Bras de fer avec l’Exécutif, Conseil constitutionnel, fonds spéciaux… Le maire de Mbour ne ménage pas les députés de la majorité.
Invité au micro de Dakaractu Mbour, Cheikh Issa Sall a livré une charge d’une rare virulence contre les députés de la majorité parlementaire, dans un contexte marqué par les tensions entre l’Assemblée nationale, l’Exécutif et le Conseil constitutionnel.
Pour le maire de Mbour, les dernières initiatives parlementaires traduisent surtout, selon lui, une profonde méconnaissance des procédures et des règles institutionnelles.
« Ils sont incompétents, ils sont même nullards ! », assène Cheikh Issa Sall, qui ne comprend pas que des parlementaires puissent engager certaines procédures sans, au préalable, s’entourer de toutes les garanties juridiques nécessaires.
« Avant d’engager des procédures de la honte, qu’ils consultent de bons juristes ! »
Cheikh Issa Sall est particulièrement remonté contre ce qu’il considère comme des initiatives juridiquement mal préparées.
« Dans des situations pareilles, avant d’enclencher des procédures, il faut d’abord consulter des juristes bien formés. Il faut des gens qui maîtrisent le droit constitutionnel, le droit parlementaire et les procédures. On ne peut pas se lever simplement parce qu’on est député et engager n’importe quelle procédure. »
Et de poursuivre, avec son franc-parler habituel :
« Quand vous engagez des procédures qui sont ensuite rejetées ou déclarées irrecevables, cela devient une procédure de la honte. Il faut quand même avoir la hauteur de consulter des juristes compétents avant de s’engager. »
Pour lui, le mandat parlementaire impose davantage de rigueur et de responsabilité.
« Un député n’est pas quelqu’un qui doit seulement parler. Il doit maîtriser les textes, connaître la Constitution et savoir jusqu’où il peut aller. Si vous avez un doute, vous consultez des juristes. C’est aussi cela, le travail parlementaire. »
« Qu’ils démissionnent et retournent devant le peuple »
Face à ce qu’il considère comme une succession d’erreurs, Cheikh Issa Sall maintient sa proposition radicale :
« Ils doivent démissionner collectivement. »
Selon lui, si les députés de Pastef considèrent qu’ils ont raison dans leur démarche, ils doivent accepter de retourner devant les électeurs.
« Qu’ils démissionnent et retournent devant le peuple ! Le peuple jugera. On ne peut pas continuer à occuper des fonctions aussi importantes et commettre des erreurs pareilles. »
Le maire de Mbour estime surtout que les parlementaires doivent désormais comprendre qu’ils ne sont plus dans une posture d’opposition.
« Quand vous êtes dans l’opposition, vous pouvez critiquer, dénoncer et contester. Mais quand vous êtes au pouvoir, vous avez des responsabilités. Vous devez connaître les règles et permettre aux institutions de fonctionner. »
Fonds spéciaux : « Sonko est versatile »
Cheikh Issa Sall réserve également une partie importante de son intervention à Ousmane Sonko et à la polémique autour des fonds spéciaux.
Sur cette question, il accuse le Premier ministre d’avoir changé de discours depuis son arrivée au pouvoir.
« Ousmane Sonko est versatile sur les fonds spéciaux. Lorsqu’il était dans l’opposition, il a toujours critiqué ces fonds. Il les dénonçait. Mais aujourd’hui qu’il est au pouvoir, non seulement il les utilise, mais il demande des rallonges au président de la République. »
Pour lui, cette évolution pose un sérieux problème de cohérence.
« On ne peut pas dénoncer une pratique pendant des années et, une fois qu’on arrive au pouvoir, l’utiliser à son tour. Il faut être cohérent entre ce qu’on disait hier et ce qu’on fait aujourd’hui. »
« Pendant deux ans, Sonko a bloqué le pays »
Sur le bilan politique d’Ousmane Sonko, le maire de Mbour ne prend pas davantage de précautions.
« Je le dis sans langue de bois : pendant deux ans, Ousmane Sonko a bloqué le pays. Il y avait une confrontation permanente, une tension permanente. Cela ne pouvait pas continuer comme ça. »
Mais selon lui, le président Bassirou Diomaye Faye aurait finalement compris qu'il fallait changer de méthode.
« Heureusement que le président Bassirou Diomaye Faye a compris et a vite changé les donnes. Il fallait sortir de la confrontation permanente et se mettre au travail. Un pays ne peut pas rester bloqué par des querelles politiques. »
« Les Sénégalais veulent des résultats, pas des batailles institutionnelles »
Pour Cheikh Issa Sall, l’essentiel doit désormais être de remettre les préoccupations des Sénégalais au centre de l’action publique.
« Les Sénégalais ne nous ont pas élus pour assister à des querelles entre institutions. Ils veulent du travail, des emplois, des infrastructures, une économie qui fonctionne et une amélioration de leurs conditions de vie. »
Avant de lancer un ultime avertissement aux députés de la majorité :
« Il faut respecter les institutions. Il faut respecter la Constitution. Et surtout, il faut savoir ce qu’on fait avant d’engager une procédure. Quand on ne maîtrise pas une question, on consulte des juristes bien formés. Sinon, on expose l’Assemblée nationale à des procédures qui peuvent devenir une véritable honte. »
Une sortie particulièrement musclée de Cheikh Issa Sall, qui, au micro de Dakaractu Mbour, s’en prend frontalement aux députés de la majorité, les qualifiant de « nullards » et allant jusqu’à réclamer leur démission collective.
Le débat est désormais lancé...