OUSMANE DIAKHATÉ (RASIAAT) : « C'est de la fantaisie cette production déclarée de 1 800 000 tonnes d'arachide... Des unités de production sont à l'arrêt! »


OUSMANE DIAKHATÉ (RASIAAT) : « C'est de la fantaisie cette production déclarée de 1 800 000 tonnes d'arachide... Des unités de production sont à l'arrêt! »
Le Sénégal n'est pas loin de vivre de mauvaises surprises au plan agricole, c'est du moins l'avis de Ousmane Diakhaté. 

En effet, le Secrétaire général de RASIAAT ( Regroupement des Acteurs du Secteur Industriel et Agro-alimentaire de Touba) s'étonne d'entendre, d'un côté,  le ministre de l'agriculture dire que " la campagne arachidière 2020-2021 se déroule bien" et de l'autre côté  le Dg de la Sonacos marteler,  après l’arbitrage du Président, que  tout le monde est heureux puisque les exportations se passent bien et que les huiliers sont en train de collecter pour faire tourner les usines avec une production de 1 800 000 tonnes de graines d’arachide. Ce chiffre est fantaisiste et c'est juste une illusion".

Notre interlocuteur d'estimer que ces discours officiels n’ont rien à voir avec la situation réelle sur le terrain, qui est désastreuse. Pour les producteurs, d'abord,  confie-t-il, " en exportant les graines vers la Chine, on court le risque de perdre notre capital semencier parce que les chinois ont besoin de la bonne graine et de nos semences qu’ils peuvent acheter à un prix plus élevé que celui proposé  par le gouvernement aux operateurs stockeurs. Le ministre se vante d’avoir collecté  60 000 tonnes de graines au titre de semences. Ce qui pouvait être réel si les déclarations des stockeurs étaient vraies… mais ce n’est pas le cas .Ils donnent de faux chiffres pour avoir leur notification en connivence avec les services du ministère .On en connait qui déclarent disposer 500 tonnes en ce moment, alors qu’ils n’ont même pas 1 kg. Le moment du contrôle venu, ils vont disparaitre avec les clefs du magasin où seraient stockées les graines… ou bien ils les reçoivent avec un bon petit déjeuner à  la maison, et le tour est joué. Le moment de distribuer les semences aux pseudo-paysans qui , en réalité, sont des gros.bonnets qui ont des entrées au ministère, l’operateur proposera en lieu et place de graines, de l’argent liquide ou juste de la mauvaise graine. Ainsi l’État va perdre des milliards, qu’il pense dépenser pour l’agriculture alors que c’est pour enrichir des operateurs véreux et de faux paysans qui sont en complicité avec des agents de l’État. C’est clair que personne ne va réserver de l’arachide à  l’État tant que les Chinois sont à l'affût. On avait alerté l’année dernière et la conséquence est là. Tout le monde a vu cette année, malgre la bonne pluviométrie, la faible densité des graines du fait de la mauvaise qualité des semences de l’année dernière. Nous avons cette année 65% de graines décortiquées de graines en coque au Sud, 60% au Saloum et 51% dans la région de Louga. Et le pire reste à venir si on n’arrête pas les exportations".

Par rapport aux industries de transformation,  Ousmane Diakhaté parle de mort programmée et inéluctable. ".Aujourd’hui aucune unité industrielle ne fonctionne avec une telle spéculation sur les graines. Le ministre nous dit que la COPEOL a déjà collecté 20 000 tonnes  et la SONACOS 50.000 tonnes .Ce que le ministre ne sait pas ou n’a pas dit est que ces usines ne sont pas prêtes à triturer ces graines à moins de pouvoir vendre le litre d’huile à 2 000 frs et le kg de tourteau à 200 frs. Ces prix seraient, en effet, hors de portée des consommateurs et des éleveurs. La COPEOL pour survivre va revendre ses graines aux Chinois au détriment des emplois et la valeur ajoutée. Ce que fait déjà la SONACOS depuis l’année dernière ".  Il poursuit  : " les huiliers artisanaux qui ont beaucoup investi et qui  rêvaient d’un lendemain meilleur suite au  protocole de 13 mars 2018 et le partenariat avec la SONACOS sont dans le désarroi total puisque au chômage depuis bientôt 2 ans avec des machines  à entretenir et des gardiens à payer.

Pour conclure, Diakhaté trouve obligatoire le gel des exportations de notre arachide vers la Chine si l'on veut atteindre les objectifs suivants : " - atteindre la survie de notre outil industriel;  la condition sine qua non du démarrage et la réussite de l’agropole centre, la création d’emplois dans le bassin arachidier.

-  Réussir le développement d’une agro industrie à haute valeur ajoutée conformément au vœu du PSE. 

- Parvenir à  rendre possible  la survie de la filière en préservant notre capital semencier, dans un monde rural où l’arachide représente l’essentiel de leur revenu.

- assurer  notre sécurité alimentaire, en mettant à la disposition des consommateurs une huile d’arachide de qualité en quantité suffisante.
Vendredi 5 Février 2021
Dakaractu




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