Moment Décisif pour le Soudan : Difficile Transition vers la Démocratie (Par Magdi A.Mofadal)


Le peuple soudanais qui  était le premier à lancer, dans le monde Arabe en Octobre 1964, son  « Printemps Arabe », a surpris le monde, à nouveau, en avril 2019, avec son soulèvement populaire. Ce peuple a réussi à renverser le régime d’Omar El-Béchir, qui accéda au pouvoir en juin 1989, par un coup d’Etat militaire.
Les acteurs principaux de la transition actuelle sont : le Conseil Militaire de Transition (CMT) et les Forces de la Liberté et du Changement (FLC). Ces acteurs ont paraphé le 17 Juillet 2019, l’Accord sur la formation des structures et des institutions pour une période de transition de trois ans. Les quelles institutions gouverneront le pays durant sa quatrième transitions de son histoire, au terme de la quelle, des élections générale libres et justes seront organisées. Les négociations portant sur le Décret constitutionnel, qui va déterminer les prérogatives des institutions de la transition, et les relations entre celles-ci, vont reprendre dans les quelques jours à venir.

L’éviction du régime déchu avait fait naitre des espoirs que le pays va enfin entrer dans une nouvelle ère de liberté, de paix, de justice et de prospérité.  Cependant, force est de reconnaitre que cette transition est en train de naviguer dans des eaux troubles. Le fait que le CMT et les FLC ont mis plus de trois mois d’intenses négociations, marquées par des hauts et des bas, pour parvenir à cet Accord, témoigne des défis qui attendent la transition. Le Soudan fait aujourd’hui face à d’immenses défis économiques, politiques, sociaux, sécuritaires et diplomatiques, défis dont chaque constitue une menace pour la démocratie naissante.

L’économie du pays est en lambeaux, avec de nombreuses énormes difficultés, variant entre un taux d’inflation élevé, et la dépréciation de la Livre soudanaise, une dette extérieure insoutenable et de niveaux très élevés de déficits budgétaires et de balance commercial. Ces défis ne peuvent être relevés que par un soutien économique substantiel  de la part des partenaires régionaux et internationaux du Soudan.   

Sur le plan politique, on assiste à un niveau de fragmentations sans précédent au sein des partis politiques soudanais, dont le nombre a atteint aujourd’hui plus de 100 partis ; étant précisé que certains d’entre eux vont profiter de ces nouvelles ouvertures démocratiques, sans avoir convoqué une convention nationale depuis plus de trois décennies. D’ailleurs, l’atmosphère politique est très polarisée et chargée d’amertumes et de rancunes politiques, ainsi que d’émotions négatives, pouvant constituer une menace réelle pour la démocratie émergente. Un processus global de réconciliation,  de réparation nationale et de justice est inscrit comme étant l’une des priorités de la période de transition. A signaler à cet effet que le pays peut bénéficier des expériences  couronnées de succès, telles celles de l’Afrique du Sud et du Rwanda. Etablir et maintenir la confiance  entre les acteurs, durant la période de transition, est d’une importance capitale. A noter en outre que l’on insister davantage sur l’importance de préserver l’unité et la cohésion des différentes composantes des FLC.

Sur le plan social, le pays souffre d’un chômage généralisé, surtout parmi les jeunes diplômés. Il y a aujourd’hui un grand nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays, dans les zones de conflits. Ces personnes se trouvent dans le besoin pressant d’être réinstallées dans une nouvelle région, et données l’opportunité de commencer une nouvelle vie.  Encore faut-il signaler qu’il y, dans le pays, des écarts énormes entre les revenus, et des segments importants de la société  ont le sentiment   qu’ils sont laissés pour compte, eu égard au petit développement socio-économique réalisé  depuis l’Indépendance du Soudan, en 1956.

Sur le plan sécuritaire, beaucoup d’efforts devront être déployés pour non seulement contrôler la circulation des armes légères, mais aussi moderniser les institutions de sécurité, et renforcer leurs capacités. Les Accords de paix  prévus au Darfour, au Sud-Kurdufan et au Nile Bleu, comprendra des dispositions sécuritaires, qui auront besoin d’être minutieusement élaborées et mises en œuvre.  A noter en outre qu’il y des situations sécuritaires très fragiles qui prévalent dans certains pays voisins du Soudan, des situations pouvant mettre la transition au Soudan en danger.
Outre ces difficultés internes auxquelles le Soudan fait face, il y un contexte régional défavorable, capable de constituer une menace réelle pour la transition démocratique en cours au Soudan. La tension et la polarisation auxquelles nous assistons en Péninsule arabique voisine, peuvent avoir un impact négatif sur le Soudan. Cette situation a besoin d’être minutieusement gérée, de façon à empêcher que le Soudan devienne un champ de bataille pour le compte d’autres conflits.
Il est doc évident que le Soudan se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.  En ce moment Décisif de son histoire, le pays a besoin des efforts cohérentes et constructifs de tous ses partenaires régionaux et internationaux ; étant entendu que toute leur précédente et hautement appréciée assistance politique, humanitaire, économique ou diplomatique, au Soudan, sera en péril, s’ils ne travaillent pas de façon harmonieuse, pour soutenir la quatrième et la dernière (espérons-le) transition démocratique du pays. Tout échec au Soudan, que Dieu nous en garde, aura assurément des conséquences néfastes sur une région déjà volatile.

Note : L’auteur est le Chargé d’affaires par intérim à l’Ambassade du Soudan à Washington D.C 
Vendredi 6 Septembre 2019
Dakaractu



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