Monsieur le président, nul n’a le droit de salir cette exception sénégalaise qui nous a rendus si fière.


Monsieur le président, nul n’a le droit de salir cette exception sénégalaise qui nous a rendus si fière.

Pendant longtemps, plusieurs fois de suite, le sénégalais a bombé le torse et marché dans les plus grandes artères du monde, la tête haute et l’allure fière, toujours prompt à rappeler à qui veut l’entendre qu’il vient du pays de la teranga. 

 

Comme évènements qui ont conduit à cette glorieuse posture, on peut citer le départ sans aucune contrainte du départ du Président Senghor de la tête de l’Etat, la première alternance démocratique avec zéro goutte de sang et zéro mort mais aussi l’historique et héroïque parcours de l’équipe nationale lors de sa première participation à la coupe du monde. A Addis Abéba comme partout à travers la religieuse Somalie ou encore à Djibouti, j’ai toujours été célébré pour être venu du pays de El Hadj Diouf. A chaque fois, c’était l’exaltation.

 

La dernière fois que nous allions revivre ces moments rares c’est quand vous aviez annoncé devant les caméras du monde entier (mondialisation oblige) que vous alliez ramener votre mandat de 7 ans à 5. De nouveau, nous avions tous vibré de suprématie. 

 

Hélas, votre changement spectaculaire d’avis nous a rappelé que nous pouvions être comme tous les autres. Malgré tout, les nombreuses personnes comme moi qui vous ont aidé à avoir un second mandat continuent de croire que vous n’aviez fait que trébucher et que vous allez vite vous ressaisir.

 

Alors, cette troisième candidature pour un troisième mandat, Même si la constitution vous l’autorisait, l’honneur, l’histoire et la jurisprudence vous le déconseillent : C’est donc la peur au ventre que nous constatons que pas à pas, vos partisans avancent résolument et irrésistiblement vers cette troisième candidature lourdement chargée de dangers. Tous les jalons semblent désormais posés. Ils ont oublié leurs arguments de campagne lors du référendum, ils ont oublié les engagements maintes fois répétés par le président li même pour dire qu’il en était à son dernier mandat. Maintenant, leur nouveau discours consiste à dire que seul le conseil constitutionnel est apte et habilité à trancher ce débat.

 

Ne les suivez pas monsieur le président, car votre honneur ne les intéresse pas. Ils ne croient guère en vous. L’histoire de Wade est encore trop fraiche dans nos esprits. Lorsque le navire commencera à tanguer, du haut de votre solitude, vous observerez, impuissant, un désolant et spectaculaire mouvement de personnes ingrates qui sauteront désespérément, vous tendant la main avec mépris. Et Quand vous allez sombrer dans les ténèbres de l’histoire, ils seront dans leur coin, en train de se moquer de vous et de savourer les fruits de leur funeste flagornerie.

 

Alors, rappelez-vous que pendant qu’il est encore temps, vous avez les possibilités et le don de briller et de faire briller le Sénégal à travers le monde. Vous pourrez même revenir au sommet de la gloire. Ni la constitution, encore moins vos compatriotes ne vous le refuseront. Je suis sûr qu’ils sauront vous rendre la monnaie de votre pièce si vous nous remettez notre exception en souffrance.

En revanche, si vous suivez ce qui n’ont rien à perdre et qui tentent de justifier le droit à cette controversée troisième candidature, vous risquerez de refuser cette main que vous tend l’histoire depuis belle lurette. 

 

Mieux, vous risquerez d’enterrer plusieurs morts dans le cimetière de votre conscience qui vous empêcheront de dormir du sommeil des justes le reste de votre vie durant, à l’instar des lugubres présidents Condé et Watara. Car comme eux, vous risquez de marcher sur des cadavres rien que pour vous présenter.  

 

Le jour de l’annonce de votre candidature, c’est presque sûr, va jeter dans les rues du pays des jeunes, adultes, femmes, militants du parti Sénégal qui, dans des circonstances pareilles, ne réfléchiront que par les nerfs. Ils feront face à une force aveugle et répressive et certains pourront perdre la vie. Ce ne sera pas le combat des politiques car aucun homme politique, aucun membre de la société civile, aucun activiste ne peut revendiquer les historiques évènements du 23 juin. Ce peuple qui s’était levé un certain 23 juin de façon spontanée est toujours là. Les raisons de leur folie dévastatrice sont en gestation très avancée.

 

                 

Falilou Cissé 

conseiller en développement communautaire

A Bamako

Mardi 12 Janvier 2021
Dakaractu




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