Les 59 agences et directions que le président de la République affirme avoir fait supprimer semblent masquer des incohérences. L’ancien ministre de la Santé Modou Diagne Fada en évoque une, en soutenaent que la Direction générale de l’équipement et des infrastructures sanitaires supprimée n’existait pas quand il quittait le ministère de la Santé. Comme si le nouveau régime… l’avait créée pour la supprimer. Et il soupçonne qu’il en ait été de même au niveau d’autres départements. Au-delà de ces questions, l’ancien porte-parole du Pds évoque la succession de Wade à la tête du Pds, sa brouille avec Macky Sall en 2006, les cas Barthélemy Dias et Cheikh Béthio Thioune mais aussi les véhicules de Wade confisqués par l’Etat.
*Macky Sall a supprimé des directions qu’il a lui-même créées
Wal Fadjri : Le nouveau régime vient de supprimer 59 directions et agences jugées inutiles et budgétivores, n’est-ce pas une preuve de la gabegie de l’ancien régime ?
Modou Diagne FADA : J’ai vu les directions et agences supprimées. Mais je vous dis ici que certaines agences et directions supprimées venaient juste d’être créées et n’avaient même pas commencé à fonctionner. Mieux, j’ai constaté qu’ils ont supprimé une direction qu’ils avaient eux-mêmes créée au ministère de la Santé. Il s’agit de la direction générale de l’équipement et des infrastructures sanitaires qui n’existait pas quand j’étais ministre de la Santé. C’est lors de la préparation du décret de répartition des services qu’ils ont créé cette direction-là. Donc il faut faire très attention à l‘effet d’annonce du nouveau régime de Macky Sall. Il faudrait que toux ceux qui avaient géré des départements ministériels vérifient bien les agences et directions pour voir si le nouveau pouvoir n’a pas supprimé les agences qu’ils ont eux-mêmes créée comme cela s’est passé au ministère de la Santé.
Il faut savoir qu’en venant aux passations de services, les gens du pouvoir sont venus avec de nouveaux décrets de répartitions de services, avec la création de nouvelles directions et agences. Si c’est comme ça qu’on fait pour montrer qu’on a supprimé 59 agences et directions, c’est de la poudre aux yeux. Mais ce n’est pas le plus important. Il faut que Macky Sall arrête de parler et se mette au travail. Ils n’ont pas été élus pour parler. Ils ont été élus pour faire des résultats, réduire les denrées de première nécessité, pour donner aux paysans des semences, construire des hôpitaux, des écoles des routes, etc. C’est sur le terrain-là qu’on attend Macky Sall et son équipe. Il faut donc arrêter la diversion. Chaque jour, on annonce la création d’une commission avant de la remplacer le lendemain par une autre. Chaque jour on convoque une conférence de presse pour annoncer des suppressions d’agences ou agiter des audits. S’ils veulent auditer, il n’y a pas à faire autant de bruit.
Si le pouvoir parle des audits, c’est sûrement pour que l’opinion soit édifiée car l’ancien régime parle chasse aux sorcières
Le pouvoir n’a pas besoin d’édifier l’opinion sur les audits. Tout dépendra de la forme que prendront les audits. Si ce sont seulement les dignitaires de l’ancien régime qui sont audités, les Sénégalais ne sont pas dupes. On saura qu’il s’agit bel et bien d’une chasse aux sorcières et de règlements de comptes politiques. Si tout le monde est obligé et que lui-même Macky Sall se présente devant la Cour ou Commission de répression dont il parle, on va applaudir. On saura que les choses se sont passées dans les règles de l’art. Sinon l’opinion constatera qu’il s’agit de règlements de comptes politiques.
Quelle appréciation faites-vous du régime actuel après quelques mois passé à la tête de l’Etat ?
Je ne veux pas, pour le moment, me lancer dans la critique subjective. Macky Sall vient d’arriver au pouvoir et j’attends qu’il fasse 100 jours pour pouvoir apprécier correctement le travail qu’il a fait. Si je trouve que le pays est sur la bonne voie, je le dirai et si c’est le contraire également je le dirai. Je crois que d’ici le 1 er juillet qui va coïncider avec les élections législatives, on pourra avoir une idée. Cependant, je peux dire qu’il y a beaucoup de choses et pratiques que l’ancienne opposition dénonçait et qui sont toujours en cours avec le nouveau régime. Je veux parler du Sénat qui n’a pas été supprimé, du ministre de l’Intérieur membre du parti au pouvoir, du chef de l’Etat qui est en même temps chef de parti. Il y a également les prix des denrées de première nécessité qui sont toujours élevés. Ce matin (hier, Ndlr), mon épouse m’a dit que le prix de l’huile n’a pas baissé. Il n’y a que le prix de l’huile en vrac qui a baissé. Le prix du riz également.
Pourtant tout cela, c’est la faute de l’ancien régime…
Non. On va dire comme les autres. Le peuple a décidé de nous mettre hors course donc qu’on ne parle plus de nous. On ne peut plus nous accuser d’être à l’origine de quoi que ce soit. Il faut maintenant parler de nos successeurs qui avaient fait beaucoup de promesses aux Sénégalais et qui peinent encore à les respecter. Il faut que le pouvoir s’attèle à régler les problèmes des Sénégalais, régler le problème casamançais. Le peuple attend encore des mesures fortes pour améliorer les conditions de vie des Sénégalais. C’est ça l’essentiel. Mais ce ne sont pas les déclarations guerrières, les conférences de presse et ses ministres qui se contredisent chaque jour. Cette ambiance-là n’est pas bonne.
Reconnaissez quand même que Macky Sall a respecté certaines promesses notamment la réduction du train de vie de l’Etat. Il a un gouvernement de 25 ministres. Sans parler de la réduction des salaires des ministres et autres directeurs généraux
Ce n’est pas cela la réduction du train de vie de l’Etat. Le salaire d’un ministre, c’est 2 millions et quelques. Je ne veux pas révéler les salaires de mes anciens collègues, mais voilà à peu près ce qu’on gagnait. Macky Sall a nommé 25 ministres, mais combien de ministres conseillers a-t-il nommés jusque-là ?
Wade en avait plus de 40 ministres conseillers dit-on
Encore une fois, il faut qu’on arrête de parler de nous. Macky Sall a promis la rupture, donc il faut qu’il le prouve. Il avait promis de nommer 25 ministres dans le gouvernement, il l’a fait. Mais à côté il a nommé une vingtaine de ministres conseillers. Où sont alors la rupture et la réduction dont il parle ? Ces ministres conseillers ont un salaire, donc il ne faut pas les minimiser. Moi je croyais qu’il allait nommer 25 ministres et s’en arrêter là. Si vous regardez bien ceux qu’il a nommés ministres conseillers, vous comprendrez que c’est juste pour caser de la clientèle politique. C’est tout.
On vous accuse d’avoir recruté ou recasé beaucoup de militants libéraux à l’entre-deux tours au ministère de la Santé. Est-ce vrai ?
Ecoutez, qu’il y ait des recrutements techniques ou de Sénégalais appelés à jouer un rôle dans le système sanitaire, je crois que tout ministre doit pouvoir le faire. L’essentiel, à mon avis, c’est de pouvoir garantir leurs salaires. Et s’agissant des recrutements dont vous parlez, il n’y en avait pas beaucoup. Et il paraît que les nouvelles autorités n’ont pas accepté ces recrutements que nous avions faits. Donc qu’on enlève au moins mon nom dans cette affaire-là.
Barthélemy Dias vient de bénéficier d’une liberté provisoire, et dès sa sortie, il a accusé votre régime d’avoir orchestré son arrestation et son emprisonnement
C’est étonnant. Il a bénéficié d’une liberté provisoire donc le dossier est encore pendant en justice. Moi je suis respectueux de la Justice. Mais je suis ébahi d’entendre que Barthélemy Dias a été libéré. C’est pour des raisons politiciennes. Je suis au regret de constater que la rupture clamée par le nouveau régime, ce sont des paroles en l’air. C’est trop gros de dire que c’est le Pds qui a orchestré son emprisonnement. Vraiment. Il clame son innocence dans les médias, mais c’est devant les tribunaux que Barthélemy Dias devra prouver qu’il est innocent.
Vous venez d’installer le directoire de campagne du Pds. Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés pour les législatives ?
L’objectif principal, c’est d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale. Nous avons comme ambition d’imposer la cohabitation pour la première fois au Sénégal. Et nous pensons que la maturité de la démocratie sénégalaise, aujourd’hui, le permet. Nous sommes arrivés à un niveau où les citoyens devraient avoir la capacité de discernement pour confier le pouvoir exécutif à Benno Bokk Yakaar et le législatif à l’opposition. Cela, pour qu’on soit condamné à travailler ensemble pour l’intérêt de la Nation. L’installation du directoire de campagne rentre dans ce cadre. Il est composé de neuf commissions et nous pensons pouvoir développer, à partir d’elles, des idées et des méthodes de travail qui devraient nous permettre de mener à bien la prochaine campagne électorale. Et nous sommes sûrs de pouvoir mener aussi la bataille médiatique et ensuite celle des programmes pour défendre le bilan reluisant du président Abdoulaye Wade.
Pensez-vous pouvoir atteindre vos objectifs avec l’état actuel de votre parti ?
C’est vrai que ça peut paraître ambitieux avec la scission Bokk Guiss Guiss et l’état de grâce dans lequel se trouve le nouveau régime, mais notre devoir est de rappeler aux Sénégalais que ce n’est pas bon de tout confier à une personne. Le Sénégal a fait cette expérience depuis 1960. Avec Senghor, Diouf et même avec Abdoulaye Wade c’était le cas. Maintenant, le moment est venu de donner aux uns le pouvoir de gouverner et aux autres celui de s’opposer à travers l’Assemblée nationale. Malgré tout, l’état de notre parti est bon. Il y a eu des départs, mais il faut reconnaître que ceux qui sont partis ne le sont pas avec la base. Elle est à peu près restée intacte en peu partout au Sénégal.
D’ailleurs, nous pensons que ces départs ont permis à d’autres responsables qui n’étaient pas visibles de reprendre le flambeau et de travailler à redresser le parti. Ces nouveaux responsables tiennent le parti au niveau des fédérations. Franchement, nous devrions pouvoir atteindre le score de Wade au premier et au deuxième tour de la présidentielle. Nous comptons aussi avec les gaffes commises par le nouveau régime après moins de soixante jours d’exercice du pouvoir. Nous sommes sûrs que les gens vont se dire : «Il ne faut pas tout donner à ces gens-là. Nous leur avons donné la présidence, c’est déjà trop. Faisons quand même confiance au Pds». Parce que quoi qu’on puisse nous reprocher, on a travaillé pour le pays et obtenu d’importants résultats et d’importantes réalisations. Nous avons modernisé et fait du Sénégal un pays émergent.
Quand on regarde la jurisprudence avec votre liste War wi aux législatives de 2007, est–ce que le Pds n’est allé trop vite en besogne en excluant les membres de Bokk Guiss Guiss ?
Il faut rappeler que mon exclusion du Pds avait été prononcée publiquement par la tête de liste de la coalition Sopi qui se trouvait être Macky Sall le jour du dépôt des listes. Ensuite, War Wi, c’était juste une coalition électorale née dans un contexte où le Pds était au pouvoir. Pensant à l’époque qu’il y avait une injustice contre ma personne, j’avais pris sur moi de m’écarter du pouvoir pour aller presque dans l’opposition pour sauvegarder ma dignité. Contrairement à ceux de Bokk Guiss Guiss qui ont attendu que le pouvoir tombe pour se rebeller. On ne peut pas m’accuser de trahison car on ne quitte pas le pouvoir volontairement pour aller dans l’opposition.
J’ai eu le courage de créer War wi quand Wade était au pouvoir. Je suis sûr que si Wade était resté au pouvoir, Bokk Guiss Guiss ne naîtrait pas… A l’époque je contestais la façon de faire de Macky Sall et l’histoire m’a donné raison car aujourd’hui je suis dans le Pds et lui, il n’y est plus. Le problème datait de 2006 quand Macky Sall est venu à Kébémer, a installé Thierno Lô comme secrétaire général de la section Pds de Darou Mousty et Lamine Thiam comme secrétaire général de la fédération alors qu’il n’y avait pas de vente de cartes. J’avais donc un problème politique avec Macky Sall un an avant les législatives. Si je n’avais pas ma liste en 2007, je n’aurais pas figuré sur les listes du Pds et peut-être que vous n’auriez plus entendu parler de Modou Diagne Fada.
Reconnaissez quand même que les dissidents de Bokk Guiss Guiss ont des arguments sont solides
Quels sont ces arguments ?
Ils disent par exemple que Wade doit céder le gouvernail
Wade n’a jamais dit qu’il va s’agripper ad vitam aeternam au gouvernail du Pds, pour reprendre votre terme. C’est nous qui avons besoin de lui pour qu’il nous accompagne encore. Si Wade n’était pas là en tant que refuge, arbitre et personne morale, ce serait complètement la débandade. Heureusement d’ailleurs qu’il a accepté de rester pour nous accompagner et nous conduire au prochain congrès qui désignera les prochains dirigeants du parti. C’est le parti qui a encore besoin de Wade pendant quelques mois et non le contraire. Et quand on aura fini d’organiser notre congrès, il restera président d’honneur et l’inspirateur éternel du parti.
Le choix de Oumar Sarr n’est-il pas la raison de la discorde ?
Contrairement à ce que vous dites, il est plutôt la personne la mieux placée pour coordonner le parti au moment où nous sommes. Quoi qu’en dise, il ne gêne personne. C’est un homme de consensus, un fédérateur et qui a toujours gagné la commune de Dagana. C’est l’homme idéal pour permettre au parti de traverser cette transition. Et le président Wade a trouvé en lui une personne capable de mener le parti pendant cette période sensible. Quelqu’un d’un autre tempérament poserait des problèmes.
Mais il y a Pape Diop qui a beaucoup fait pour le Pds
Il a réclamé la tête de liste et on était prêt à la lui laisser. Finalement, il n’a pas accepté de la diriger. Il a ses raisons, même si je ne les partage pas.
Voyez-vous le Pds survivre à Wade ?
Les départs, on s’y attendait. Les démissions on s’y attendait. Il en est de même de ceux qui ont choisi de prendre une voie de contournement pour arriver à l’Apr. Mais, l’essentiel est que le Pds a contribué à l’approfondissement de la démocratie et à l’émergence d’une vie citoyenne. Le Pds a une histoire. Wade a une histoire. Le label Pds est encore «vendable», peut-être pas maintenant, parce que les Sénégalais ne nous entendent pas. Mais, nous sommes sûrs que d’ici quelques mois, quelques années, ils se rendront compte du bilan et des réalisations de Wade. Ils auront sa nostalgie et le réclameront.
Karim Wade est dans le directoire de campagne, alors qu’il n’est pas investi. Ne donnez-vous pas raison à ceux qui l’accusent d’être trop présent ?
Il y a beaucoup de gens qui y sont et qui ne sont pas investis. Le directoire de campagne n’a rien à voir avec les investitures et les listes. Nous recherchons des compétences, des gens capables d’aider le parti ou la liste. Et Karim Wade a sa place dans une telle structure de réflexion.
On parle de véhicules et d’objets volés au palais. En tant que dignitaire de l’ancien régime, comment avez-vous vécu cette affaire ?
C’est, à la limite, honteux. Comment une personne ou des personnes peuvent voler six cent véhicules? Six cent véhicules les uns après les autres, nous mèneraient du Palais peut-être aux Parcelles assainies. Il y a des choses qui ne sont pas bonnes à dire. Accuser Wade et le Pds d’avoir volé de véhicules, c’est trop gros. (Il se répète, Ndlr). Tous les véhicules qui appartiennent à l’Etat ont été laissés à la présidence de la République. Le président Wade lui-même a dit qu’il n’avait qu’une dizaine de véhicules quand il prenait le pouvoir. Il en a rajouté plusieurs, des centaines et des centaines de véhicules pour l’administration sénégalaise. Et il a laissé toutes les voitures quand il partait.
Mais, il y a le président de la République, il y a Abdoulaye Wade, en tant que individu, et il y a enfin le Pds en tant qu’organisation politique. Nous avons construit notre permanence nationale, acheté des véhicules et participé à plusieurs campagnes électorales. En 2012 aussi, il fallait acheter des véhicules pour le parti et nous l’avons fait. Mais, comme nous étions au pouvoir, peut-être qu’il était difficile aux uns et aux autres de faire la part des choses. Mais, Wade n’est parti qu’avec ses véhicules. Maintenant, il y a des véhicules qu’il a offerts à des chefs religieux, des chefs de village et à certaines personnalités. L’Etat est en train de les récupérer, mais ça c’est un autre débat. Mais que l’Etat ne pense pas à récupérer les véhicules qui appartiennent à Wade ou au Pds. Dans ce cas, nous avons le frère et avocat Amadou Sall qui suit pour notre compte ce dossier, parce que nous n’allons pas laisser nos véhicules entre les mains de l’Etat. Nous en avons besoin pour notre parti et pour revenir au pouvoir d’ici les prochaines années.
C’est dans ce cadre que Macky Sall envisage la création d’une commission nationale de restitution et de recouvrement des biens mal acquis.
On est partant dans tout ce qui va dans le sens de la transparence et de la récupération des biens mal acquis. On n’est pas frileux. C’est un nouveau pouvoir qui s’installe, c’est normal qu’il fasse l’état des lieux. On n’a pas de crainte, aucune crainte. Nous demandons tout simplement que tout travail accompli puisse être objectif. Et l’objectivité d’un tel travail, c’est de pouvoir concerner tout le monde. Il ne faut pas faire un travail sélectif. Il ne faut pas auditer les uns et laisser les autres. Il ne faudrait pas dire: «Nous allons auditer la gestion de Wade, en commençant à partir de 2007.». Non ! Il faut commencer à partir de 2000 jusqu’en 2012. Et auditer toutes les personnalités politiques qui appartiennent à l’actuel régime ou qui appartenaient à l’ancien régime. Nous n’avons pas de problème si l’audit se passe ainsi. Maintenant, nous n’accepterons naturellement pas de chasse aux sorcières et des règlements de comptes politiques.
Si vous refusez que les audits démarrent à partir de 2007, c’est parce que vous visez le président Macky Sall ?
On ne vise personne. En plus, il n’est pas le seul qui a eu à gérer avant 2007. Il y a d’autres personnalités qui soutiennent l’actuel régime, qui sont dans Benno Bokk Yakaar et qui avaient des responsabilités à partir de 2000. Donc, qu’on audite tout le monde.
Vous ne pouvez pas l’obliger à auditer tout le monde
S’il fait un audit sélectif, les Sénégalais comprendront que certains ont été audités parce qu’ils sont des adversaires et d’autres ne le sont pas parce que ceux sont des compagnons politiques. Les Sénégalais ne sont pas dupes.
«Il faudrait que toux ceux qui avaient géré des départements ministériels vérifient bien les agences et directions pour voir si le nouveau pouvoir n’a pas supprimé les agences qu’ils ont eux-mêmes créées comme cela s’est passé au ministère de la santé».
Modou Diagne Fada va-t-il postuler au poste de secrétaire général du Pds ?
Ce n’est pas le débat actuel au sein de notre parti. Notre préoccupation, c’est l’unité. Aujourd’hui, le Pds, c’est comme l’Ump en France. Il y a beaucoup de ténors de l’Ump qui se sont engagés dans le combat des législatives qui vont se battre au niveau de leurs circonscriptions électorales pour donner à l’Ump une majorité. Moi, je suis dans la même posture au sein du Pds. Mon objectif, c’est d’obtenir la majorité à l’Assemblée nationale et après on verra. Pour le moment, c’est la victoire de notre liste lors des prochaines législatives qui me préoccupe.
Certains responsables libéraux avaient émis le souhait de voir Idrissa Seck revenir pour prendre les rênes du Pds après la défaite de Wade. Etes-vous de ceux-là ?
Pourquoi ? Ceux-là qui travaillent à cela ont peut-être leurs raisons. C’est leur droit le plus absolu. Moi, je suis au Pds et je ne vois pas pourquoi appeler quelqu’un d’autre pour venir diriger le parti comme s’il n’existait pas de leader assez charismatique pour diriger le Pds.
Mais il n’y a pas un leader qui fait l’unanimité pour succéder à Wade
L’unité, il faut la bâtir autour d’un certain nombre de principes. L’unité nous l’avons toujours bâtie autour de Wade. Avec son départ, nous devrons bâtir l’unité autour d’abord d’un programme fondamental consensuel du parti qui sera élaboré de façon participative et accepté par tous les militants. Parce que toutes les idées défendues par les différents responsables ou courants seront prises en compte dans ce nouveau programme. Et le second élément fédérateur, doit être de bons textes : il faut revisiter les textes du Pds, les réactualiser. Il faut moderniser le Pds. Le parti doit définir toutes les conditions à remplir par un responsable à la base pour arriver aux instances nationales et définir toutes les conditions à remplir pour être investi comme député ou candidat à l’élection présidentielle, ou secrétaire général du parti. Après cette étape, on va en congrès pour élire le successeur de Wade à la tête du Pds. C’est comme ça que je vois l’avenir du Pds.
«On est en train de faire le décompte des véhicules de Wade que les autorités ont saisis. Nous avons déjà saisi la présidence de la République pour qu’elle nous restitue nos véhicules. Il ne s’agit pas de véhicules de l’Etat»
Certains disent que Wade est au Sénégal pour se défendre plutôt que pour accompagner votre parti.
Je crois que les gens devraient se féliciter de la présence de Wade au Sénégal depuis sa défaite. Un président qui quitte ses fonctions et qui continue à vivre au Sénégal, c’est une bonne chose quand même. Et je vous dis ici que 90 % de son temps, depuis qu’il a quitté le palais, Me Wade le consacre à la vie du parti. Il reçoit des fédérations, des responsables du parti, des amis etc.
Sa présence ne gêne-t-elle pas le nouveau régime ? Surtout quand on sait que Wade agite des plaintes ça et là à chaque fois qu’on évoque certains aspects de sa gestion ?
Wade a le droit de rester au Sénégal puisqu’il est Sénégalais. Il ne faut pas l’oublier. Et il est en train de réfectionner sa maison pour aller y vivre. Donc pourquoi sa présence gênerait le pouvoir ? Maintenant, s’il a agité des plaintes, c’est parce qu’il s’est senti lésé. Le nouveau pouvoir a confisqué des véhicules qui lui appartiennent. Et si c’est suite à cette affaire de 400 milliards qui aurait été planqués dans des banques au Golf, c’est aux nouvelles autorités de clarifier ça.
Combien de voitures ont été confisqués par le nouveau régime et appartenant à Wade ?
Je n’ai pas le chiffre exact. On est en train de faire le décompte et on a saisi la présidence de la République pour qu’elle nous restitue nos véhicules. Il ne s’agit pas de véhicules de l’Etat. La preuve, vous avez entendu un grand concessionnaire de voitures de la place déclarer que Me Wade lui doit encore de l’argent. Cela veut dire que c’est Wade qui avait pris des véhicules en son nom et non à celui de l’Etat du Sénégal et qu’il n’a pas encore payé. Si ces véhicules étaient achetés au nom de l’Etat, le concessionnaire allait réclamer son argent à l’Etat du Sénégal. Donc voilà la preuve que les véhicules que le nouveau pouvoir a saisis appartiennent bel et bien à Wade. Qu’on nous rende alors nos véhicules.
Vous devez craindre les audits car on parle d’un de vos grands immeubles quelque part à Dakar estimé à un milliard et quelques.
(Rires). Je n’ai peur de rien. Moi la maison que je possède, c’est celle-là où vous vous trouvez aujourd’hui. Maintenant, vous êtes bien placé pour savoir si cette maison vaut 60 millions. Moi je n’ai pas de milliards. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire que Modou Diagne Fada a un immeuble ou une maison qui vaut un milliard. Où est ce que je vais prendre un milliard ?
Pourtant on parle de plusieurs milliardaires de l’ancien régime.
Je vais vous dire une chose : les milliardaires, ce ne sont pas les anciens ministres. Si on cherchait les plus riches au Sénégal, ce ne serait pas chez les anciens ministres. On les trouverait ailleurs.
On vous accuse de vouloir politiser l’affaire Cheikh Béthio Thioune en allant lui rendre visite et en lui cherchant un avocat
Il n’en est rien. Qu’est ce qui s’est passé ? Le lendemain de son arrestation, nous sommes allés à Thiès lui rendre visite. Nous n’avons pas pou le voir car c’était la période la garde-à-vue. Nous sommes ensuite retournés pour le voir et nous lui avons transmis le message du secrétaire général du Pds, Me Wade, et les compassions des militants et militantes de notre parti. Nous lui avons également assuré de notre soutien moral. C’est le minimum. N’oubliez pas que Cheikh Béthio Thioune a soutenu le candidat Abdoulaye Wade à la présidentielle. Donc c’était naturel qu’on fasse ce déplacement-là. Mais personne ne nous a entendu faire une déclaration politique dans ce sens. Maintenant que ce soit des avocats membres du Pds qui le défendent, c’est autre chose.
Réalisé par Georges Nesta DIOP
& Charles Gaïky DIENE
*Macky Sall a supprimé des directions qu’il a lui-même créées
Wal Fadjri : Le nouveau régime vient de supprimer 59 directions et agences jugées inutiles et budgétivores, n’est-ce pas une preuve de la gabegie de l’ancien régime ?
Modou Diagne FADA : J’ai vu les directions et agences supprimées. Mais je vous dis ici que certaines agences et directions supprimées venaient juste d’être créées et n’avaient même pas commencé à fonctionner. Mieux, j’ai constaté qu’ils ont supprimé une direction qu’ils avaient eux-mêmes créée au ministère de la Santé. Il s’agit de la direction générale de l’équipement et des infrastructures sanitaires qui n’existait pas quand j’étais ministre de la Santé. C’est lors de la préparation du décret de répartition des services qu’ils ont créé cette direction-là. Donc il faut faire très attention à l‘effet d’annonce du nouveau régime de Macky Sall. Il faudrait que toux ceux qui avaient géré des départements ministériels vérifient bien les agences et directions pour voir si le nouveau pouvoir n’a pas supprimé les agences qu’ils ont eux-mêmes créée comme cela s’est passé au ministère de la Santé.
Il faut savoir qu’en venant aux passations de services, les gens du pouvoir sont venus avec de nouveaux décrets de répartitions de services, avec la création de nouvelles directions et agences. Si c’est comme ça qu’on fait pour montrer qu’on a supprimé 59 agences et directions, c’est de la poudre aux yeux. Mais ce n’est pas le plus important. Il faut que Macky Sall arrête de parler et se mette au travail. Ils n’ont pas été élus pour parler. Ils ont été élus pour faire des résultats, réduire les denrées de première nécessité, pour donner aux paysans des semences, construire des hôpitaux, des écoles des routes, etc. C’est sur le terrain-là qu’on attend Macky Sall et son équipe. Il faut donc arrêter la diversion. Chaque jour, on annonce la création d’une commission avant de la remplacer le lendemain par une autre. Chaque jour on convoque une conférence de presse pour annoncer des suppressions d’agences ou agiter des audits. S’ils veulent auditer, il n’y a pas à faire autant de bruit.
Si le pouvoir parle des audits, c’est sûrement pour que l’opinion soit édifiée car l’ancien régime parle chasse aux sorcières
Le pouvoir n’a pas besoin d’édifier l’opinion sur les audits. Tout dépendra de la forme que prendront les audits. Si ce sont seulement les dignitaires de l’ancien régime qui sont audités, les Sénégalais ne sont pas dupes. On saura qu’il s’agit bel et bien d’une chasse aux sorcières et de règlements de comptes politiques. Si tout le monde est obligé et que lui-même Macky Sall se présente devant la Cour ou Commission de répression dont il parle, on va applaudir. On saura que les choses se sont passées dans les règles de l’art. Sinon l’opinion constatera qu’il s’agit de règlements de comptes politiques.
Quelle appréciation faites-vous du régime actuel après quelques mois passé à la tête de l’Etat ?
Je ne veux pas, pour le moment, me lancer dans la critique subjective. Macky Sall vient d’arriver au pouvoir et j’attends qu’il fasse 100 jours pour pouvoir apprécier correctement le travail qu’il a fait. Si je trouve que le pays est sur la bonne voie, je le dirai et si c’est le contraire également je le dirai. Je crois que d’ici le 1 er juillet qui va coïncider avec les élections législatives, on pourra avoir une idée. Cependant, je peux dire qu’il y a beaucoup de choses et pratiques que l’ancienne opposition dénonçait et qui sont toujours en cours avec le nouveau régime. Je veux parler du Sénat qui n’a pas été supprimé, du ministre de l’Intérieur membre du parti au pouvoir, du chef de l’Etat qui est en même temps chef de parti. Il y a également les prix des denrées de première nécessité qui sont toujours élevés. Ce matin (hier, Ndlr), mon épouse m’a dit que le prix de l’huile n’a pas baissé. Il n’y a que le prix de l’huile en vrac qui a baissé. Le prix du riz également.
Pourtant tout cela, c’est la faute de l’ancien régime…
Non. On va dire comme les autres. Le peuple a décidé de nous mettre hors course donc qu’on ne parle plus de nous. On ne peut plus nous accuser d’être à l’origine de quoi que ce soit. Il faut maintenant parler de nos successeurs qui avaient fait beaucoup de promesses aux Sénégalais et qui peinent encore à les respecter. Il faut que le pouvoir s’attèle à régler les problèmes des Sénégalais, régler le problème casamançais. Le peuple attend encore des mesures fortes pour améliorer les conditions de vie des Sénégalais. C’est ça l’essentiel. Mais ce ne sont pas les déclarations guerrières, les conférences de presse et ses ministres qui se contredisent chaque jour. Cette ambiance-là n’est pas bonne.
Reconnaissez quand même que Macky Sall a respecté certaines promesses notamment la réduction du train de vie de l’Etat. Il a un gouvernement de 25 ministres. Sans parler de la réduction des salaires des ministres et autres directeurs généraux
Ce n’est pas cela la réduction du train de vie de l’Etat. Le salaire d’un ministre, c’est 2 millions et quelques. Je ne veux pas révéler les salaires de mes anciens collègues, mais voilà à peu près ce qu’on gagnait. Macky Sall a nommé 25 ministres, mais combien de ministres conseillers a-t-il nommés jusque-là ?
Wade en avait plus de 40 ministres conseillers dit-on
Encore une fois, il faut qu’on arrête de parler de nous. Macky Sall a promis la rupture, donc il faut qu’il le prouve. Il avait promis de nommer 25 ministres dans le gouvernement, il l’a fait. Mais à côté il a nommé une vingtaine de ministres conseillers. Où sont alors la rupture et la réduction dont il parle ? Ces ministres conseillers ont un salaire, donc il ne faut pas les minimiser. Moi je croyais qu’il allait nommer 25 ministres et s’en arrêter là. Si vous regardez bien ceux qu’il a nommés ministres conseillers, vous comprendrez que c’est juste pour caser de la clientèle politique. C’est tout.
On vous accuse d’avoir recruté ou recasé beaucoup de militants libéraux à l’entre-deux tours au ministère de la Santé. Est-ce vrai ?
Ecoutez, qu’il y ait des recrutements techniques ou de Sénégalais appelés à jouer un rôle dans le système sanitaire, je crois que tout ministre doit pouvoir le faire. L’essentiel, à mon avis, c’est de pouvoir garantir leurs salaires. Et s’agissant des recrutements dont vous parlez, il n’y en avait pas beaucoup. Et il paraît que les nouvelles autorités n’ont pas accepté ces recrutements que nous avions faits. Donc qu’on enlève au moins mon nom dans cette affaire-là.
Barthélemy Dias vient de bénéficier d’une liberté provisoire, et dès sa sortie, il a accusé votre régime d’avoir orchestré son arrestation et son emprisonnement
C’est étonnant. Il a bénéficié d’une liberté provisoire donc le dossier est encore pendant en justice. Moi je suis respectueux de la Justice. Mais je suis ébahi d’entendre que Barthélemy Dias a été libéré. C’est pour des raisons politiciennes. Je suis au regret de constater que la rupture clamée par le nouveau régime, ce sont des paroles en l’air. C’est trop gros de dire que c’est le Pds qui a orchestré son emprisonnement. Vraiment. Il clame son innocence dans les médias, mais c’est devant les tribunaux que Barthélemy Dias devra prouver qu’il est innocent.
Vous venez d’installer le directoire de campagne du Pds. Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés pour les législatives ?
L’objectif principal, c’est d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale. Nous avons comme ambition d’imposer la cohabitation pour la première fois au Sénégal. Et nous pensons que la maturité de la démocratie sénégalaise, aujourd’hui, le permet. Nous sommes arrivés à un niveau où les citoyens devraient avoir la capacité de discernement pour confier le pouvoir exécutif à Benno Bokk Yakaar et le législatif à l’opposition. Cela, pour qu’on soit condamné à travailler ensemble pour l’intérêt de la Nation. L’installation du directoire de campagne rentre dans ce cadre. Il est composé de neuf commissions et nous pensons pouvoir développer, à partir d’elles, des idées et des méthodes de travail qui devraient nous permettre de mener à bien la prochaine campagne électorale. Et nous sommes sûrs de pouvoir mener aussi la bataille médiatique et ensuite celle des programmes pour défendre le bilan reluisant du président Abdoulaye Wade.
Pensez-vous pouvoir atteindre vos objectifs avec l’état actuel de votre parti ?
C’est vrai que ça peut paraître ambitieux avec la scission Bokk Guiss Guiss et l’état de grâce dans lequel se trouve le nouveau régime, mais notre devoir est de rappeler aux Sénégalais que ce n’est pas bon de tout confier à une personne. Le Sénégal a fait cette expérience depuis 1960. Avec Senghor, Diouf et même avec Abdoulaye Wade c’était le cas. Maintenant, le moment est venu de donner aux uns le pouvoir de gouverner et aux autres celui de s’opposer à travers l’Assemblée nationale. Malgré tout, l’état de notre parti est bon. Il y a eu des départs, mais il faut reconnaître que ceux qui sont partis ne le sont pas avec la base. Elle est à peu près restée intacte en peu partout au Sénégal.
D’ailleurs, nous pensons que ces départs ont permis à d’autres responsables qui n’étaient pas visibles de reprendre le flambeau et de travailler à redresser le parti. Ces nouveaux responsables tiennent le parti au niveau des fédérations. Franchement, nous devrions pouvoir atteindre le score de Wade au premier et au deuxième tour de la présidentielle. Nous comptons aussi avec les gaffes commises par le nouveau régime après moins de soixante jours d’exercice du pouvoir. Nous sommes sûrs que les gens vont se dire : «Il ne faut pas tout donner à ces gens-là. Nous leur avons donné la présidence, c’est déjà trop. Faisons quand même confiance au Pds». Parce que quoi qu’on puisse nous reprocher, on a travaillé pour le pays et obtenu d’importants résultats et d’importantes réalisations. Nous avons modernisé et fait du Sénégal un pays émergent.
Quand on regarde la jurisprudence avec votre liste War wi aux législatives de 2007, est–ce que le Pds n’est allé trop vite en besogne en excluant les membres de Bokk Guiss Guiss ?
Il faut rappeler que mon exclusion du Pds avait été prononcée publiquement par la tête de liste de la coalition Sopi qui se trouvait être Macky Sall le jour du dépôt des listes. Ensuite, War Wi, c’était juste une coalition électorale née dans un contexte où le Pds était au pouvoir. Pensant à l’époque qu’il y avait une injustice contre ma personne, j’avais pris sur moi de m’écarter du pouvoir pour aller presque dans l’opposition pour sauvegarder ma dignité. Contrairement à ceux de Bokk Guiss Guiss qui ont attendu que le pouvoir tombe pour se rebeller. On ne peut pas m’accuser de trahison car on ne quitte pas le pouvoir volontairement pour aller dans l’opposition.
J’ai eu le courage de créer War wi quand Wade était au pouvoir. Je suis sûr que si Wade était resté au pouvoir, Bokk Guiss Guiss ne naîtrait pas… A l’époque je contestais la façon de faire de Macky Sall et l’histoire m’a donné raison car aujourd’hui je suis dans le Pds et lui, il n’y est plus. Le problème datait de 2006 quand Macky Sall est venu à Kébémer, a installé Thierno Lô comme secrétaire général de la section Pds de Darou Mousty et Lamine Thiam comme secrétaire général de la fédération alors qu’il n’y avait pas de vente de cartes. J’avais donc un problème politique avec Macky Sall un an avant les législatives. Si je n’avais pas ma liste en 2007, je n’aurais pas figuré sur les listes du Pds et peut-être que vous n’auriez plus entendu parler de Modou Diagne Fada.
Reconnaissez quand même que les dissidents de Bokk Guiss Guiss ont des arguments sont solides
Quels sont ces arguments ?
Ils disent par exemple que Wade doit céder le gouvernail
Wade n’a jamais dit qu’il va s’agripper ad vitam aeternam au gouvernail du Pds, pour reprendre votre terme. C’est nous qui avons besoin de lui pour qu’il nous accompagne encore. Si Wade n’était pas là en tant que refuge, arbitre et personne morale, ce serait complètement la débandade. Heureusement d’ailleurs qu’il a accepté de rester pour nous accompagner et nous conduire au prochain congrès qui désignera les prochains dirigeants du parti. C’est le parti qui a encore besoin de Wade pendant quelques mois et non le contraire. Et quand on aura fini d’organiser notre congrès, il restera président d’honneur et l’inspirateur éternel du parti.
Le choix de Oumar Sarr n’est-il pas la raison de la discorde ?
Contrairement à ce que vous dites, il est plutôt la personne la mieux placée pour coordonner le parti au moment où nous sommes. Quoi qu’en dise, il ne gêne personne. C’est un homme de consensus, un fédérateur et qui a toujours gagné la commune de Dagana. C’est l’homme idéal pour permettre au parti de traverser cette transition. Et le président Wade a trouvé en lui une personne capable de mener le parti pendant cette période sensible. Quelqu’un d’un autre tempérament poserait des problèmes.
Mais il y a Pape Diop qui a beaucoup fait pour le Pds
Il a réclamé la tête de liste et on était prêt à la lui laisser. Finalement, il n’a pas accepté de la diriger. Il a ses raisons, même si je ne les partage pas.
Voyez-vous le Pds survivre à Wade ?
Les départs, on s’y attendait. Les démissions on s’y attendait. Il en est de même de ceux qui ont choisi de prendre une voie de contournement pour arriver à l’Apr. Mais, l’essentiel est que le Pds a contribué à l’approfondissement de la démocratie et à l’émergence d’une vie citoyenne. Le Pds a une histoire. Wade a une histoire. Le label Pds est encore «vendable», peut-être pas maintenant, parce que les Sénégalais ne nous entendent pas. Mais, nous sommes sûrs que d’ici quelques mois, quelques années, ils se rendront compte du bilan et des réalisations de Wade. Ils auront sa nostalgie et le réclameront.
Karim Wade est dans le directoire de campagne, alors qu’il n’est pas investi. Ne donnez-vous pas raison à ceux qui l’accusent d’être trop présent ?
Il y a beaucoup de gens qui y sont et qui ne sont pas investis. Le directoire de campagne n’a rien à voir avec les investitures et les listes. Nous recherchons des compétences, des gens capables d’aider le parti ou la liste. Et Karim Wade a sa place dans une telle structure de réflexion.
On parle de véhicules et d’objets volés au palais. En tant que dignitaire de l’ancien régime, comment avez-vous vécu cette affaire ?
C’est, à la limite, honteux. Comment une personne ou des personnes peuvent voler six cent véhicules? Six cent véhicules les uns après les autres, nous mèneraient du Palais peut-être aux Parcelles assainies. Il y a des choses qui ne sont pas bonnes à dire. Accuser Wade et le Pds d’avoir volé de véhicules, c’est trop gros. (Il se répète, Ndlr). Tous les véhicules qui appartiennent à l’Etat ont été laissés à la présidence de la République. Le président Wade lui-même a dit qu’il n’avait qu’une dizaine de véhicules quand il prenait le pouvoir. Il en a rajouté plusieurs, des centaines et des centaines de véhicules pour l’administration sénégalaise. Et il a laissé toutes les voitures quand il partait.
Mais, il y a le président de la République, il y a Abdoulaye Wade, en tant que individu, et il y a enfin le Pds en tant qu’organisation politique. Nous avons construit notre permanence nationale, acheté des véhicules et participé à plusieurs campagnes électorales. En 2012 aussi, il fallait acheter des véhicules pour le parti et nous l’avons fait. Mais, comme nous étions au pouvoir, peut-être qu’il était difficile aux uns et aux autres de faire la part des choses. Mais, Wade n’est parti qu’avec ses véhicules. Maintenant, il y a des véhicules qu’il a offerts à des chefs religieux, des chefs de village et à certaines personnalités. L’Etat est en train de les récupérer, mais ça c’est un autre débat. Mais que l’Etat ne pense pas à récupérer les véhicules qui appartiennent à Wade ou au Pds. Dans ce cas, nous avons le frère et avocat Amadou Sall qui suit pour notre compte ce dossier, parce que nous n’allons pas laisser nos véhicules entre les mains de l’Etat. Nous en avons besoin pour notre parti et pour revenir au pouvoir d’ici les prochaines années.
C’est dans ce cadre que Macky Sall envisage la création d’une commission nationale de restitution et de recouvrement des biens mal acquis.
On est partant dans tout ce qui va dans le sens de la transparence et de la récupération des biens mal acquis. On n’est pas frileux. C’est un nouveau pouvoir qui s’installe, c’est normal qu’il fasse l’état des lieux. On n’a pas de crainte, aucune crainte. Nous demandons tout simplement que tout travail accompli puisse être objectif. Et l’objectivité d’un tel travail, c’est de pouvoir concerner tout le monde. Il ne faut pas faire un travail sélectif. Il ne faut pas auditer les uns et laisser les autres. Il ne faudrait pas dire: «Nous allons auditer la gestion de Wade, en commençant à partir de 2007.». Non ! Il faut commencer à partir de 2000 jusqu’en 2012. Et auditer toutes les personnalités politiques qui appartiennent à l’actuel régime ou qui appartenaient à l’ancien régime. Nous n’avons pas de problème si l’audit se passe ainsi. Maintenant, nous n’accepterons naturellement pas de chasse aux sorcières et des règlements de comptes politiques.
Si vous refusez que les audits démarrent à partir de 2007, c’est parce que vous visez le président Macky Sall ?
On ne vise personne. En plus, il n’est pas le seul qui a eu à gérer avant 2007. Il y a d’autres personnalités qui soutiennent l’actuel régime, qui sont dans Benno Bokk Yakaar et qui avaient des responsabilités à partir de 2000. Donc, qu’on audite tout le monde.
Vous ne pouvez pas l’obliger à auditer tout le monde
S’il fait un audit sélectif, les Sénégalais comprendront que certains ont été audités parce qu’ils sont des adversaires et d’autres ne le sont pas parce que ceux sont des compagnons politiques. Les Sénégalais ne sont pas dupes.
«Il faudrait que toux ceux qui avaient géré des départements ministériels vérifient bien les agences et directions pour voir si le nouveau pouvoir n’a pas supprimé les agences qu’ils ont eux-mêmes créées comme cela s’est passé au ministère de la santé».
Modou Diagne Fada va-t-il postuler au poste de secrétaire général du Pds ?
Ce n’est pas le débat actuel au sein de notre parti. Notre préoccupation, c’est l’unité. Aujourd’hui, le Pds, c’est comme l’Ump en France. Il y a beaucoup de ténors de l’Ump qui se sont engagés dans le combat des législatives qui vont se battre au niveau de leurs circonscriptions électorales pour donner à l’Ump une majorité. Moi, je suis dans la même posture au sein du Pds. Mon objectif, c’est d’obtenir la majorité à l’Assemblée nationale et après on verra. Pour le moment, c’est la victoire de notre liste lors des prochaines législatives qui me préoccupe.
Certains responsables libéraux avaient émis le souhait de voir Idrissa Seck revenir pour prendre les rênes du Pds après la défaite de Wade. Etes-vous de ceux-là ?
Pourquoi ? Ceux-là qui travaillent à cela ont peut-être leurs raisons. C’est leur droit le plus absolu. Moi, je suis au Pds et je ne vois pas pourquoi appeler quelqu’un d’autre pour venir diriger le parti comme s’il n’existait pas de leader assez charismatique pour diriger le Pds.
Mais il n’y a pas un leader qui fait l’unanimité pour succéder à Wade
L’unité, il faut la bâtir autour d’un certain nombre de principes. L’unité nous l’avons toujours bâtie autour de Wade. Avec son départ, nous devrons bâtir l’unité autour d’abord d’un programme fondamental consensuel du parti qui sera élaboré de façon participative et accepté par tous les militants. Parce que toutes les idées défendues par les différents responsables ou courants seront prises en compte dans ce nouveau programme. Et le second élément fédérateur, doit être de bons textes : il faut revisiter les textes du Pds, les réactualiser. Il faut moderniser le Pds. Le parti doit définir toutes les conditions à remplir par un responsable à la base pour arriver aux instances nationales et définir toutes les conditions à remplir pour être investi comme député ou candidat à l’élection présidentielle, ou secrétaire général du parti. Après cette étape, on va en congrès pour élire le successeur de Wade à la tête du Pds. C’est comme ça que je vois l’avenir du Pds.
«On est en train de faire le décompte des véhicules de Wade que les autorités ont saisis. Nous avons déjà saisi la présidence de la République pour qu’elle nous restitue nos véhicules. Il ne s’agit pas de véhicules de l’Etat»
Certains disent que Wade est au Sénégal pour se défendre plutôt que pour accompagner votre parti.
Je crois que les gens devraient se féliciter de la présence de Wade au Sénégal depuis sa défaite. Un président qui quitte ses fonctions et qui continue à vivre au Sénégal, c’est une bonne chose quand même. Et je vous dis ici que 90 % de son temps, depuis qu’il a quitté le palais, Me Wade le consacre à la vie du parti. Il reçoit des fédérations, des responsables du parti, des amis etc.
Sa présence ne gêne-t-elle pas le nouveau régime ? Surtout quand on sait que Wade agite des plaintes ça et là à chaque fois qu’on évoque certains aspects de sa gestion ?
Wade a le droit de rester au Sénégal puisqu’il est Sénégalais. Il ne faut pas l’oublier. Et il est en train de réfectionner sa maison pour aller y vivre. Donc pourquoi sa présence gênerait le pouvoir ? Maintenant, s’il a agité des plaintes, c’est parce qu’il s’est senti lésé. Le nouveau pouvoir a confisqué des véhicules qui lui appartiennent. Et si c’est suite à cette affaire de 400 milliards qui aurait été planqués dans des banques au Golf, c’est aux nouvelles autorités de clarifier ça.
Combien de voitures ont été confisqués par le nouveau régime et appartenant à Wade ?
Je n’ai pas le chiffre exact. On est en train de faire le décompte et on a saisi la présidence de la République pour qu’elle nous restitue nos véhicules. Il ne s’agit pas de véhicules de l’Etat. La preuve, vous avez entendu un grand concessionnaire de voitures de la place déclarer que Me Wade lui doit encore de l’argent. Cela veut dire que c’est Wade qui avait pris des véhicules en son nom et non à celui de l’Etat du Sénégal et qu’il n’a pas encore payé. Si ces véhicules étaient achetés au nom de l’Etat, le concessionnaire allait réclamer son argent à l’Etat du Sénégal. Donc voilà la preuve que les véhicules que le nouveau pouvoir a saisis appartiennent bel et bien à Wade. Qu’on nous rende alors nos véhicules.
Vous devez craindre les audits car on parle d’un de vos grands immeubles quelque part à Dakar estimé à un milliard et quelques.
(Rires). Je n’ai peur de rien. Moi la maison que je possède, c’est celle-là où vous vous trouvez aujourd’hui. Maintenant, vous êtes bien placé pour savoir si cette maison vaut 60 millions. Moi je n’ai pas de milliards. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire que Modou Diagne Fada a un immeuble ou une maison qui vaut un milliard. Où est ce que je vais prendre un milliard ?
Pourtant on parle de plusieurs milliardaires de l’ancien régime.
Je vais vous dire une chose : les milliardaires, ce ne sont pas les anciens ministres. Si on cherchait les plus riches au Sénégal, ce ne serait pas chez les anciens ministres. On les trouverait ailleurs.
On vous accuse de vouloir politiser l’affaire Cheikh Béthio Thioune en allant lui rendre visite et en lui cherchant un avocat
Il n’en est rien. Qu’est ce qui s’est passé ? Le lendemain de son arrestation, nous sommes allés à Thiès lui rendre visite. Nous n’avons pas pou le voir car c’était la période la garde-à-vue. Nous sommes ensuite retournés pour le voir et nous lui avons transmis le message du secrétaire général du Pds, Me Wade, et les compassions des militants et militantes de notre parti. Nous lui avons également assuré de notre soutien moral. C’est le minimum. N’oubliez pas que Cheikh Béthio Thioune a soutenu le candidat Abdoulaye Wade à la présidentielle. Donc c’était naturel qu’on fasse ce déplacement-là. Mais personne ne nous a entendu faire une déclaration politique dans ce sens. Maintenant que ce soit des avocats membres du Pds qui le défendent, c’est autre chose.
Réalisé par Georges Nesta DIOP
& Charles Gaïky DIENE