« Mémoires de Tirailleurs » : une série documentaire pour faire entendre la voix des anciens combattants


La Maison de l’Oralité et du Patrimoine KËR LEYTI, en partenariat avec l’ambassade de France au Sénégal, a procédé ce jeudi 1er octobre 2026 à la mise en ligne du podcast documentaire « Mémoires de Tirailleurs. » La cérémonie s’est tenue au Centre culturel Blaise Senghor, en présence de l’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Fages, de l’ancien tirailleur sénégalais Mame Yéro Diaw, de représentants du ministère de la Culture, de l’armée sénégalaise et des familles de tirailleurs.

Composée de dix épisodes, la série donne directement la parole à des tirailleurs sénégalais et à leurs proches. Les témoignages ont été recueillis dans plusieurs localités du pays, de Podor à la Casamance, sur un parcours de plus de 3 700 kilomètres. Les enregistrements ont été réalisés en wolof, en mandingue et en français, afin de préserver au mieux la parole des témoins.

Réalisé sous la direction de Massamba Guèye, le podcast entend dépasser le seul récit militaire. « Il fallait montrer les humains qu’il y avait derrière ce qu’on appelait les tirailleurs », a expliqué le professeur conteur. Les épisodes abordent le recrutement de jeunes parfois âgés de 16 ans, les parcours militaires, les liens familiaux, les blessures, les traumatismes et la vie après les conflits.

Le projet revient également sur la continuité historique de l’engagement des soldats africains. Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale, Indochine ou encore Algérie : les témoignages montrent que l’histoire des tirailleurs ne se limite pas à un seul conflit. Certains anciens combattants ont ensuite servi dans l’armée du Sénégal indépendant, parfois plus longtemps que dans l’armée coloniale.

La présence de représentants de l’armée sénégalaise a souligné cette continuité entre les anciens combattants et les générations actuelles de militaires. Le podcast rappelle ainsi que les tirailleurs ont contribué à l’histoire militaire du pays et que leur parcours demeure lié à la construction de l’armée sénégalaise.

Le ministre de la Culture, représenté lors de la cérémonie, a salué une initiative qui contribue à préserver une mémoire longtemps portée par les familles. Le département ministériel entend accompagner la diffusion du podcast dans les espaces culturels et éducatifs, afin de rapprocher cette histoire du grand public et des jeunes générations.

Pour Massamba Guèye, l’enjeu était aussi de faire entendre une parole africaine sur une histoire souvent racontée depuis l’Europe. « Il fallait que l’Afrique parle aussi des tirailleurs », a-t-il souligné. Le réalisateur a insisté sur la dimension pédagogique du projet, destiné à faire comprendre la diversité des parcours et des engagements.

L’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Fages, a salué un travail qui restitue aux anciens combattants « leur nom, leurs mots, leurs voix ». « Ce ne sont pas des symboles, ce sont des vies », a-t-elle déclaré. Elle a rappelé que les témoignages évoquent aussi bien la guerre que les relations familiales, les blessures et les conditions de vie des anciens soldats.

La diplomate a notamment cité le récit d’un père accompagnant son fils jusqu’à son départ, celui d’une mère montrant le pagne dans lequel elle l’avait porté, ou encore les souvenirs de soldats blessés en Indochine. Elle a également évoqué les tirailleurs morts à Thiaroye, dont le massacre a été reconnu par la France en 2024, estimant que cette reconnaissance doit permettre au travail historique de se poursuivre.

« Cette histoire est une histoire partagée entre nos deux pays, mais partagée ne veut pas dire racontée d’une seule voix », a-t-elle déclaré. Selon elle, le podcast contribue à faire entendre cette mémoire depuis les villages et les familles qui l’ont vécue.

Les familles des tirailleurs occupent une place centrale dans la série. Elles ont conservé des lettres, des photographies, des récits et des objets transmis de génération en génération. Leur participation permet de restituer la dimension intime de cette histoire et de montrer les conséquences des départs, des blessures et des disparitions sur les proches.

La cérémonie a également été marquée par le témoignage de Mame Yéro Diaw. L’ancien tirailleur a exprimé sa gratitude à l’ambassade de France, à la Maison de l’Oralité et du Patrimoine KËR LEYTI ainsi qu’à l’équipe du projet. Il a rendu hommage à ceux qui ont combattu, aux blessés et à ceux qui ne sont jamais revenus.
 


« Je parle pour ceux qui ne peuvent plus parler et je me souviens pour ceux que le temps n’a jamais effacés », a-t-il déclaré, appelant les jeunes générations à connaître cette histoire et à préserver la mémoire des anciens combattants.

Au-delà de sa mise en ligne, « Mémoires de Tirailleurs » doit être diffusé gratuitement sur les plateformes d’écoute et mis à la disposition des radios qui souhaitent le programmer. Des bornes d’écoute sont également prévues dans les villages liés aux tirailleurs, dans les lieux de mémoire et dans certains centres culturels.

Les initiateurs souhaitent par ailleurs introduire le podcast dans les établissements scolaires, avec l’accord des autorités sénégalaises. L’objectif est d’en faire un support pédagogique accessible aux élèves, mais aussi aux associations et aux structures engagées dans le travail de mémoire.

Le projet a été réalisé par une équipe jeune, formée à la production de podcasts à partir de témoignages vivants. Certains témoins sont décédés peu après l’enregistrement. Leur voix, désormais conservée, constitue l’un des témoignages les plus précieux de cette série.
Vendredi 2 Octobre 2026
Idy Sow



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