Où va mener le « maximalisme » de la Rue Algérienne ? (Par Ibrahima Sène)


A l’annonce de la volonté du Président Bouteflica  de briguer un cinquième mandat, la réaction de rejet de la Rue Algérienne était si soudaine, si spontanée et si puissante, que même les Partis d’opposition, notamment ceux qui avaient décidé de participer à la Présidentielle, ont dû retirer leur candidature en rejoignant la Rue.
La détermination de la Rue, réaffirmée tous les vendredis par des manifestations populaires pacifiques qui ont gagné tout le pays, a mis en échec toutes les tentatives de pouvoir à maintenir cette candidature jugée de trop par le peuple, face à une opposition qui propose, pour une sortie de crise, «le retrait de la candidature du Président, l’organisation de concertation nationale et une transition pour préparer une nouvelle élection présidentielle ».
Le pouvoir saisit alors cette  « balle au rebond »,  pour proposer « d’écourter le cinquième mandat pour organiser  une concertation nationale et organiser une nouvelle Présidentielle ».
Mais, aucune de ces deux propositions n’a reçu l’approbation de la Rue, et n’ont eu comme effet que de redoubler la mobilisation et relever encore plus haut, la barre de ses exigences en réclamant le départ pur et simple du Président, malgré sa nomination d’un nouveau Premier Ministre, chargé de former un nouveau gouvernement.
De guerre lasse des manœuvres de la Présidence pour maintenir  Boutéflica  à la tête du pays, la puissante organisation des « anciens combattants » prend ses distances, et rejoint les revendications de la Rue. 
Elle fut suivie par la direction du FLN, le parti au pouvoir, par des organisations  de la société civile affiliés au Parti, puis par la puissante Centrale  syndicale, l’UGTA.
C’est dans ses conditions que l’Etat- Major de l’Armée prit ses responsabilités en exigeant du Président,  de démissionner ou de se faire démettre en accord avec la Constitution, qui transfert au Président de leur «  SENAT »,  l’intérim de la Présidence pour organiser une Présidentielle dans les 90 jours.
Dans le même temps,  des membres importants du Patronat Algérien et des proches de la Présidence sont poursuivis pour corruption, comme pour donner le gage à la Rue, d’une volonté réelle de forces dans l’appareil d’Etat,  d’assainir la gestion du pays.
La Rue, appuyée par les exigences de l’Armée, vient d’avoir le départ de Boutéflica, avec sa démission officielle qui permet d’ouvrir une transition selon les dispositions de la Constitution de ce pays.
Aucune autre alternative constitutionnelle ne s’offre au pays pour permettre au peuple d’exercer  sa volonté à travers  l’expression de son  suffrage.
Cependant, dans les réseaux sociaux, il se dégage de plus en plus,  que la Rue ne se satisfait pas de cela, mais exigerait un changement du régime par des voies non constitutionnelles !
Dans un contexte où  aucun des Partis d’opposition n’a pas pu se faire identifier comme alternative par la Rue, encore moins, aucune personnalité de la société civile, prendre en charge un changement non constitutionnel, dans n’importe quel pays du monde, d’Europe, d’Amérique ou d’Asie, déboucherait à une Dictature, pour éviter l’anarchie qui sévit encore en Libye, où le Président Khadafi a été assassiné par le Président Français Sarkozy, sans réelle force capable d’assumer, dans l’ordre et la paix civile, l’exercice du pouvoir d’Etat.
Si réellement la Rue Algérienne veut faire la « Révolution », sans « force politique révolutionnaire »  à sa tête qu’elle reconnait,  elle va faire payer à son peuple, à la Tunisie, au Mali et au Niger, son «  maximalisme populiste » par plus de déstabilisation.
Tous les médias occidentaux, dont l’avant-garde sont les médias Français, oeuvrent pour flatter la Rue Algérienne dans le sens du  poils, alors qu’ils n’auraient jamais accepté, chez eux,  des changements de régimes non constitutionnels. 
Les Patriotes, Républicains, et Démocrates Algériens, au pays et dans la diaspora, notamment en France et en Belgique, devraient se reprendre, puisqu’ils savent, en âme et conscience, que le pire ennemi des peuples, c’est le «  maximalisme » dans leurs revendications. 
Les syndicats des travailleurs le savent par expérience, alors que les organisations petites bourgeoises en font leur sport favori.
L’Algérie ne doit être la Tunisie, où le «  printemps arabe » a porté les Islamistes au pouvoir, encore moins la Libye, où le changement non constitutionnel  a engendré  l’anarchie et la violence,  occasionnant la déstabilisation des pays du Sahel, notamment le Mali,  sous l’égide des gouvernements de Droite et Socio-démocrate de la France !
 C’est pour cela, que la CEDEAO devait tout faire pour amener l’Union  Africaine, à assumer réellement ses responsabilités  historiques en Algérie, pour éviter de reproduire son fiasco historique en Libye,  rien que pour ne pas contrer les projets de Sarkozy dans ce pays.
Pour nous Sénégalais, nous sommes interpelés pour que rôle joué par notre ancien Président, Abdoulaye Wade dans la réalisation du projet assassin de Sarkozy en Libye, ne se reproduise en Algérie ou n’importe quel autre pays,  à jamais, avec nos Présidents de la République.
Il est de notre devoir pan africain, républicain et démocratique pour qu’il en soit ainsi. 
                                   Nous sommes tous des Algériens !
                                 Ibrahima SENE PIT/SENEGAL
                                            Dakar le 3 Avril 2019
Mercredi 3 Avril 2019
Dakaractu




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