Ndioum : Il atterrit en chambre criminelle pour tentative de meurtre, après avoir asséné des coups de couteau à son voisin qui bastonnait sa sœur

La correction exemplaire qu’il a donnée à son voisin qu’il avait surpris en train de bastonner sa sœur, a conduit le jeune H. A. Diallo en prison. Celui-ci aveuglé par une colère noire, a eu le tort de faire usage d’un couteau et d’asséner 9 coups à l’agresseur de M. Sow, son aînée. Il a été renvoyé en chambre criminelle pour tentative de meurtre, suite à une Cbv avec une Itt de 60 jours.


 Un soir ordinaire où rien ne présageait d’un conflit majeur, à Ndioum, où deux voisins en sont venus aux mains pour une histoire mineure. Il s’agit de Seydou Mamadou Sow et de Mariam Sow, deux jeunes que rien opposait. Leur complicité était telle que le premier nommé avait présenté son épouse à la dame. Mais ce qui traduisait une complicité s’est altérée quand le couple a volé en éclats. Le divorce consommé, Seydou Mamadou Sow dit avoir reçu, un jour, des informations selon lesquelles Mariam faisait courir la rumeur sur des démarches qu’il aurait entrepris pour se remettre en couple avec son ex-épouse. Et ce, alors qu’il se préparait à en épouser une autre.

À la barre, le jeune Seydou est revenu sur les faits à l’origine de ce procès en chambre criminelle dont il est la partie civile. Dans sa déclaration, il a indiqué au juge que c’est la dame qui l’a trouvé chez lui et l’a abreuvé d’injures et de propos discourtois. Et que c’est dans ces circonstances qu’il l’a invitée à quitter les lieux.
Face au refus de celle-ci, et pour éviter que ses futurs beaux-parents ne soient inquiétés par les propos de l’hôte indésirable, il dit l’avoir traînée de force pour l’expulser du domicile familial. C’est alors, dit-il, qu’une fois dehors, il a vu surgir de l’obscurité un individu qui l’a attaqué, couteau à la main.

« J’ai vu, se ruer sur moi, un individu qui, avant que je ne m’en rende compte, m’avait poignardé au front. Le sang qui coulait m’a aveuglé et il en a profité pour m'asséner des coups de couteau. J’ai senti l’arme me perforer le cou, l’épaule, etc... Mais de tous, c’est celui qui m’a atteint à l’abdomen qui m’a esquinté », a raconté la partie civile qui dit s’être alors affaissé.

Un divorce aux conséquences lourdes pour un ‘’innocent’’
Genoux à terre, c’est en ce moment que sont arrivés ses proches qui, le voyant tout ensanglanté avec ses blessures, l’ont vite évacué. Et c’est au Centre hospitalier régional de Ndioum que lui a été délivré un certificat médical faisant état d’une Incapacité temporaire de travail (Itt) de 60 jours. En effet, dans le document, il est relevé, entre autres, 9 plaies traumatiques dont une coupure de 30 cm à la base du cou, un tendon sectionné, une plaie béante à l’abdomen. Et c’est sur son lit d'hôpital que les gendarmes l’ont trouvé pour prendre sa déposition, après avoir constaté que ses deux membres supérieurs étaient couverts de bandages.

Dès lors, ils ont pu procéder à l’arrestation de H. A. Diallo. Celui-ci, sorti récemment de l’adolescence, a été reconnu coupable. Inculpé pour détention d’arme blanche sans autorisation administrative et pour Coups et blessures volontaires avec Itt de 60 jours, des suites de cette affaire qui ont eu lieu au soir du 15 aout 2020, il a été renvoyé en chambre criminelle pour tentative de meurtre.

Comparaissant à titre de renseignement dans ce dossier où son frère cadet est jugé pour ledit crime, Mariam a déclaré que celui-ci est intervenu pour le tirer d’affaire alors qu’elle était l’objet d’une bastonnade que lui administrait la partie civile. De cette violence, elle dit avoir produit un certificat médical qu’elle avait déposé à la gendarmerie. 
Jugé hier devant ladite chambre en sa première session pour l’année 2022, H. Diallo dit que ce sont les cris de douleurs émis par sa sœur aînée qui l’ont poussé à courir pour voler à son secours. Et que c’est alors qu’il a vu Seydou la rouer de coup. En colère et se sentant défavorisé face à l’agresseur de sa sœur, plus fort que lui, il a fait usage de son arme. Il sera interpellé par les gendarmes, 48 heures après les faits. Entendu sur procès-verbal, il a avoué avoir donné des coups de couteau à la victime. Mais confie avoir utilisé le couteau pour se libérer de l’étreinte de son vis-à-vis qui le tenait par le cou.

’Ce coup de couteau qui m’a esquinté …’’

Dans l’ordonnance de renvoi, il est indiqué l’avis du juge d'instruction qui a relevé l’absence de pièces permettant d’établir une volonté manifeste de donner la mort. Il est également retenu que l’inculpé a utilisé le couteau pour défendre sa sœur face à un homme beaucoup plus fort que lui.
Dans cette affaire, le caractère répétitif des coups portés avec une arme blanche à la main, la dangerosité de l'arme utilisée, les parties visées, et surtout le fait que l’inculpé n’a manqué son but que du fait des circonstances indépendantes de sa volonté ont suffi au magistrat instructeur pour être convaincu de l’intention d'homicide. Même la chambre de conseil qui s’est penchée sur ce dossier, a déclaré l’action recevable et a estimé que la victime n’a échappé à la mort que par des circonstances indépendantes.
Seul accusé dans cette affaire de tentative de meurtre, le jeune H. A. Diallo a dit se rappeler juste qu’il avait, entre ses mains, un couteau pour couper des branchettes pour son bétail, lorsqu’il a entendu sa sœur crier. Et que c’est alors qu’il s’est lancé au secours sa sœur. Cette dernière, entendue, a retracé les différentes péripéties de cette affaire.

Agée de 25 ans, élève et jeune maman, elle a déclaré que tout est parti d’elle. ‘’J’étais en train d'étudier quand mon téléphone a sonné. C’est Seydou (la partie civile) qui m'appelait et a dit qu'il avait entendu quelqu’un m’accuser de faire courir la rumeur selon laquelle il faisait des pieds et des mains pour reconquérir son ex-épouse. Ce que je n’ai jamais dit. Je prépare mon bac et je n’ai pas le temps à perdre. Et pour finir, il m'a menacé alors de me refaire le portrait. Après les révisions, je me suis rendue compte que le paquet de couches de mon bébé était épuisé. Je me décide alors à aller à la boutique. Celle-ci se trouvait près de chez Seydou. C’est alors que je l’ai aperçu. Animée d’une volonté de tirer au clair cette affaire, j’ai fait un saut chez Seydou histoire de discuter avec lui. On a échangé quelques propos et c’est alors qu'il s’est levé et m’a forcé à sortir de chez lui. Je me levais pour quitter les lieux, quand il m’a giflé. J’ai crié. Mais, il a continué à me frapper et m’a traînée de force jusqu’au dehors. C’est alors que j’ai vu quelqu'un surgir et l'attaquer. C’était son frère cadet...

Visite inopinée lourde de conséquences
Seydou qui a passé un long séjour à l’hôpital, a réclamé des dommages et intérêts. Ce, parce que dit-il, depuis cette soirée, il n’a cessé d’acheter des antidouleurs. ‘’J'ai dépensé plus d’un million de nos francs pour mon traitement. Je réclame 5 millions de francs’’, a-t-il dit.
 
Le parquet, pour sa part, a estimé que la détention illégale d’arme blanche est caractérisée, en l’espèce. Et ce, même si ladite arme n’a pas été retrouvée. La tentative de meurtre, est aussi établie, à ses yeux. ‘’Il s'avère qu’il a reçu plusieurs coups de couteau. Et que différentes parties de son corps visées sont vitales (front, cou et abdomen)’’. Toutes choses qui font que le parquet a relevé qu’il y a énormément d’éléments qui permettent de dire que l’accusé avait une volonté d’attenter à la vie de la partie civile. Et que n’eut été l’intervention des proches, cette dernière allait perdre la vie. En conclusion, il a requis 5 ans de réclusion criminelle, à l’encontre du jeune H. A. Diallo.

Pour la défense, la détention illégale d’arme blanche ne souffre d'aucune contestation. Il a plaidé en ce sens, une application bienveillante de la loi. Mais, relativement à l’intention de donner la mort évoquée par le parquet, elle a signalé que son client aurait abrégé la vie du plaignant si telle était sa volonté. Vu que la partie civile elle-même dit qu’elle s’était affaissée.
L’avocat de la défense, dans sa plaidoirie, a demandé une disqualification des faits de tentative de meurtre en Cbv avec Itt. Pour lui, l’intention de son client de sauver sa sœur, motiverait son geste.
La fin du procès a fini par sonner. Mais le délibéré n’a pas été profitable pour l’accusé, malgré sa posture calme, et son ton posé durant tout le procès. H. A. Diallo qui avait le regard baissé et la tête inclinée, a été jugé coupable et condamné à 5 ans de prison.  Il devra payer à Seydou Sow, la rondelette somme de 2,5 millions, pour toute cause de préjudice confondue.
Mercredi 23 Février 2022
Dakar actu



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