Niger: un mois après la disparition du journaliste Moussa Kaka, les appels à l'enquête se multiplient


Depuis le 31 août au soir, ni sa famille ni son avocat n'ont de contact avec lui. Moussa Kaka, figure du journalisme nigérien et ancienne voix de notre antenne, a quitté les locaux de la radio-télévision Saraounia pour rentrer chez lui, à Niamey, mais n'y est jamais arrivé. Les autorités nigériennes n'ont jamais communiqué sur sa situation.

Au Niger, cela fait un mois que les proches de Moussa Kaka sont dans l'inquiétude. Notre confrère, qui a raconté le Niger sur notre antenne pendant de nombreuses années, a quitté les locaux de son média, la radio-télévision Saraounia, pour rentrer chez lui le 31 août au soir, à Niamey. Il n'y est jamais arrivé. Depuis un mois, ni sa famille ni son avocat n'ont eu de contact avec le journaliste de 66 ans, qui a passé plus de trois décennies à raconter le Niger.

Reporters sans frontières (RSF) évoque une disparition forcée et dit avoir de bonnes raisons de penser que les autorités militaires de Niamey y sont pour quelque chose. L'organisation a saisi cette semaine le comité des disparitions forcées de l'ONU. Elle avait auparavant saisi la rapporteuse spéciale de l'Union africaine sur la liberté d'expression et l'accès à l'information.

Son directeur pour l'Afrique subsaharienne, Sadibou Marong, déplore le silence des autorités : « Les autorités nigériennes elles-mêmes, qui devaient communiquer, qui devaient ouvrir une enquête, qui devaient rassurer, ne l'ont pas fait. » Selon lui, des éléments concourent à dire que les autorités militaires, des éléments qui leur sont « liés ou favorables », « y seraient pour quelque chose ». Lui qui dénonce un « mutisme », demande qu'elles ouvrent une enquête et communiquent sur les circonstances de sa disparition : « Il est crucial que les autorités réagissent. Il est tout aussi crucial que Moussa Kaka puisse retrouver la liberté, retrouver les siens et reprendre son travail. »
 
Le G25 affirme qu'il est entre les mains des renseignements extérieurs

Le G25, qui regroupe des acteurs de la société civile nigérienne, pour la plupart anonymes pour des raisons de sécurité, a lui aussi réclamé sa libération. Selon son porte-parole, Tahirou Garka, Moussa Kaka se trouve entre les mains des renseignements extérieurs du Niger, la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE). Le G25 dit l'avoir établi à travers ses propres enquêtes et recoupements.

« Moussa Kaka a disparu, comme d'autres journalistes ou d'autres Nigériens. Ils disparaissent comme ça. Et puis quelque temps plus tard, quelques semaines, quelques mois pour d'autres, peut-être une année, ils réapparaissent », affirme Tahirou Garka, qui rappelle que, depuis l'avènement du régime du général Abdourahamane Tiani, la liberté de la presse ne fait que se dégrader.
« Où est Moussa Kaka ? »
 

Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de l'organisation Journaliste en danger, en RDC, se dit quant à lui « très préoccupé » par la disparition de celui qu'il décrit comme « l'une des plus grandes figures du journalisme » du Niger, mais aussi d'ailleurs en Afrique. Il a lancé à Niamey, il y a plus de 25 ans, la radio Saraounia, désormais doublée d'une télévision, qui emploient 70 personnes. Il a aussi informé pendant de nombreuses années les auditeurs de RFI, dont le signal est coupé au Niger depuis plus de trois ans, et il a fait partie des correspondants de RSF.

« Ce qui est le plus troublant dans cette affaire, c'est le silence des autorités nigériennes, souligne Tshivis Tshivuadi. Ceux qui sont derrière cette disparition ont sans doute voulu faire taire une voix qui dérange », estime-t-il. Il appelle les journalistes et les défenseurs de la liberté de la presse à se mobiliser pour que Moussa Kaka « ne tombe pas dans l'oubli ».

Même inquiétude en Mauritanie. Moulaye Najim Moulaye Zeine, président du syndicat des patrons de presse et président de la section mauritanienne de l'Union internationale de la presse francophone, demande au micro de notre correspondant à Nouakchott, Moussa Oumar Barry, que « toute la lumière soit faite » sur sa situation et que sa famille soit informée : « Un journaliste ne doit jamais devenir victime du silence. (...) La sécurité des journalistes n'est pas un privilège accordé à la presse. C'est une condition essentielle du droit des citoyens à l'information. » Il réclame aussi des garanties concrètes pour la sécurité des journalistes et leur liberté d'exercer.

Au Sénégal, le mouvement militant Y'en a marre s'inquiète également du sort de Moussa Kaka. Son membre fondateur, le rappeur Oumar Cyrille Touré, alias Thiat, le décrit comme « une voix qui porte, qui rapporte, qui informe », mais aussi « un père de famille, un ami, un frère, un compagnon de lutte ». Depuis un mois, dit-il, sa femme, ses enfants, ses amis, ses auditeurs sont inquiets : « Où est Moussa Kaka ? Le temps presse. »

Jeudi 1 Octobre 2026
RFI