurs chez ces derniers, à la suite de leurs interpellations, a conforté les soupçons de la DIC. Elle a trouvé dans la chambre des C. des manuscrits sur la « persécution de la Syrie », « les guerriers Asmouth», les « exactions en Palestine » etc.
Par ailleurs, 10 téléphones portables ont été saisis chez M. B, le plus âgé du groupe. L’immense travail exécuté par les enquêteurs sénégalais aura permis de mettre la main sur 13 terroristes présumés en pistant les ramifications de la cellule de Abu Youssouf.
Vendredi 22 Décembre 2017
Dakaractu




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