POINT DE VUE SUR DES ACCUSATIONS D’UN OFFICIER DE GENDARMERIE POUR TORTURE.

A supposer, qu’en regagnant son foyer au terme d’une journée de labeur, un haut cadre de la gendarmerie qui symbolise de la plus belle manière soit la méritocratie s’entend dire ceci par son fils : « Papa mes camarades de classe m’ont montré votre photo dans Facebook, avec la légende ci-après : C’EST LUI LE COLONEL CHEIKH SARR QUI AVEC 13 AUTRES ELEMENTS ONT TORTURE LE FRERE ARDO GNINGUE. Et l’enfant de poursuivre, qu’en est-il exactement papa » ?
Tout comme l’épouse de ce vaillant soldat de la loi, qui pourrait faire l’objet de quolibets de son entourage.


I. ANALYSE DES FAITS.

 

Qu’est-ce qui est à l’origine de cette situation déconcertante à plus d’un titre, non seulement pour l’officier incriminé par ces allégations qui semblent être dénuées de fondement, mais également pour toute la gendarmerie nationale. Au-delà tous les anciens militaires de cette prestigieuse institution, ses amis et ses sympathisants, en raison du rôle capital qu’elle joue au sein de notre pays.

 

En résumé, dans l’optique de donner suite à une réquisition de l’autorité administrative compétente, pour mettre un terme à des velléités signalées par une partie des habitants du village de Tobéne, (Région de Thiès) dont un nommé Ardo GNINGUE, déterminés à troubler l’ordre public pour s’opposer à une décision administrative.

Ce village se trouvant dans la circonscription territoriale relevant de la direction opérationnelle du Colonel Cheikh SARR basé à Thiès, un détachement d’éléments de gendarmerie devant servir de renfort a donc quitté Thiès, pour ce rendre sur les lieux avant d’être rejoint par le Colonel Cheikh SARR. 

 

L’objectif visé connaissant l’abnégation de cet officier de valeur, contrôler l’action de son personnel en apportant les redressements nécessaires et soutenir ses éléments engagés dans l’action. Pour qui connait les différents maillons de la chaine de commandement, d’une Légion jusqu’à la brigade l’unité élémentaire, particulièrement une aussi importante Légion de Gendarmerie comme la L.C.O (de Thiès jusqu’à Touba), cet officier pouvait même se garder d’effectuer le déplacement et se limiter à donner des directives opérationnelles à partir de son bureau. Mais ce serait étonnant connaissant l’enthousiasme professionnel qui anime cet officier hors du commun, son pragmatisme. 

 

D’ailleurs dans le concert des différents commentaires et témoignages des internautes, consécutifs à la publication de cette affaire dans les réseaux sociaux, se dégage une constance : «  un officier de valeur, parce qu’ayant servi  partout ailleurs avec honneur et patriotisme, dans la droiture et l’exemplarité ». Aussi soucieux de l’importance de la mission confiée, il a préféré quitter le confort de son Etat-major pour s’engager résolument vers le théâtre des opérations. 

 

Au terme de sa mission s’appuyant sur la légitimité et les normes requises, le Colonel SARR dont le nom ne figure même pas sur le procès-verbal qui sanctionne les opérations effectuées et transmis à monsieur le Procureur compétent, parce qu’ayant agit en qualité de Directeur opérationnel, a été surpris d’apprendre que son nom et sa photo circulent à travers les réseaux sociaux. Au motif qu’il serait auteur de tortures contre un nommé Ardo GNINGUE.

 

II. POINT DE VUE

 

Naturellement, la lecture des faits allégués à travers la presse sur cette affaire, n’écarte point une compilation de motifs superfétatoires qui n’excluent point la volonté de jeter le discrédit sur cet officier au-delà, sur la gendarmerie.

 

A titre d’exemple, on raconte qu’un sachet de chanvre indien aurait été introduit par les gendarmes dans la poche d’un individu déjà arrêté. Ce même GNINGUE ayant déposé plainte en déclarant être victime de tortures, s’empresse de tirer ses propres conclusions en récusant la Section de Recherches de la gendarmerie qui l’avait convoqué pour donner suite à sa requête. Prétextant que l’enquête est biaisée, du fait qu’elle est confiée à cette unité qui était sous le commandement du Colonel SARR. 

 

Avant de demander que l’enquête soit confiée à la police nationale, pour garantir l’impartialité. Alors que cet officier avait fini son temps de commandement dans cette unité, depuis pas moins de dix années sauf erreur.

 

En effet, on reconnait au sieur NGINGUE son droit d’ester en justice s’il estime être victime de tortures. Mais sous réserve de laisser la juridiction compétente le soin de faire ouvrir une enquête, aux fins d’obtenir la preuve des allégations fournies, avant d’incriminer qui que ce soit. Car des résultats de cette enquête dépendent, la décision du tribunal. Pour au besoin prononcer une condamnation, voire la réparation du préjudice de la victime. Dans l’optique de préserver l’ordre social, en tenant compte bien entendu de la culpabilité ou l’innocence de ou des personnes désignées dans la plainte. Ce qu’il convient d’appeler subséquemment, préserver l’honneur voire la liberté des personnes soupçonnées, car c’est de cela qu’il s’agit. 

 

Il faut peut-être le rappeler, un principe de droit élémentaire nous apprend, que tant que sa culpabilité n’est pas encore établie, la personne désignée comme étant coupable de faits incriminés, doit toujours être considérée au cours d’une enquête, comme une personne soupçonnée. C’est ce qu’il convient d’appeler : 

« La présomption d’innocence ». 

 

Donc pour revenir sur le sujet d’actualité, le sieur GNINGUE qui avoue être victime de tortures, saisit la justice de notre pays avec un certificat médical je pense de cinq jours sauf erreur à l’appui. Avant le procès pénal pour donner suite à cette saisine, voire après le verdict, on aperçoit à travers des réseaux sociaux, une sorte de campagne dans les réseaux qui s’apparente à une diabolisation, qui cible un valeureux officier de gendarmerie, sa photo à l’appui. En le désignant avec des termes péremptoires comme étant le coupable des tortures, infligées au sieur GNINGUE. Tout, porte à croire que ce dernier ne serait pas étranger à cette publication, accompagnée de propos qui portent atteinte à l’honneur et l’honorabilité de ce haut fonctionnaire dépositaire de l’autorité publique. Je peux me tromper, mais de mon point de vue, cela ne devrait pas être admis dans un Etat de droit comme le Sénégal. Il faut avouer que ces propos tendancieux, distillés partout au quotidien dans les réseaux sociaux voire au-delà, puisque j’apprends qu’une plainte aurait été déposée au niveau des organismes qui militent en faveur des droits humanitaires, au niveau de l’ONU (MONUSCO) etc.., traduisent la volonté de jeter le discrédit sur la gendarmerie. 

 

Cette prestigieuse institution dont le rôle est capital au sein de notre nation, voire entamer le moral de son personnel.  

 

Autant de motifs qui me fondent à émettre de sérieuses réserves sur les faits allégués. En attendant les conclusions éventuelles d’une enquête judiciaire, pour satisfaire les normes internationales en la matière, qui recommandent l’ouverture obligatoire d’une enquête dans le cadre d’allégations de tortures. Mais pour disposer des conclusions de cette enquête, il faudrait bien que la partie qui déclare être lésée, accepte de se présenter devant l’unité désignée par le Parquet pour diligenter la procédure. En l’occurrence la Section des Recherches. Au lieu de s’empresser à déposer sa requête au niveau des autres organismes qui n’ont pas à ce que je sache, la qualité pour mener l’enquête appropriée. 

 

La MONUSCO n’a rien à voir sur les faits allégués. Sauf si l’auteur de la saisine est animé du dessein de nuire.

 

Si je tiens compte de mes notions sommaires en matière de droit, je pense autant notre législation donne l’opportunité au justiciable de saisir les voies de droit pour se faire justice, autant le législateur s’est soucié de garantir à d’autres justiciables de ne pas être victimes d’allégations non fondées. Encore moins une catégorie de personnes, du fait de l’exercice de leurs fonctions d’autorité publique. C’est ce qui me fait dire que la gendarmerie ne devrait pas se limiter à jouer le rôle d’un sujet passif dans cette affaire.

 

Autrement dit subir l’action au lieu de se constituer pour faire valoir les droits que lui confère la législation. Naturellement, je ne voudrais pas préjuger sur la décision qu’envisage de prendre la gendarmerie pour freiner ces dérapages. Mais je pense, que le commandement prendra des mesures. Aussi je voudrais conseiller à ce compatriote d’arrêter toute démarche allant dans le sens de porter atteinte à l’honorabilité de l’officier concerné par ses accusations.

 

En effet, au regard des dispositions du code pénal, notamment dans son article 258 qui stipule : « Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel, le fait est imputé est une diffamation. Lorsqu’elle a été faite par l’un des moyens visés en l’article 248 ». S’entend tout procédé technique destiné à atteindre le public. A l’image du support des réseaux sociaux.

 

En tant qu’ancien ayant servi pendant plus de trente années dans la gendarmerie qui m’a tout donné, je ne pouvais donc pas me permettre de garder le silence sur ces attaques répétées, qui sont de nature à fragiliser notre prestigieuse institution qui nous est si chère. C’est en partie cela qui m’autorise à faire un devoir citoyen, en produisant cette présente contribution sous forme de représentation, pour donner mon point de vue sur ce sujet d’actualité. Conscient, que dans le futur des circonstances peuvent en créer d’autres analogues. Au demeurant et par voie de circonstances, je me dois aussi d’éclairer ou de rappeler à l’opinion, le rôle capital que la gendarmerie a toujours joué et continue de jouer au sein de la nation, en vue de participer 

à son émergence.

 

L’autre fondement non moins important qui justifie mes réserves sur le bien fondé de ces accusations d’allégations de tortures, s’appuie dans la ou les considérations suivantes.

 

Au niveau de la gendarmerie, dans le cadre de la formation du personnel, figure en bonne place une psychologie qui bannit l’usage de la violence sous quelque forme que ce soit. Même dans le cadre du rétablissement et du maintien de l’ordre républicain, si toutes les conditions sont réunies pour l’usage de la force, on recommande toujours aux personnels engagés, de faire preuve de discernement, pour être conforme aux normes internationales en la matière. A ce titre ils sont presque tous préparés à comprendre, qu’au cours de ces opérations, quelle que soit la violence des charges que des manifestants pourraient exercer contre le personnel de la gendarmerie engagé, il faut les considérer d’abord comme des concitoyens en conflit avec l’ordre public, partant la loi. Aussi, il faut veiller même en cas d’arrestation au respect de la dignité humaine et à la garantie des droits des personnes appréhendées. Dans un Etat de droit comme le Sénégal qui se targue en plus d’être un pays phare de la démocratie, c’est là un principe d’action selon lequel : «On ne nourrit pas de haine envers les délinquants ». 

 

On se limite à prendre les dispositions appropriées en s’appuyant sur la légalité, avant de les mettre à la disposition de la justice. Je n’étais pas sur le théâtre des opérations à Tobéne, mais si on se base sur les informations diffusées par la presse, je pense que la gendarmerie n’est pas sortie de ce cadre.

 

En plus, étant moi-même dans un récent passé intervenant au niveau de l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale (EOGN) pour une remise à niveau de la formation des apprenants, je puis en conséquence témoigner que l’accent a toujours été mis sur cet aspect, dans le cadre du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, qui constituent les meilleurs garants que l’on peut offrir aux membres des forces de sécurité. Dans le souci bien entendu, d’accroître leur capacité opérationnelle, mais singulièrement dans l’optique de les amener à des pratiques dignes non seulement d’une force républicaine, mais conformes aux standards internationaux en la matière. Au motif que le monde nous regarde, et notre pays se targue à juste titre d’être un Etat de droit et de démocratie.

 

De même, le commandement de l’EOGN a toujours insisté sur la nécessité de faire remarquer aux apprenants venant de rejoindre l’institution, parce que certains provenant des universités, que nous vivons l’ère où la primauté est accordée à la mondialisation et partant à l’internalisation des droits inaliénables de l’homme de manière générale.

 

Sous ce rapport, l’homme dans un sens large en tant qu’être, devient la préoccupation majeure des Etats de droit. Encore moins pour le représentant de la loi qui n’a pas droit à l’erreur, parce que justiciable au même titre que tous. Soldat de la Loi, il doit par voie de conséquence, adapter son savoir-faire et son savoir-être à cette nouvelle donne, du troisième millénaire. Etre professionnel et donc savoir-faire ne suffiront plus pour ce contexte actuel, pour devenir un digne représentant de la loi. Il faut savoir être d’où la nécessité de savoir se comporter.

 

Pour toutes ces considérations, ma conviction est que c’est quasiment impossible, de voire un gendarme de  surcroît, un officier de haut rang, s’engager dans une quelconque forme de violences hors les cas prévues par la loi.

Le Général de Division Jean Baptiste TINE, Haut commandant de la gendarmerie est intransigeant dans ce domaine. Aussi, dès qu’il a connaissance de bavure de cette nature impliquant un personnel de l’Arme, il s’empresse de faire effectuer une enquête par l’Inspection Générale de la Gendarmerie pour déterminer les circonstances. Si les faits signalés sont avérés, des sanctions disciplinaires sont prises immédiatement, sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourraient être ordonnées, si le Ministère public le requiert.

 

III. LA GENDARMERIE NATIONALE ET L’APPRECIATION D’UNE HAUTE AUTORITE SUR SA MANIERE DE SERVIR

 

En somme donc au sein de la Gendarmerie, c’est connu de tous, on ne répétera jamais assez, que le Gendarme est garant de la loi. Son comportement, sa tenue en sont l’expression formelle par conséquent ils ne doivent pas donner lieu à la critique.  

 

Le comportement du Gendarme donc doit avoir valeur d’exemple parce qu’étant un modèle aux yeux de ses concitoyens. Il doit toujours avoir à l’esprit, que ses fonctions tout comme ses interventions le placent au contact de toutes les couches sociales et souvent au premier plan.

 

En plus avant de terminer, je voudrais mettre à profit cette opportunité pour faire remarquer à la génération du personnel gendarme actuelle et future, une partie de l’historique de l’institution qu’ils ont le prestige de servir.

La Gendarmerie nationale sénégalaise dont l’efficacité continue d’être en perpétuelle évolution, est investie d’une mission transversale qui couvre tout le spectre de la vie de la nation depuis sa naissance à nos jours. Elle constitue un instrument de gouvernance sécuritaire, qui se distingue par son efficacité, dans l’exécution des missions d’ordre judiciaire, administratif, militaire voire économique. Naturellement pour résumer, cette institution est devenue sénégalaise en 1960. Mais sa présence sur le territoire national remonte à bien longtemps avant les indépendances. 

 

La gendarmerie est en effet un pilier de l’Etat de droit avant d’être un outil sécuritaire efficace. Par son organisation, son fonctionnement et les valeurs qui guident l’action de son personnel, elle a une vocation d’instrument de consolidation de l’Etat. Ensuite, les innombrables missions accomplies par cette prestigieuse institution depuis notre souveraineté nationale, illustrent parfaitement la raison d’être de la Gendarmerie comme force militaire et partie intégrante des forces Armées. 

 

La Gendarmerie sénégalaise inspire aux autorités et aux populations, un modèle de professionnalisme, de sacrifice, de loyauté et d’esprit républicain. Sa neutralité et son impartialité, mais aussi l’esprit de sacrifie, de courage de ses hommes dans l’accomplissement de leur devoir, lui ont valu la confiance des autorités étatiques et l’estime des populations en général. Aussi, c’est en reconnaissance à sa participation active à la vie de la nation sénégalaise, que le Président Léopold Sédar SENGHOR premier Chef d’Etat du Sénégal, a rendu à cette institution, un des plus beaux hommages au moment de quitter le pouvoir, sur les pages de son livre d’or :

 

Le Président Léopold Sédar SENGHOR

 

« En prenant ma retraite politique pour passer le flambeau à la génération suivante, je suis heureux d’adresser toutes mes félicitations à la Gendarmerie nationale. Ce n’est pas un hasard, si en son temps, j’ai décidé que la garde présidentielle serait composée de gendarmes.

 

Arme d’élite grâce à la riche variété de leurs connaissances en matière de défense militaire et de sécurité civile, les gendarmes, depuis notre indépendance nationale acquise en 1960, se sont montrés disciplinés, instruits, efficaces parce qu’animés d’un patriotisme au-dessus de tout éloge. En leur faisant mes adieux, je leur renouvelle ma confiance pour l’honneur de la nation et la sécurité des sénégalais. Ils seront toujours à la hauteur de leurs devoirs ». Signé Président Léopold Sédar SENGHOR.

 

IV. CONCLUSIONS

 

Autant de raisons qui font qu’il serait illusoire de penser qu’en menant campagne pour fustiger les forces de sécurité et de défense, on parviendrait à installer la léthargie dans leur camp, pour les amener à croiser les bras et laisser le terrain aux activistes, mener tranquillement leurs revendications, hors les cas autorisés par l’autorité compétente.

Que mes lecteurs veuillent bien excuser de ce qu’il peut y avoir d’inopportun dans cette contribution. Je ne voudrais pas que mes formateurs et d’autres qui m’ont accompagné dans ma mission avant d’être admis à la retraite, soient amenés à me reprocher de garder le silence, quand il fallait parler pour la défense de l’institution. HONNEUR-PATRIE.

 

 

 

El Hadj Papa Cissé GUEYE

Adjudant Major Gendarmerie en retraite

Officier dans l’ordre du Lion

Médaillé Militaire du Sénégal

Officier dans l’ordre du Mérite

Médaille d'honneur de la Gendarmerie

Médaillé d’Honneur ONU

Samedi 5 Septembre 2020
Dakaractu



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