Mouhamadou Makhtar Cissé, DG Senelec: « Ce que nous comptons faire de Senelec à l’horizon 2020 »

C’est à travers la mise en branle d’une batterie de meures innovantes, avec des ressources humaines de qualité et une stratégie inspirée par le PSE que la Direction Générale de la Senelec compte faire de cette structure, à l’horizon 2020, une entreprise performante, attractive et toujours au service de sa clientèle. Malgré, les pertes de plus de 20 millions enregistrées à cause du vol d’électricité, un secteur à la proie des incendies causant 3,9 milliards de pertes, la Senelec est passée de 38 jours de coupures en 2011 à 3 jours en 2017. Ainsi, en plus des centrales de Santhiou Mékhé, Malicounda, Bokhol et Ten Mérina, la Senelec compte réaliser des projets d’offre prévisionnelle de 907 milliards, et deux autres de distribution et de transport de 359 et 376 milliards.


Mouhamadou Makhtar Cissé, DG Senelec: « Ce que nous comptons faire de Senelec à l’horizon 2020 »
En moins d’un an, ce que les populations appellent des «champs de courant» ont été inaugurés à Santhiou Mékhé, Malicounda, Bokhol et Ten Mérina pour une capacité totale de 100 mégawatts. Quel est le secret derrière ces prouesses ?

C’est la volonté des autorités Sénégalaises avec au plus haut sommet Monsieur le Président de la république qui honore ainsi les engagements pris à la COP 21 de Paris. C’est aussi le fruit de la confiance des investisseurs à l’endroit de notre pays puisqu’il s’agit principalement de producteurs indépendants. C’est enfin une preuve de la capacité de Senelec de gérer des projets.

Où en êtes-vous avec les centrales de Energy Ressources de Kahone et EDS Eximag de Sakal attendues à la fin de cette année ? 

La centrale Energy Ressources est achevée. Les essais de mise en service sont en cours. Elle sera mise en service au plus tard au courant du mois de février 2018.

Celle de EDS Eximag a, par contre, connu du retard et ne sera réceptionnée qu’en juin 2018.

Qu’en est-il de l’intégration de cette énergie intermittente à votre réseau ?

Vous touchez du doigt notre préoccupation actuelle. Des études sont en cours pour une bonne intégration des énergies renouvelables dans notre réseau car nous estimons qu’il est temps de passer au stockage d’énergie pour la régulation de la fréquence de notre réseau.

La Senelec a également réussi à baisser considérablement pour ne pas dire éradiquer définitivement les coupures d’électricité au Sénégal. Quelles stratégies ont été mises en branle pour réussir ce pari au point de faire même le consensus auprès des acteurs de l’opposition politique ? 

Nous avons engagé beaucoup d’investissements en renforçant notre parc de production mais également en engageant des projets d’envergure pour le renforcement du réseau de Transport et du réseau de Distribution à travers tout le pays. Mais, nous avons aussi investi sur les hommes.

Ces efforts nous ont permis d’améliorer sensiblement la qualité de service. En effet, Senelec est ainsi passée de 38 jours de coupures de sa clientèle en 2011 à 3 jours de coupures en 2017; ce qui s’est traduit par la baisse de 25% de l’énergie non distribuée ; c’est-à-dire l’énergie dont notre clientèle domestique, professionnelle et industrielle est privée.

C’est un résultat qui doit être amélioré tous les jours et nous y travaillons.

Quels sont vos projets et programmes pour l’année 2018 ?

La stratégie de l’entreprise, inspirée par le Plan Sénégal Emergent (PSE), est portée par le plan «Yeesal Senelec 2020» sur la période 2016 – 2020 qui s’articule autour de 5 axes trouvant leur ancrage dans 6 fondements et 6 valeurs. Après la première phase de mobilisation lancée en 2016 et poursuivie en 2017, l’année 2018 est la première année de la Phase 2 de consolidation qui s’étend jusqu’en 2019.

Dans le cadre du développement optimal de l’offre prévisionnelle, une augmentation de la capacité de production est projetée avec les producteurs indépendants (IPP) pour un montant global de 907 milliards de francs CFA. C’est dans ce cadre que s’inscrit la mise en service attendue en 2018 de la centrale à charbon de Sendou pour 125 MW.

Des projets de mise aux normes des infrastructures de distribution et de transport, pour respectivement 359 et 376 milliards de F CFA, sont en cours pour une meilleure sécurité et une meilleure flexibilité dans l’exploitation et la maintenance. C’est ainsi que la ligne de transport entre Kaolack et Fatick sera mise en service durant l’année 2018 de même que celle reliant Tamba à Ziguinchor en passant par Kolda. Concernant la Distribution, il est prévu la finalisation de la mise en œuvre du projet de renforcement et de densification dans les régions (Ziguinchor, Bignona, Sédhiou et Kolda, Kayar, Diourbel, Louga, Tamba, Kédougou) ainsi que celui relatif à l’extension des réseaux dans les périphéries des zones urbaines et alentours de gros villages (Rufisque, Guédiawaye, Thiès, Tivaouane, Mbour, Bambey, Diourbel, Touba, Kaolack, Fatick, Tamba et Kédougou).

Concernant le commercial, la promotion des compteurs Woyofal se poursuivra.

Des projets de construction d’immeubles sont en cours de préparation dans le cadre de la valorisation du patrimoine foncier de la Senelec.

Tout ceci dans l’optique de faire de Senelec en 2020, une entreprise performante, attractive, toujours au service de la satisfaction de ses clients et du développement économique et social du Sénégal ; en parfait alignement avec le Plan Sénégal Emergent (PSE).

Dans le cadre de la dotation du Sénégal d’un mix énergétique compétitif et propre, le Premier Ministre a annoncé l’installation prochaine de centrales gazières conjointement à celles hydroélectriques. Est-ce que toutes les dispositions sont prises pour arriver à un bon ménage entre ces éléments énergétiques ?

Effectivement, l’étude du Plan Directeur Production et Transport 2017-2035 de Senelec qui a été finalisée en 2017 prévoit ce mix énergétique avec l’avènement du gaz local prévu à l’horizon 2022 – 2025.  Du point de vue de la conception, la mise en œuvre et l’exploitation de ces sources d’énergie, la Senelec en a déjà l’expérience avec ses centrales existantes. Nous disposons d’outils d’optimisation pour l’arbitrage entre ces sources d’énergie.

Les installations de la Senelec sont la proie d’incendie fréquents, avec par exemple, le poste électrique de Thiès, la centrale de Cap des Biches et récemment les lignes haute tension implantées à Parc Lambaye. Quelles pertes enregistrez-vous dans ces cas et quelles sont les stratégies mises en place pour éviter que cela impacte négativement l’approvisionnement correct des populations ?

En effet, ces incidents ont généré des pertes importantes pour Senelec.  A titre illustratif, l’incendie de Parc Lambaye nous a couté globalement 3,9 milliards F CFA en termes de surcouts d’exploitation, de couts des travaux engagés et d’autres pénalités encourues du fait de la discontinuité de service.  Par ailleurs, ce sont des incidents qui nous causent beaucoup de préjudices immatériels par l’impact négatif sur notre image de marque.

Pour faire face à cette situation, Senelec poursuit les travaux de sécurisation de ses installations ; le poste de Thiona situé dans la région de Thiès a été ainsi complètement réhabilité. Nous menons des actions qui visent à libérer les emprises des lignes haute tension dont l’occupation anarchique pose beaucoup de problèmes de sécurité. Nous impliquons également dans ce combat toutes les parties prenantes. Il faut noter que la méconnaissance de la réglementation n’arrange pas toujours la situation ; ainsi, nous comptons également renforcer, à ce titre, la sensibilisation des populations à travers les médias. Pour cela nous avons le soutien des autorités administratives et l’Etat.            

La Senelec a-t-elle finalement réglé la question du vol de courant. Si oui, comment ? Quel est le dernier chiffre du vol d’électricité ?

Est considérée comme fraudes, toutes manœuvres sur les installations de Senelec à l’effet de fausser, minorer ou détourner tout ou partie de l’enregistrement des consommations d’énergie.

Dès lors et compte tenu de l’environnement dans lequel nous exerçons notre activité, il est difficile d’éradiquer totalement le phénomène de la fraude qui constitue un fléau majeur pour les clients, l’état et la Senelec.

Il faut noter que Senelec a mis en place un plan de lutte propre à réduire sensiblement la fraude, notamment :

Une vaste campagne de sensibilisation de toutes les parties prenantes (populations, autorités et agents Senelec) sur ce fléau et ses effets sur la qualité du service, le prix de l’électricité, les investissements de l’état, etc.
La pénalisation de la fraude considérée désormais comme vol à travers la loi 2014-27 du 03 Novembre 2014 qui prévoit une amende qui peut aller de 150 000 F CFA au quintuple de la valeur de l’énergie volée, sans compter la possibilité d’une peine d’emprisonnement allant de 2 mois à 2 ans ;
La décentralisation des actions de lutte contre la fraude soutenue par une brigade assermentée qui collabore étroitement avec les services de sécurité publique dotée de moyens suffisants avec des méthodes modernes de détection de la fraude ;
L’adoption d’une nouvelle norme de branchement consistant à placer les comptages en limite de propriété et au renforcement de la sécurisation des installations ;
Le lancement d’un programme de remplacement des compteurs électromécaniques par des compteurs électroniques et intelligents.
Les pertes causées par le vol de l’électricité sont estimées à plus de 20 milliards.

Si vous deviez nous expliquer dans le détail, ce qu’est Akilee, que nous diriez-vous ? A-t-elle positivement impacté sur la gestion de Senelec en quelques mois de mise en œuvre ?

En substance, on peut dire qu’Akilee est une société technologique de services énergétiques qui a pour mission d’accompagner les clients de Senelec, particuliers et professionnels, dans leurs démarches de maîtrise de leurs dépenses énergétiques. Pour maîtriser, il faut suivre, il faut comprendre et il faut, lorsque c’est possible, mettre en œuvre des actions qui permettent de réduire les factures d’électricité. Il s’agit d’une solution informatique qui, à partir de compteurs rendus communicants, permet de récupérer les consommations d’énergie du client en temps réel et d’y appliquer divers traitements informatiques en fonction des besoins de nos clients. C’est un service disponible sous forme d’abonnement, dont le montant est fonction de vos factures d’électricité. Grâce à Akilee nous avons été en mesure d’offrir à l’AIBD (notamment au concessionnaire LAS), vitrine du Sénégal, une solution de suivi des consommations avec des enjeux de répartition interne et de refacturation très importants entre les différents acteurs au sein de la plateforme aéroportuaire.

Je souhaite rappeler qu’Akilee est la parfaite illustration de l’axe 5 de notre Plan Stratégique «Yeesal 2020»  qui vise à diversifier nos ressources et à nous inscrire dans l’innovation ; par ailleurs, avec Akilee nous souhaitons contribuer à l’ambition de son Excellence le Président Macky SALL, exprimée dans le Plan Sénégal Emergent et visant à réduire considérablement les factures d’électricité.

Je terminerai en invitant les clients de Senelec à s’abonner aux services d’Akilee (vous pouvez consulter leur site web www.akilee-by-ines.com ou appeler au 33 826 40 40 pour les contacter); avec cela ils gagneront beaucoup en information, en transparence et, c’est notre principal objectif, en maîtrise de leurs factures.

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’avec la découverte de pétrole et de gaz au Sénégal, l’électricité devrait coûter moins cher et plus accessible aux populations ?    

L’hydroélectricité et le gaz constituent effectivement deux sources d’énergie propres et beaucoup moins coûteuses à exploiter par rapport au fuel HFO, issu du pétrole, qui est le principal combustible utilisé dans nos centrales actuelles. Nous pouvons ainsi raisonnablement nous attendre à une réduction drastique du coût du kWh cédé au consommateur final avec l’arrivée du gaz à partir de 2022 – 2025.

Reussirbusiness.com
Lundi 5 Mars 2018
Dakaractu




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