Mbour : Les faits marquants du Drame du Stade de Demba Diop de 2017 à nos jours

15 juillet 2017-15 juillet 2021. Cela fait 5 ans que survenait le drame du Stade Demba Diop. Ce jeudi 15 juillet, la population de Mbour va commémorer, pour la 4e fois, le drame du Stade Demba Diop qui a coûté la vie à 8 jeunes de la localité. Il s’agit de Mame Boucounta Sow (footballeur), Assane Nar Dione (17 ans, footballeur), Niokhor Diouf, Babou Seydi Diouf (36 ans, antiquaire), Assane Faye (31 ans, lutteur), Charles De Gaulle Gomis (23 ans, étudiant), Khalifa Yakhya Mbaye (17 ans, élève) et de Oulimata Fall (32 ans, aide-soignante)


Mbour : Les faits marquants du Drame du Stade de Demba Diop de 2017 à nos jours
En ce jour marquant la 4e année de ce triste évènement, les souvenirs restent vivaces. Malgré 1.460 jours passés depuis ce triste moment qui était parti pour être une fête, les parents des victimes continuent de faire leur deuil. Le deuil de ces décès qui ont eu pour cadre les tribunes de ce stade d'une capacité de 15.000 places assises, situé sur le boulevard du Président Habib Bourguiba à la Sicap-Liberté 1 (département de Dakar).
Le drame s’est produit dans l’après de ce samedi 15 juillet 2017. C’était un jour ordinaire où rien ne présageait du drame. Le stade accueillait la finale de la Coupe de la Ligue de football. Un duel sportif qui opposait l'Union sportive de Ouakam au Stade de Mbour qui était en faveur du Stade de Mbour qui menait 2 à 1. Durant la prolongation, des échauffourées entre supporters ont éclaté au niveau de la tribune découverte, provoquant une grande bousculade. Cela est le fait de violents assauts de supporters du Club de Ouakam. Il y eu un mouvement de panique. La vague de supporters s’est déversée vers une partie de la tribune. Ce mouvement de foule, durant les prolongations, a provoqué l'effondrement d'un mur de cette tribune entraînant dans sa chute plusieurs dizaines de supporters de l’équipe Mbouroise. Huit personnes y ont trouvé la mort, mais il y eut également des dizaines voire centaines de blessés.

Récit glaçant d’un témoin du drame
  
Pour mieux comprendre ce qui s’est passé, qui mieux qu’un témoin, pourrait retracer le film de ce drame. C’est devant une des maisons de ces victimes, celle de la famille de feu Khalifa Yakhya Mbaye en l’occurrence, qu’a été rencontré ce témoin, Niébé Touré, un cousin du défunt.
 
 
 
‘’Je suis arrivé au Stade Demba Diop lorsque le coup de sifflet du début du match venait d’être donné. (…). Ce qui a empiré la situation, c’est qu’avant l’effondrement du mur, la seule issue qui s’offrait à nous était fermée par les supporters Ouakamois. Les Mbourois qui voulaient avoir une échappatoire n’ayant alors comme autre issue de secours que le terrain gazonné se sont rués vers le mur pour descendre sur le terrain. C’était le sauve-qui-peut. Et comme la masse s’est ruée vers le mur, la construction a cédé sous la pression. Le mur s’est effondré entraînant dans sa chute tous ceux qui étaient regroupés dans cette partie du stade. Il y a eu des bousculades. Ce fut alors l’irréparable. Certains sont tombés dans les caniveaux. Les gens se sont entassés les uns sur les autres comme des sardines. Des gens étaient piétinés. Parmi les victimes, il y en a une qui a trouvé la mort, alors qu’il venait au secours des blessés pris au piège dans cette chute. Les sapeurs-pompiers ont mis du temps à arriver. Il y a aussi un Mbourois parmi les victimes qui a été poignardé par un joueur Ouakamois. Celui-ci a retiré le piquant d’un espadon de ses bas et l’a poignardé avec’’.
 
Le message présidentiel pour apaiser
 Dans quasiment les mêmes instants, le gouvernement sénégalais réagit et annonce des mesures. Ce dimanche-là, le communiqué rendu public annonçait l’interdiction de toutes les activités sportives ou culturelles pendant la campagne électorale. C’était en période de campagne pour les législatives du 30 juillet. Il était aussi annoncé l’ouverture d’une information judiciaire afin d’établir les responsabilités du drame. Le théâtre du drame est d’ailleurs fermé au public, au lendemain de ce drame pour les besoins de cette enquête.
 
 ’J'ai ordonné l'ouverture, sans délai, d'une enquête rigoureuse qui permettra de situer toutes les responsabilités, d'identifier les fautifs et de transmettre, sans délai, les conclusions de l'enquête à la justice’’, avait déclaré le président Macky Sall, ce dimanche-là. Ce, après avoir rappelé que ‘’le milieu sportif n'est pas un terrain d'expression de la violence’’. Il a en outre, indiqué que les blessés seront ’’pris en charge totalement par l’État et les familles des personnes décédées seront accompagnées’’.
 
 L'autopsie des victimes confiée à Le Dantec
 
 Pour faire la lumière sur cette affaire, le procureur de la République animait une conférence de presse, 48 heures après le drame. ‘’Nous avons décidé d'ouvrir une enquête. Elle a été confiée conjointement au commissariat de Dieuppeul et à la Sûreté urbaine. Des témoignages ont été recueillis, des films visionnés et des renseignements en cours de traitement. L'autopsie des corps a été ordonnée et confiée à l'Hôpital Le Dantec. En compagnie des enquêteurs, nous nous sommes rendus sur les lieux. Nous avons les traces de sang et autres débris pris sur place qui renseignent sur l'atrocité des actes commis. L'enquête suit son cours’’, a déclaré le maître des poursuites.
 
 Les assurances fermes du parquet, les autopsies et les inhumations
 Dans les 72 heures qui ont suivi ce drame, les autorités judiciaires qui entendaient situer les responsabilités ont entendu, à la date du lundi 17 juillet 2017, le directeur du Stade Demba Diop et le président de la Ligue professionnelle de football. C’est le procureur de la République. Serigne Bassirou Guèye lui-même qui en a fait l’annonce en promettant qu’il n’y aura pas de zone d’ombre.
 
Lors de cette rencontre le parquetier avait indiqué n’avoir, en ce moment-là reçu aucune plainte des familles des victimes. Mais, il avait donné des assurances fermes. ‘’Si la plainte vient, on l’enregistrera. On lui donnera la suite appropriée. (…). Il y a des gens qui ont parlé de la culpabilité de l’équipe de Ouakam. Nous, nous sommes en train de mener une enquête. Et si j’étais sûr de la culpabilité de tel ou tel, l’enquête n’allait pas être longue. Aujourd’hui, nous avons des indices, des témoignages, des films, des enregistrements des informations et nous allons les exploiter’’, indiquait le procureur de la République.
 
Et il n’a pas fallu plus de 4 jours pour que les autopsies soient effectuées et les dépouilles rendues aux familles éplorées. Toutes, à l’exception de Charles De Gaulle Gomis, ont été inhumées dans les meilleurs délais. Un Récital de Coran a même été organisé au domicile du président du Stade de Mbour, Saliou Samb, pour le repos de l'âme des disparus.
 
 Débuts des arrestations
 
Près d’un mois après ce drame, des têtes avaient commencé à tomber. Au moins, dix supporters du club de l'Us Ouakam ont été écroués et placés sous mandat de dépôt à la date du vendredi 11 août. Ce, dans le cadre de l'enquête sur le drame du stade Demba Diop. Il leur était reproché d'avoir participé aux échauffourées lors de cette triste finale de la Coupe de la ligue sénégalaise. Des violences qui avaient provoqué une bousculade et l'affaissement d'un mur à l'origine de la mort de ces huit personnes. Parmi les personnes inculpées, l’on notait un joueur et le président des supporters du club Ouakamoisⁿ Il ressort des informations relayées à l’époque des faits que celui-ci avait été arrêté, parce qu'il refusait de livrer l'identité des personnes recherchées. Sur leurs épaules pesaient les charges de ‘’homicides et coups et blessures volontaires’’.
 
 Sanctions contre l’équipe Ouakamoise
 
L'Union sportive de Ouakam, elle, n’est pas sortie indemne de cette affaire. Elle a été suspendue pour 7 ans par la commission de discipline de la Ligue de football sénégalaise en sus de sa condamnation à verser une amende de 10 millions de francs Cfa. Cette sanction résulte du fait qu’elle a été reconnue, par l'instance, ‘’exclusivement responsable’’ des incidents survenus le soir du 15 juillet. Dans leur colère, les populations de Mbour, comme un seul homme, avaient réclamé la démission de Saër Seck, le président de la Ligue de football professionnel, organisatrice de cette compétition sportive qui s’est soldée par des morts et des blessés. Cibles de toutes les plaintes des familles des victimes de ce drame, le directeur la Ligue de football, le ministre des Sports et les représentants de la police se sont rencontré en urgence

Le calumet de paix, mais ...
 
Des mois de deuil n’auront pas pansé les blessures, mais les Mbourois ont fini par prendre la décision de tourner la page. La direction du Stade de Mbour, dans un communiqué rendu public en début du mois de juin 2018 informait de sa volonté d’enterrer la hache de guerre qu’elle avait brandie contre l’Union sportive de Ouakam (Uso) depuis le drame dit du Stade Demba Diop. Occasion qu’elle a saisie pour annoncer qu’elle était disposée à jouer avec le club Ouakamois selon la programmation retenue par la Ligue professionnelle de football. Une décision qui est née des suites d’une Assemblée générale tenue le 31 mai 2018 et une réunion le 1er juin dernier, indiquait le document dont le contenu a été rendu public par les responsables du Stade de Mbour. La direction du Stade de Mbour dit réitérer ‘’son pardon à l’Union sportive de Ouakam et à ses supporters par rapport à l’éthique sportive et aux vertus cardinales du sport. Elle entend, par la même occasion, demander l’avancement du dossier entre les mains de la justice en relation avec les familles des victimes’’. (…). Cette ‘’décision prise découle de la volonté de son président d’honneur, le maire de Mbour, Fallou Sylla, des Stadistes de tous bords, des anciens dirigeants, des anciens joueurs, des supporters et du comité des anciens, bref de toutes les composantes du club’’.
 
 L’An 1 du drame
 
Près d’un mois après l’accord exprimé de leur pardon, les Mbourois s’occupaient à organiser l’an 1 de ce drame. Une cérémonie de prières a été initiée. Me Oumar Youm, alors, directeur de Cabinet du président Macky Sall, a représenté l’État à cette cérémonie de commémoration organisée à Mbour en souvenir des victimes. Dans ses propos, il s’était, entre autres, limité à ‘’dire simplement qu’il faut poursuivre dans cette démarche de dignité, responsabilité, d’esprit de dépassement tout en restant ferme sur les droits des victimes et des familles des victimes. Parce que, je pense qu’il n’y a que les victimes et leurs familles qui peuvent accorder le pardon. On ne peut pas leur imposer la clémence et leur pardon. Et puisqu’ils ont déposé leurs plaintes, ce qu’il y a lieu de dire c’est que la justice, dans la plénitude de sa compétence, devrait apporter des réponses aux nombreuses demandes des victimes’’.
 
 La marche silencieuse en hommage aux victimes
 
Une semaine de tristesse s’est écoulée et la population de Mbour a cru bon de rendre hommage aux victimes de ce drame. Une foule immense s’est réunie alors et a marché du Stade municipal à celui qui porte le nom de Caroline Faye. Devant les locaux de ce stade, des déclarations ont été faites.  Parmi les orateurs, l’on peut citer Saliou Samb, alors président du Stade de Mbour. ‘’Le pardon n’exclut pas la justice. Nous avons besoin de justice pour pouvoir continuer à vivre’’, a-t-il déclaré devant la foule, à l’issue de la marche silencieuse organisée par les populations de Mbour. Une occasion qu’il avait mise à profit pour annoncer la plaine introduite par son club. ‘’Le Stade de Mbour a porté plainte. Elle s’est constituée partie civile. Après la période de deuil, nous allons accompagner toutes les familles à constituer un collectif. Les victimes vont porter plainte ensemble pour que justice leur soit rendue’’, avait-il annoncé.
 
L’ultime doléance des parents endeuillés par ce drame
 
 Il y a quelques jours, le Collectif des parents des victimes dudit drame avait brisé le silence pour réclamer justice. Cheikh Samb, porte-parole dudit collectif a profité d’un point de presse organisé ce samedi 3 juillet 2021, pour annoncer qu’un récital de Coran était prévu pour le repos de l’âme. Ce à l’occasion de la commémoration prochaine de la disparition de leurs enfants prévue dans la grande mosquée de Mbour. M. Samb et ses semblables disent réclamer la situation des responsabilités. Ledit collectif exige que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Une affaire qui souffle sa 4e bougie.
Jeudi 15 Juillet 2021
Dakar actu



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