Ouverture annoncée d’une enquête pour soupçon de corruption à la CAF : A quoi jouent nos autorités? ( Alioune Badara COULIBALY)


On perd le trophée. On perd le titre de champion d’Afrique. On «perd 18 supporters». Que doit être, maintenant, la formule adéquate pour limiter les dégâts? Tout sauf un discours populiste ou va-t’en-guerre. Ce mercredi matin, nous avons sursauté en découvrant ce passage dans le communiqué du pouvoir : «le gouvernement du Sénégal demande l'ouverture d'une enquête internationale indépendante pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF. Le Sénégal usera de toutes les voies de recours appropriées, y compris devant les juridictions internationales compétentes, afin que justice soit rendue».  


 

Cet extrait peut avoir de lourdes conséquences. Il peut sonner le début d’une crise profonde. Qu’en serait-il alors de la situation de nos compatriotes détenus au Maroc? Que gagnerions nous à compliquer davantage nos rapports avec la CAF et le royaume chérifien. Au-delà du litige lié au retrait du titre à nos footballeurs, une autre affaire beaucoup plus complexe pourrait s’ouvrir. Cette fois entre les deux États et l’instance dirigeante du foot continental. Cette accusation, ou ces soupçons de corruption, pour être plus précis, formulés par nos autorités politiques sont-ils bâtis sur du solide? Les gouvernants disposent-ils des preuves de leurs allégations?


 

En attendant d’avoir le cœur net sur les fondements de la démarche entreprise par les pouvoirs publics, des experts en relations internationales nourrissent beaucoup d’inquiétudes. Car, pensent-ils, «lorsqu’un État accuse un autre de corruption, cela peut déclencher des crises diplomatiques majeures. Des enquêtes internationales, des gels d'avoirs, des sanctions économiques et une détérioration durable des relations bilatérales peuvent subvenir». De telles accusations entraînent souvent une perte de confiance publique, une baisse de l'investissement étranger et des poursuites pénales. En résumé, elles peuvent paralyser la coopération et entraîner des répercussions judiciaires et économiques lourdes. 


 

D’ailleurs, à travers la décision de la CAF, nous ne pouvons pas nous empêcher de pointer du doigt un échec diplomatique et un fiasco administratif qui démontrent une fois de plus, l’incapacité du pouvoir en place à protéger nos intérêts nationaux et internationaux. Aujourd’hui, notre pays perd en respect et en crédibilité sur la scène africaine et mondiale. Conséquence d’une diplomatie affaiblie et d’une gestion défaillante dans tous les domaines. 


 

Alors, au lieu d’exceller dans la menace, les coups d’éclats et le populisme,  le gouvernement ferait mieux d’intensifier ses efforts diplomatiques et juridiques, à garantir le respect et la dignité du Sénégal dans toutes les instances sportive, politique, sous régionale, régionale et internationale, afin de restaurer la crédibilité de l’État. Aujourd’hui, ce qui semblait n’être qu’un match de football s’est transformé en une secousse morale et symbolique qui dépassent largement les limites d’un stade. Lorsque la CAF a décidé de retirer notre titre acquis sur le terrain pour le réattribuer, «sur la base du règlement», au Maroc, ce n’est pas seulement un trophée qui a changé de mains, mais c’est tout un imaginaire collectif qui s’est fissuré, révélant à quel point le sport que l’on présente souvent pour un simple divertissement est en réalité un espace où se jouent les tensions les plus profondes de nos sociétés. Et, lorsque celles-ci sont sous le zoug d’un pouvoir qui manque à la fois de vision et de cohérence, c’est toujours la nation qui finit par en payer le prix.
 

Alioune Badara COULIBALY

Porte-parole APR

Jeudi 19 Mars 2026
Dakaractu