Mor NGOM,ministre des infrastructures et des transports : « Notre ambition, achever les projets en cours et démarrer d’autres plus importants »


Dans cet entretien, le ministre des Infrastructures et des Transports, Mor Ngom, décline les grandes ambitions de son ministère, qui se résument à la finition des projets infrastructurels en cours et à la réalisation d’autres plus importants, au bénéfice des populations. Une politique qui consiste à un maillage du pays afin de permettre aux zones reculées d’écouler leurs produits et donc d’améliorer leur pouvoir d’achat.

Désenclavement de la Casamance
La politique de désenclavement de la Casamance doit être appréciée de manière globale. La Casamance est une partie intégrante du Sénégal. Elle ne peut pas être mise à l’écart de la politique sectorielle de transport. Il y a une situation que personne ne souhaite voir perdurer. Nous souhaitons tous que la paix y revienne et de manière pérenne. Le traitement de la Casamance reste spécifique. C’est la raison pour laquelle, après y avoir tenu un conseil des ministres décentralisé, le président de la République
nous a instruit, sous la conduite du Premier ministre Abdoul Mbaye, de tout faire pour que ce qui avait été retenu pour cette localité et pour ses populations soit entièrement réalisé, dans les meilleurs délais et dans des conditions optimales. Il faut avoir en perspective la situation géographique. La Casamance est coupée du reste du Sénégal par la Gambie. Pour la désenclaver, il faut agir sur tous les leviers des transports, à savoir aérien, routier, ferroviaire et maritime. Concernant le transport routier, de nombreux projets sont prévus pour désenclaver définitivement la Casamance. D’abord, la Transgambienne, avec le pont de la Gambie, dont la réalisation tarde. Ensuite, il y a la voie de contournement de la Gambie dont le tracé passe par Tambacounda, le pont de Gouloumbou pour revenir vers Kolda, Vélingara et finir à Ziguinchor. Ensuite, nous avons la liaison maritime et enfin, le grand projet ferroviaire entre Tambacounda et Ziguinchor.
Pour l’ensemble de ces projets, nous sommes presque dans des phases de réalisation. Grâce au Mca (Millennium challenge account), le financement est acquis pour la route Vélingara-Ziguinchor, les appels d’offres sont en cours. Il reste un petit tronçon de 35 km entre Mandat douane et Vélingara pour un financement de 11 milliards de francs Cfa. L’Etat a déjà pris ses dispositions pour sa réalisation. Ce qui veut dire que le transporteur quittera Dakar, passera par Tambacounda pour arriver à Ziguinchor sans problème.
Le désenclavement du territoire national ne concerne pas que la Casamance. Il existe des projets dans d’autres régions qui sont aussi structurants pour le désenclavement des zones intérieures du pays. Par le passé, des routes ont été construites. Le régime sortant en avait fait une priorité qui n’a pas été totalement respectée. Je trouve inadmissible que l’on investisse des milliards dans la région de Dakar, j’allais même dire dans la partie la plus huppée de Dakar, au détriment du reste du territoire national. C’est la raison pour laquelle le président Macky Sall, dans le programme « Yonu Yokkuté » qu’il a proposé aux Sénégalais qui l’ont accepté au premier tour à 27 % et au second tour à 65 %, il y a ce slogan : « Un nouvel ordre de priorités ». Cela nous conduit à analyser l’efficacité, sinon l’efficience des projets, les retours sur investissements et la résolution, de manière définitive, de la demande sociale des populations sénégalaises dans toute leur globalité. Celui qui est à Matam, sur l’île à Morphil, a les mêmes droits que le Dakarois qui vit à Soumbédioune. Je ne comprends pas pourquoi le Sénégalais qui est à Soumbédioune doit avoir un tunnel non nécessaire, à coût de milliards, au détriment de celui qui est dans l’île à Morphil, qui aurait besoin simplement d’une piste de production pour pouvoir écouler sa production agricole, mieux, d’un pont pour pouvoir traverser le fleuve, faire ses courses, se ravitailler ou aller travailler.

Transport ferroviaire
La voie ferrée est un projet structurant qui rentre aussi dans cette approche globale, parce que la ligne Dakar-Tambacounda-Bamoko existe déjà. Mais, elle est très mal entretenue. Depuis 2003, la société Transrail, qui a en charge de l’exploitation et l’investissement, n’a absolument rien fait. Il faut oser le dire. Les trains y roulent à 20 km à l’heure, c’est-à-dire en-deçà de la vitesse commerciale, avec beaucoup de déraillements. C’est pourquoi nous nous sommes rendus à Bamako pour discuter, avec notre homologue malien, des voies et moyens afin de résoudre, de la manière la plus efficiente, ce problème. Le transport ferroviaire est important. On doit trouver une solution le plus rapidement possible. On nous parle très souvent de la dégradation des routes. C’est parce qu’elles sont surexploitées. Tout le transport qui devrait se faire par la voie ferroviaire, en termes de fret, s’est retrouvé sur les routes. Ce sont des tonnes, des poids de charge à l’essieu insupportables pour les routes qui accélèrent, de manière exponentielle, leur dégradation. Notre homologue malien est venu à Dakar. Nous avons mis en place un processus de résolution du problème qui consiste à créer, dans chaque Etat, une société de patrimoine. Les deux sociétés seront chargées de rechercher les investissements nécessaires, lesquels seront garantis par les Etats respectifs. Ainsi, nous irons rapidement vers un chemin de fer à écartement standard, parce que les écartements métriques que nous avons actuellement sont dépassés. Après la mise en place de ces sociétés de patrimoine, une société privée d’exploitation sera créée et elle versera des redevances d’exploitation aux sociétés de patrimoine afin de rembourser les prêts.

Le transport aérien
La desserte Dakar-Ziguinchor mérite d’être améliorée. La fréquence, les modules (types d’avions) et la qualité de service doivent être revus. Nous sommes en train de prendre toutes les dispositions dans ce sens. Notre récent déplacement à Ziguinchor le démontre à souhait. Nous avons aussi le Cap Skirring. Des travaux sont en cours pour la reprise de la piste du Cap Skirring. Je ne comprends pas pourquoi les gens parlent d’extension de la piste. Elle est suffisamment large pour recevoir l’ensemble des types d’avion en provenance d’autres pays, comme la France. Ils peuvent se poser au Cap Skirring, transporter les touristes à l’aller comme au retour. Seulement, il y a un problème qui se pose là-bas, c’est celui de la cuve. Cette dernière est pénalisante dans la mesure où les avions ont une charge qui n’est pas extensible. Très souvent, ils prennent du carburant qui leur permet d’atterrir au Cap Skirring, de redécoller pour venir à Dakar ou aller se ravitailler à partir d’un autre aéroport, le plus proche possible. Nous avons déjà pris des dispositions en entrant en contact avec un pétrolier qui a accepté (de résoudre le problème, ndlr), même si ce serait de façon saisonnière. Nous en avons discuté, et aujourd’hui, le processus de résolution est enclenché. Une solution sera trouvée sous peu.

Les grands projets d’infrastructures en perspective
Nous voulons réaliser l’ensemble des corridors. Que ce soit au sud ou au nord. Il y a le pont de Rosso pour lequel, tout récemment, le président Macky Sall s’est rendu en Mauritanie, en vue d’échanger avec son homologue. Très prochainement, quelque chose sera réalisée à ce niveau. Après l’autoroute à péage, il faut achever la phase Diamniadio-Aéroport international Blaise Diagne (Aibd). Il y a aussi l’autoroute Aibd-Somone-Mbour et l’autoroute Aibd-Thiès. Les Très grands projets, qui sont en phase d’études de faisabilité, sont les tronçons de l’autoroute Thiès-Touba. Nous avons aussi un projet d’autoroute Thiès-Saint-Louis, c’est-à-dire le corridor du nord, sans oublier ce grand projet Mbour-Kaolack. Mais avant cela, l’autoroute Aibd-Mbour sera déjà terminée, parce que l’étude a déjà été faite. Le financement est disponible et bientôt nous allons commencer les travaux. L’importance de Kaolack dans le désenclavement du territoire est notoire car cette ville constitue un autre carrefour qui fait éclater en deux le corridor venant de Dakar en passant par Mbour jusqu’à Kaolack. L’un sera donc une continuité du corridor qui va passer par Tambacounda pour aller vers le Mali. L’autre quittera Kaolack, passera par la Gambie pour aller directement en Casamance : c’est la Transgambienne. Il y a aussi la multi-modalité des types de transports que nous pouvons exploiter à Kaolack parce que le chemin de fer existe déjà. Il y a également la voie maritime. A partir de Kaolack, nous pouvons rallier Kafountine par voie maritime. Cela pourrait régler, de manière définitive, le contournement de la Gambie à travers un raccourci, parce qu’il suffira de quelques minutes pour quitter le port de Kaolack et arriver à Kafountine. Voilà quelques projets majeurs sur lesquels le gouvernement du Sénégal est en train de prendre des dispositions pour les réaliser. Nous voulons le faire soit avec le partenariat public-privé, ou des montages financiers, comme le système Bot (construction, exploitation et le transfert) ou encore avec ce que l’Etat compte comme ressources internes, à travers le Budget consolidé d’investissement (Bci). Ce sont autant de nouvelles approches de réalisation de projets qu’un Etat peut utiliser. Je salue le travail de l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (Apix), avec ces grands projets qui ne cessent de s’ouvrir, et les recherches des investisseurs intéressés par le Sénégal qu’elle effectue. Notons qu’aujourd’hui, et même avant, le Sénégal possède cette stabilité politique qui permet d’attirer ces investisseurs.

Achèvement de l’Aéroport international Blaise Diagne
L’aéroport international Blaise Diagne (Aibd) est un très grand projet structurant. Qui connaît l’Aéroport de Dakar, sait qu’il est arrivé à saturation, non pas à cause d’une surexploitation de la piste mais en raison de la concentration des habitations, de l’urbanisation qui gêne de plus en plus son exploitation. C’est la raison pour laquelle nous avons salué le projet. Mais, ce dernier, quelque part, a rencontré des difficultés dès le début, dans le montage et le choix des constructeurs. Ces mêmes problèmes se poursuivent dans l’exécution des travaux. Un retard a été déjà constaté et accepté par les prêteurs. On nous avait dit que le projet allait normalement se terminer en décembre 2012. Aujourd’hui, l’entrepreneur parle de novembre 2013. Nous, en tant que responsable du département en charge de ces travaux, nous ne nous avancerons pas sur cette date tant que nous n’aurons pas fini de faire l’évaluation, c’est-à-dire l’audit technique, opérationnel et financier de ce projet. C’est un projet très important pour le Sénégal. Il va faciliter le désenclavement et le transport.

L’engagement des bailleurs de fonds à financer les projets du gouvernement
Nous avons espoir que les investisseurs nous accompagnent. L’investisseur cherche à amoindrir ses risques. Une fois le risque le plus important en termes d’investissement est réglé, c'est-à-dire la stabilité politique, l’investisseur vient. C’est le lieu de saluer la grande hauteur du peuple sénégalais, qui, à chaque fois que de besoin, se lève comme un seul homme pour exprimer son ancrage dans la démocratie. Les Sénégalais ont démontré, à la face du monde entier, qu’ils savent garder, fructifier et surtout parfaire leur ancrage démocratique, qui ne date pas d’hier. Je veux juste citer l’exemple de l’actuel chef d’Etat, Macky Sall, qui, dès son arrivée, a tout fait pour qu’aucun président ne puisse dépasser deux mandats. Il a réduit son mandat de 7 à 5 ans pour permettre aux Sénégalais de pouvoir évaluer l’efficience des politiques. Il faut que les gens puissent comparer les promesses des candidats avec leurs réalisations.

Situation de la compagnie Sénégal Airlines
Quand nous sommes arrivés, la compagnie était dans une phase presque de disparition parce que ne disposant pas de moyens financiers. Nous avons été obligés de réunir le directeur général et le directeur administratif et financier dans les appartements du pavillon présidentiel de l’aéroport. La réunion que nous avons eue m’a permis de constater que la situation était grave. Nous avons pris sur nous, suivant les orientations du chef de l’Etat et les instructions du Premier ministre, de parler directement aux fournisseurs de la compagnie en leur demandant leur bienveillance et de pouvoir compter sur notre volonté politique de remettre dans les airs cette compagnie. Ce qui a été accepté par certains. Pour d’autres, il a fallu aller vers des institutions financières de la place pour renflouer les caisses. Ce qui a été heureusement réalisé avec succès. Aujourd’hui, la situation environnementale aidant (le pèlerinage, la signature avec Corsair), un bol d’air est donné à la compagnie. Les billets d’avion Paris-Dakar ou Dakar-Paris sont diminués de manière considérable. Ils ont été presque divisés par deux et, très bientôt, cette compagnie va devoir exploiter cette desserte. Sénégal Airlines en a aussi profité, car ayant perçu des royalties pour les droits de trafic. Aujourd’hui, la société a repris du poil de la bête. Elle est dans une phase de recapitalisation. Le cabinet d’audit devant conduire sa restructuration est en train d’être choisi par appel d’offres. C’est la même chose que nous avons faite sur le pèlerinage. Sur les instructions du chef de l’Etat, nous avons réduit le billet du pèlerin de 250.000 francs Cfa. Le billet est passé de 1.240.000 FCfa à 990.000 FCfa.

Renouvellement du parc automobile
Le renouvellement du parc automobile se poursuit. Nous l’avons fait avec les cars « Ndiaga Ndiaye », les taxis, et nous sommes en train de le faire avec les poids lourds. Très prochainement, vous allez vous rendre compte de ce renouvellement du parc automobile. Il y a eu, bien sûr, cette extension que le chef de l’Etat a bien voulu faire à l’endroit de la diaspora pour lui permettre de revenir avec un véhicule ayant un âge maximal de 8 ans.
Lundi 29 Octobre 2012
Le soleil