Mutilations génitales féminines : l’hôpital Abass Ndao ouvre la bataille pour réparer les corps et empêcher les mutilations de demain


Au Sénégal, les mutilations génitales féminines restent une réalité douloureuse, parfois invisible, souvent tue. Face à ce fléau profondément enraciné dans certaines pratiques sociales et transfrontalières, le Centre hospitalier Abass Ndao entend changer d’échelle. Soutenu par l’État, la ville de Dakar et des partenaires internationaux, l’hôpital des femmes et des enfants se projette comme un futur centre de référence pour une prise en charge globale, structurée et durable des femmes et des filles victimes de ces violences.

 

Pour le professeur Demba Diédhiou, directeur du Centre hospitalier Abass Ndao, l’enjeu dépasse la seule réparation chirurgicale. Il s’agit de créer une véritable « porte d’entrée » pour des femmes souvent isolées, honteuses ou ignorantes de leur propre mutilation. Chirurgiens, gynécologues, urologues, psychologues et sexologues travaillent désormais de concert pour reconstruire des parcours de soins complets, capables de restaurer la dignité, la santé et l’autonomie des patientes. À terme, Abass Ndao ambitionne de devenir un pôle régional et international de référence.

 

 

Cette dynamique est portée par une coopération médicale étroite entre Dakar et Marseille. Depuis trois ans, les équipes de l’Assistance publique Hôpitaux de Marseille forment le personnel sénégalais à une approche holistique, intégrant la dimension psychologique et sexuelle, souvent négligée. Comme le souligne la professeure Florence Bretelle, la chirurgie n’est pas toujours nécessaire : l’écoute, la psychoéducation et l’accompagnement peuvent suffire à réparer. 

 

Les autorités sanitaires et municipales rappellent que la prévention reste la seule véritable solution. Malgré une loi criminalisant les mutilations depuis 1999, plus de 12% des filles de moins de 15 ans seraient encore concernées. Le ministère de la Santé, la ville de Dakar et les partenaires communautaires misent désormais sur la sensibilisation, l’éducation et l’implication des guides religieux et coutumiers. Comme l’a martelé le directeur général de la Santé, Pr Ousmane Cissé, « mieux vaut prévenir que réparer »

Mercredi 4 Février 2026
Dakaractu