Notre démocratie sur le point d’être sacrifiée


Le jeudi 26 juillet, le député et maire de Dakar, M. Khalifa Sall, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de février 2019. Ses militants et proches répétaient avec insistance : "Il sera candidat", et ils continueront à y croire jusqu’au bout. Mais le secrétariat exécutif national du Parti Socialiste, son parti, a décidé de porter et de soutenir la candidature du président Macky Sall en 2019. Du jamais vu dans l’histoire politique du Sénégal. Longtemps considéré comme un champion de la démocratie en Afrique, le Sénégal, par l’intermédiaire de sa classe politique, commence à montrer de plus en plus l’incohérence politique qui règne en son sein et les failles de sa démocratie participative. 
 
Le PS, parti de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf, est le premier parti à gouverner le Sénégal indépendant. Il s’agit de l’entité politique la plus structurée et la plus ancrée dans les profondeurs du pays. Historiquement, le parti a déjà eu à soutenir un candidat issu d’une différente mouvance politique, comme ce fut le cas en 2012 durant la période conjoncturelle du "Tout sauf Wade”, mais uniquement après la défaite de son candidat initial au 1er tour. Cette fois-ci, le PS, un grand parti, est en train de montrer à la face du monde et même à ses partisans, la définition réelle de la politique dans ce pays. 
 
Le fait que la politique au Sénégal ne soit basée que sur la popularité (positive comme négative), le militantisme et entre guillemets le « yama nex », serait comme annoncer que le ciel est bleu. Mais ceci est uniquement dû au fait que la majeure partie du pays n’est pas encore prête à comprendre et à apprécier une offre ou un débat politique de substance, d’où le besoin des politiques de chercher des voix et du soutien autrement. Mais se ranger derrière un parti dans un contexte différent du "Tout sauf...”, le PS de surcroît, ne peut susciter que de l’inquiétude quant au sens réel des partis au Sénégal et à la compréhension de la classe politique actuelle de sa responsabilité dans la construction d’un débat politique sensé pour l’avenir.
 
On pensait dans un premier temps que l’action politique ici était au moins basée sur du «qui ne gouverne pas s’oppose”, étant donné qu’elle n’est évidemment et malheureusement pas basée sur des idéologies politiques ou des programmes, mais voir aujourd’hui du "qui ne gouverne pas soutien" avec le PS, ou encore du "qui gouverne élimine" avec l’emprisonnement douteux d’importants opposants politiques, d’ailleurs jugée comme arbitraire par plusieurs instances internationales, pousse à se demander s’il n’y a pas une véritable régression dangereuse de la démocratie dans notre pays.
 
La démocratie dont on se vante depuis des années grâce au multipartisme, aux alternances démocratiques ou encore à la liberté d’expression est le fruit d’un peuple sénégalais vivant tous les jours selon des valeurs ancestrales de paix, de solidarité et de respect. Elle n’est en aucun cas le fruit du travail de la classe politique. Nous ne méritons donc pas d’être condamné à choisir quand il s’agit de question concernant notre République, avec une classe politique qui veut nous forcer à croire qu’une décision démocratique dans notre contexte actuel est toujours une bonne décision.
 
Abdoulaye Sarr
Mardi 31 Juillet 2018
Dakaractu




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