Après trois jours d'audiences, l'énigme persiste. Hier encore, la Chambre criminelle de Dakar a tenté de percer le mystère entourant le mobile du crime qui a poussé le charlatan malien Hamidou Sidibé à ôter la vie de sa fidèle cliente, Lobé Ndiaye. Cette vendeuse de pièces détachées entretenait avec lui une collaboration de quatorze ans.
C'est Lobé Ndiaye qui l'avait fait venir du Mali au Sénégal, convaincue de ses pouvoirs mystiques. Selon L'Observateur du jour, le charlatan devait veiller sur elle, faire prospérer son commerce et protéger son aura. Depuis son installation à Pikine, elle ne cessait de faire appel à lui, lui confiant ses angoisses et ses espoirs. Mais le soir du 27 juillet 2021, il la tue froidement d'un coup de pilon. S'agit-il d'un crime passionnel, d'une tentative de viol qui a mal tourné, ou d'une histoire de sacrifice ? Ni les enquêteurs de la Brigade de gendarmerie de Diamniadio, ni les magistrats de la Chambre criminelle n'ont pu obtenir la moindre explication cohérente sur le mobile du crime.
La version imperturbable de l'accusé
Hamidou Sidibé n'a pas varié dans sa version des faits. Il a répété, imperturbable, que ce jour-là, sa cliente l'avait attaqué sans raison. « Elle m'a frappé trois fois avec un pilon. Au troisième coup, je l'ai désarmée. Ensuite, je l'ai frappée à mon tour, sans me contrôler. Le quatrième coup, porté en plein crâne, lui a été fatal », a-t-il déclaré.
Telle est la version constante du dossier. Une fois le crime accompli, Hamidou Sidibé a tenté de brouiller les pistes. Il a glissé le corps sans vie dans un sac de 100 kg, qu'il a jeté nonchalamment à la sortie 1 de l'autoroute à péage. Hier, à l'issue de son procès, le Procureur a requis contre lui vingt ans de réclusion criminelle.
Genèse d'une collaboration fatale
Hamidou Sidibé et Lobé Ndiaye se connaissaient depuis 2007. À l'époque, la défunte le sollicitait depuis son pays pour qu'il lui formule régulièrement des prières. Lobé Ndiaye semblait satisfaite des résultats. Mais selon le récit de l'accusé, Lobé retrouvait fréquemment, devant son magasin, des œufs et d'autres objets qu'il qualifie de « choses bizarres ». Craignant d'être atteinte mystiquement, elle lui a alors proposé de venir s'installer à Dakar, à ses frais, pour qu'il veille directement sur elle.
Le marché fut conclu. Hamidou a quitté son Mali natal pour s’installer à Thiaroye Azur, dans la banlieue de Dakar. Lobé prenait en charge son loyer ainsi que ses autres frais de subsistance. Selon le charlatan malien, leur collaboration s'est déroulée sans heurt jusqu'en juillet 2021.
Le déroulement du drame selon Hamidou Sidibé
L'Observateur informe que ce jour-là, Lobé devait, comme à l'accoutumée, se rendre chez lui pour une séance de prières. Il lui avait donné pour instruction d'apporter un coq blanc, de la kola, ainsi qu'une calebasse en bois.
Lobé est arrivée chez lui ce jour-là aux environs de 14h. Ils discutaient dans une ambiance détendue. Vers 18h, alors que le crépuscule approchait, Lobé a commencé à préparer du thé. De son côté, Hamidou, assis sur sa natte, s'attelait aux préparatifs de ses potions. C'est à ce moment, alors qu'il était concentré et courbé sur ses préparations, qu'Hamidou Sidibé a ressenti un violent coup de pilon en pleine épaule.
Pris au dépourvu par la brutalité de l'attaque, il a tenté de se redresser, mais la défunte ne lui en a pas laissé le temps et a asséné un second coup. Ce n'est qu'au troisième qu'il est parvenu à retrouver son équilibre. Il s'est levé et a réussi à lui arracher le pilon des mains. « Je me suis mis à la rouer de coups, sans regarder où je frappais. Tout ce que je sais, c'est que c'est le troisième coup qui a atterri sur son crâne. Elle s'est affalée aussitôt, morte sur le coup », a-t-il confié.
La tentative de dissimulation
Toujours selon son récit, son premier réflexe a été d'appeler son chauffeur, Taha, pour qu'il vienne en urgence. Ce dernier, alors en ville, mettait du temps à arriver. Hamidou a ensuite appelé une amie, Awa Sow, et lui a demandé de lui apporter un grand sac et une valise.
Ce qu'elle a fait, lui remettant un sac de 100 kg, sans se douter de rien. Il lui a dit qu'il devait y mettre des ordures à transporter hors de la ville. Seul, Hamidou a introduit le corps sans vie de Lobé dans le sac, non sans lui avoir préalablement ligoté les jambes et les bras. Entre-temps, son chauffeur Taha est arrivé. Il lui a alors dit que le sac contenait un sacrifice à déposer loin de la ville. C'est ainsi qu'avec l'aide de Taha, il a jeté le sac à la sortie 1 de l'autoroute à péage de Diamniadio. Après ce geste macabre, il les a invités tous deux à un dîner au Gelato des Almadies.
L'enquête et les aveux
Le crime maquillé n'aura pas mis longtemps à être découvert. Un certain Boubacar, intrigué, a aussitôt alerté la brigade de gendarmerie de Diamniadio. Après une série d’investigations, le corps sans vie a été rapidement identifié. Les premières pistes ont commencé à prendre forme. Le motard ("jakartaman") qui avait transporté la défunte depuis son domicile à Pikine, a été rapidement identifié. Ce dernier a expliqué aux enquêteurs qu'il avait conduit Lobé jusqu’à Thiaroye Azur, chez son marabout.
Très vite, les enquêteurs sont entrés en contact avec Hamidou. Lors de son premier face-à-face avec les gendarmes, l'accusé a tenté de rejeter le meurtre sur Awa Sow, affirmant que c'est son amie qui, au détour d'une bagarre, avait tué Lobé Ndiaye. Ce n'est que vers 2h du matin, après de longues remontrances du Commandant, qu'Hamidou a fini par passer aux aveux, déroulant alors le film du crime dans ses moindres détails. Placé en détention provisoire depuis 2021, il a finalement fait face à la Chambre criminelle.
Hier, Hamidou a réitéré son récit. Pendant plusieurs heures, la juridiction a tenté d'arracher le mobile du crime. Ni le juge, ni son propre avocat n'ont réussi à le faire dévier de son discours. Ils lui ont tous posé la question : s'agissait-il d'une relation amoureuse qui a mal tourné ? D'une tentative de viol qui aurait dégénéré ? Ou encore d'un différend financier ? Hamidou a répondu à toutes ces interrogations par la négation.
Il affirme qu'il n'y a jamais eu de dispute entre lui et sa fidèle cliente. « Seul Dieu sait ce qui l'a poussée à me porter de si puissants coups. Nous avions de bonnes relations. C'est elle-même qui a financé mon mariage. Cette histoire a détruit ma vie. J'ai agi par instinct, sans contrôler mes coups », n'a-t-il cessé de répéter devant la Chambre. Mais son discours n'a pas convaincu le procureur de la République. Dans son réquisitoire, le ministère public a requis contre lui vingt ans de réclusion criminelle.
Hamidou Sidibé sera fixé sur son sort le 15 juillet prochain.
C'est Lobé Ndiaye qui l'avait fait venir du Mali au Sénégal, convaincue de ses pouvoirs mystiques. Selon L'Observateur du jour, le charlatan devait veiller sur elle, faire prospérer son commerce et protéger son aura. Depuis son installation à Pikine, elle ne cessait de faire appel à lui, lui confiant ses angoisses et ses espoirs. Mais le soir du 27 juillet 2021, il la tue froidement d'un coup de pilon. S'agit-il d'un crime passionnel, d'une tentative de viol qui a mal tourné, ou d'une histoire de sacrifice ? Ni les enquêteurs de la Brigade de gendarmerie de Diamniadio, ni les magistrats de la Chambre criminelle n'ont pu obtenir la moindre explication cohérente sur le mobile du crime.
La version imperturbable de l'accusé
Hamidou Sidibé n'a pas varié dans sa version des faits. Il a répété, imperturbable, que ce jour-là, sa cliente l'avait attaqué sans raison. « Elle m'a frappé trois fois avec un pilon. Au troisième coup, je l'ai désarmée. Ensuite, je l'ai frappée à mon tour, sans me contrôler. Le quatrième coup, porté en plein crâne, lui a été fatal », a-t-il déclaré.
Telle est la version constante du dossier. Une fois le crime accompli, Hamidou Sidibé a tenté de brouiller les pistes. Il a glissé le corps sans vie dans un sac de 100 kg, qu'il a jeté nonchalamment à la sortie 1 de l'autoroute à péage. Hier, à l'issue de son procès, le Procureur a requis contre lui vingt ans de réclusion criminelle.
Genèse d'une collaboration fatale
Hamidou Sidibé et Lobé Ndiaye se connaissaient depuis 2007. À l'époque, la défunte le sollicitait depuis son pays pour qu'il lui formule régulièrement des prières. Lobé Ndiaye semblait satisfaite des résultats. Mais selon le récit de l'accusé, Lobé retrouvait fréquemment, devant son magasin, des œufs et d'autres objets qu'il qualifie de « choses bizarres ». Craignant d'être atteinte mystiquement, elle lui a alors proposé de venir s'installer à Dakar, à ses frais, pour qu'il veille directement sur elle.
Le marché fut conclu. Hamidou a quitté son Mali natal pour s’installer à Thiaroye Azur, dans la banlieue de Dakar. Lobé prenait en charge son loyer ainsi que ses autres frais de subsistance. Selon le charlatan malien, leur collaboration s'est déroulée sans heurt jusqu'en juillet 2021.
Le déroulement du drame selon Hamidou Sidibé
L'Observateur informe que ce jour-là, Lobé devait, comme à l'accoutumée, se rendre chez lui pour une séance de prières. Il lui avait donné pour instruction d'apporter un coq blanc, de la kola, ainsi qu'une calebasse en bois.
Lobé est arrivée chez lui ce jour-là aux environs de 14h. Ils discutaient dans une ambiance détendue. Vers 18h, alors que le crépuscule approchait, Lobé a commencé à préparer du thé. De son côté, Hamidou, assis sur sa natte, s'attelait aux préparatifs de ses potions. C'est à ce moment, alors qu'il était concentré et courbé sur ses préparations, qu'Hamidou Sidibé a ressenti un violent coup de pilon en pleine épaule.
Pris au dépourvu par la brutalité de l'attaque, il a tenté de se redresser, mais la défunte ne lui en a pas laissé le temps et a asséné un second coup. Ce n'est qu'au troisième qu'il est parvenu à retrouver son équilibre. Il s'est levé et a réussi à lui arracher le pilon des mains. « Je me suis mis à la rouer de coups, sans regarder où je frappais. Tout ce que je sais, c'est que c'est le troisième coup qui a atterri sur son crâne. Elle s'est affalée aussitôt, morte sur le coup », a-t-il confié.
La tentative de dissimulation
Toujours selon son récit, son premier réflexe a été d'appeler son chauffeur, Taha, pour qu'il vienne en urgence. Ce dernier, alors en ville, mettait du temps à arriver. Hamidou a ensuite appelé une amie, Awa Sow, et lui a demandé de lui apporter un grand sac et une valise.
Ce qu'elle a fait, lui remettant un sac de 100 kg, sans se douter de rien. Il lui a dit qu'il devait y mettre des ordures à transporter hors de la ville. Seul, Hamidou a introduit le corps sans vie de Lobé dans le sac, non sans lui avoir préalablement ligoté les jambes et les bras. Entre-temps, son chauffeur Taha est arrivé. Il lui a alors dit que le sac contenait un sacrifice à déposer loin de la ville. C'est ainsi qu'avec l'aide de Taha, il a jeté le sac à la sortie 1 de l'autoroute à péage de Diamniadio. Après ce geste macabre, il les a invités tous deux à un dîner au Gelato des Almadies.
L'enquête et les aveux
Le crime maquillé n'aura pas mis longtemps à être découvert. Un certain Boubacar, intrigué, a aussitôt alerté la brigade de gendarmerie de Diamniadio. Après une série d’investigations, le corps sans vie a été rapidement identifié. Les premières pistes ont commencé à prendre forme. Le motard ("jakartaman") qui avait transporté la défunte depuis son domicile à Pikine, a été rapidement identifié. Ce dernier a expliqué aux enquêteurs qu'il avait conduit Lobé jusqu’à Thiaroye Azur, chez son marabout.
Très vite, les enquêteurs sont entrés en contact avec Hamidou. Lors de son premier face-à-face avec les gendarmes, l'accusé a tenté de rejeter le meurtre sur Awa Sow, affirmant que c'est son amie qui, au détour d'une bagarre, avait tué Lobé Ndiaye. Ce n'est que vers 2h du matin, après de longues remontrances du Commandant, qu'Hamidou a fini par passer aux aveux, déroulant alors le film du crime dans ses moindres détails. Placé en détention provisoire depuis 2021, il a finalement fait face à la Chambre criminelle.
Hier, Hamidou a réitéré son récit. Pendant plusieurs heures, la juridiction a tenté d'arracher le mobile du crime. Ni le juge, ni son propre avocat n'ont réussi à le faire dévier de son discours. Ils lui ont tous posé la question : s'agissait-il d'une relation amoureuse qui a mal tourné ? D'une tentative de viol qui aurait dégénéré ? Ou encore d'un différend financier ? Hamidou a répondu à toutes ces interrogations par la négation.
Il affirme qu'il n'y a jamais eu de dispute entre lui et sa fidèle cliente. « Seul Dieu sait ce qui l'a poussée à me porter de si puissants coups. Nous avions de bonnes relations. C'est elle-même qui a financé mon mariage. Cette histoire a détruit ma vie. J'ai agi par instinct, sans contrôler mes coups », n'a-t-il cessé de répéter devant la Chambre. Mais son discours n'a pas convaincu le procureur de la République. Dans son réquisitoire, le ministère public a requis contre lui vingt ans de réclusion criminelle.
Hamidou Sidibé sera fixé sur son sort le 15 juillet prochain.