Moody’s Ratings a acté ce vendredi, un nouvel abaissement de la note du Sénégal désormais fixée à Caa2 contre Caa1 précédemment avec une perspective maintenue à négative. La dégradation touche les notes d’émetteurs à long terme en devises étrangères et en monnaie
locale, ainsi que les notes senior non garanties en devises étrangères, tandis que la notation à court terme est confirmée à « Not Prime ». Elle intervient alors qu’une mission du FMI, présente à Dakar du 19 août au 1er septembre, négocie avec les autorités les contours d’un nouveau programme un dossier suspendu depuis l’échec du programme à décaissement acté début novembre 2025, après le refus du gouvernement d’envisager une restructuration.
Concrètement, Caa2 situe le Sénégal dans le segment des notes dites « très spéculatives ». Une note d’Oxford Economics datée du 4 juin 2026 avait déjà résumé la perception des marchés en la matière : les spreads souverains sénégalais s’étaient hissés au niveau de ceux du Venezuela et du Liban, deux pays historiquement associés au défaut de paiement. Cette dégradation de perception ne relève pas de la seule sémantique. Entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais avaient perdu environ 20 % de leur valeur, et les spreads de rendement sur les marchés internationaux avaient doublé, passant d’une moyenne annuelle de 800 points de base à 1 500 points de base. L’Eurobond à échéance 2048 s’échangeait alors à 51 centimes pour un euro, ce qui est une décote de 49 % quand celui à échéance 2028, dont l’amortissement a débuté en mars 2026, affichait une décote supérieure à 30 %.
Sur le plan des risques techniques, Moody’s chiffre précisément la pression qui pèse sur les finances publiques. Le pays doit couvrir des besoins de financement bruts représentant environ 25 % du PIB. Le remboursement annuel du seul principal équivaudrait à environ 18 % du PIB, tandis que les paiements d’intérêts sont passés de 16,1 % à 23,7 % des revenus de l’État entre 2023 et 2026. La dette publique totale, entreprises publiques comprises, est estimée à près de 108 % du PIB, un niveau à mettre en perspective avec l’estimation du FMI d’une dette atteignant 132 % du PIB fin 2024, après la révélation d’une partie de « dette cachée » sous l’administration précédente. Autre signal concret de cette tension car, lors des adjudications régionales UEMOA de décembre 2025, sur 95 milliards de FCFA proposés, seuls 35 milliards ont été effectivement levés, et le rendement moyen pondéré a bondi de 158 points de base en un seul mois, preuve que même le marché régional, jusque-là un filet de sécurité, montre des signes de saturation.
Les échéances concrètes illustrent ce que cela implique au quotidien pour l’État. En mars 2026, Dakar a dû mobiliser près de 485 millions de dollars, dont environ 394 millions de principal, pour honorer une tranche d’un Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018 en recourant aux banques locales, faute d’accès aisé au marché international. Le FMI avait, de son côté, suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après le désaccord sur la restructuration. C’est précisément ce type d’échéances répétées avec d’autres eurobonds arrivant à maturité en 2026, une année que la Banque mondiale a identifiée comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne, que la nouvelle note Caa2 rend plus coûteuses à refinancer.
Moody’s a également abaissé les plafonds pays du Sénégal, de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères, et relie explicitement sa décision aux tensions institutionnelles : le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale ont exacerbé le rapport de force entre l’exécutif et le législatif, ce qui accroît, selon l’agence, le risque de retards dans la mise en œuvre des mesures budgétaires.
Un facteur atténue néanmoins le tableau. En effet, l’appartenance du Sénégal à l’UEMOA reste, selon Moody’s, resté un facteur de soutien important. L’arrimage du franc CFA à l’euro et le niveau des réserves de change régionales, près de 38 milliards de dollars fin mai 2026 limitent aussi, le risque d’une crise de change ou de balance des paiements, même si la pression budgétaire, elle, demeure entière.
Il s’agit de la troisième dégradation du Sénégal en un peu plus d’un an : après un premier abaissement de B3 à Caa1 en octobre 2025, contesté à l’époque par le ministère des Finances, qui avait jugé les hypothèses de l’agence « spéculatives, subjectives et biaisées » et une dégradation similaire de S&P plus tôt cette année, le pays aborde la dernière ligne droite des discussions avec le FMI dans une zone de risque nettement plus marquée qu’il y a un an.
locale, ainsi que les notes senior non garanties en devises étrangères, tandis que la notation à court terme est confirmée à « Not Prime ». Elle intervient alors qu’une mission du FMI, présente à Dakar du 19 août au 1er septembre, négocie avec les autorités les contours d’un nouveau programme un dossier suspendu depuis l’échec du programme à décaissement acté début novembre 2025, après le refus du gouvernement d’envisager une restructuration.
Concrètement, Caa2 situe le Sénégal dans le segment des notes dites « très spéculatives ». Une note d’Oxford Economics datée du 4 juin 2026 avait déjà résumé la perception des marchés en la matière : les spreads souverains sénégalais s’étaient hissés au niveau de ceux du Venezuela et du Liban, deux pays historiquement associés au défaut de paiement. Cette dégradation de perception ne relève pas de la seule sémantique. Entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais avaient perdu environ 20 % de leur valeur, et les spreads de rendement sur les marchés internationaux avaient doublé, passant d’une moyenne annuelle de 800 points de base à 1 500 points de base. L’Eurobond à échéance 2048 s’échangeait alors à 51 centimes pour un euro, ce qui est une décote de 49 % quand celui à échéance 2028, dont l’amortissement a débuté en mars 2026, affichait une décote supérieure à 30 %.
Sur le plan des risques techniques, Moody’s chiffre précisément la pression qui pèse sur les finances publiques. Le pays doit couvrir des besoins de financement bruts représentant environ 25 % du PIB. Le remboursement annuel du seul principal équivaudrait à environ 18 % du PIB, tandis que les paiements d’intérêts sont passés de 16,1 % à 23,7 % des revenus de l’État entre 2023 et 2026. La dette publique totale, entreprises publiques comprises, est estimée à près de 108 % du PIB, un niveau à mettre en perspective avec l’estimation du FMI d’une dette atteignant 132 % du PIB fin 2024, après la révélation d’une partie de « dette cachée » sous l’administration précédente. Autre signal concret de cette tension car, lors des adjudications régionales UEMOA de décembre 2025, sur 95 milliards de FCFA proposés, seuls 35 milliards ont été effectivement levés, et le rendement moyen pondéré a bondi de 158 points de base en un seul mois, preuve que même le marché régional, jusque-là un filet de sécurité, montre des signes de saturation.
Les échéances concrètes illustrent ce que cela implique au quotidien pour l’État. En mars 2026, Dakar a dû mobiliser près de 485 millions de dollars, dont environ 394 millions de principal, pour honorer une tranche d’un Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018 en recourant aux banques locales, faute d’accès aisé au marché international. Le FMI avait, de son côté, suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après le désaccord sur la restructuration. C’est précisément ce type d’échéances répétées avec d’autres eurobonds arrivant à maturité en 2026, une année que la Banque mondiale a identifiée comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne, que la nouvelle note Caa2 rend plus coûteuses à refinancer.
Moody’s a également abaissé les plafonds pays du Sénégal, de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères, et relie explicitement sa décision aux tensions institutionnelles : le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale ont exacerbé le rapport de force entre l’exécutif et le législatif, ce qui accroît, selon l’agence, le risque de retards dans la mise en œuvre des mesures budgétaires.
Un facteur atténue néanmoins le tableau. En effet, l’appartenance du Sénégal à l’UEMOA reste, selon Moody’s, resté un facteur de soutien important. L’arrimage du franc CFA à l’euro et le niveau des réserves de change régionales, près de 38 milliards de dollars fin mai 2026 limitent aussi, le risque d’une crise de change ou de balance des paiements, même si la pression budgétaire, elle, demeure entière.
Il s’agit de la troisième dégradation du Sénégal en un peu plus d’un an : après un premier abaissement de B3 à Caa1 en octobre 2025, contesté à l’époque par le ministère des Finances, qui avait jugé les hypothèses de l’agence « spéculatives, subjectives et biaisées » et une dégradation similaire de S&P plus tôt cette année, le pays aborde la dernière ligne droite des discussions avec le FMI dans une zone de risque nettement plus marquée qu’il y a un an.