Marché international de l’armement : l’ascension fulgurante des systèmes d’armes Sud-Coréens.

Les manœuvres militaires dénommées « Ulchi Freedom Shield » peuvent paraître banales aux yeux des moins avertis et passer inaperçues. Mais à y voir de plus près, quand la première puissance mondiale tient des exercices conjoints avec son « allié sûr » : la Corée du Sud dont la montée en puissance dans la zone asiatique et la hausse de ses exportations d’armes en Europe et au Moyen Orient, il y a lieu de s’interroger sur les enjeux géopolitiques de l’industrie de l’armement sud-coréen. Comment expliquer la bonne performance de la Corée du Sud en matière d’exportations d’armes ces dernières années ? Un coup d’œil sur ses principaux acquéreurs permet de comprendre la portée d’une telle relation de confiance auprès de ses fournisseurs d’armes.


Les États-Unis et la Corée du Sud ont réalisé en août dernier d’importantes manœuvres militaires conjointes dans le but de renforcer une vieille alliance sur le plan sécuritaire matérialisée par la présence de près de 30.000 soldats américains sur le sol coréen. Pour Séoul ; il s‘agit de consolider la structure de défense commune à travers des exercices et les entraînements sur le terrain.
La Corée du Sud tient en bonne place sur le marché international de l’armement. Une position stratégique qui permet à cette partie de la péninsule coréenne d’imprimer sa marque en Europe, en Asie et dans le reste du monde.
Le mérite de l’industrie de l’armement sud-coréen a été vanté non pas par le gouvernement de Séoul, mais par le ministre polonais de la Défense nationale. En effet, lors de la signature du contrat d'achat d'armement avec la Corée du Sud pour l’acquisition des avions de combat FA-50, des chars de combat K2 et des obusiers automoteurs K9, Mariusz Błaszczak avait soutenu en Juillet 2022 que les systèmes d'armes sud-coréens étaient les mieux adaptés pour répondre aux besoins de défense de son pays. 
Une véritable aubaine pour l’État sud-coréen de pénétrer davantage le marché européen. En effet, étant actionnaire majoritaire de la société KAI (Korea Aerospace Industries), Séoul envisage de faire de Varsovie un hub régional pour la production des avions FA-50 en Europe.
Varsovie justifie le renforcement de son système de défense par la guerre d’Ukraine qui frappe à sa frontière et cherche par tous les moyens à renouveler sa flotte. 
La sécurité est donc ce qui explique que les États se lancent de plus en plus dans la course stratégique à l’armement. Mais pourquoi le choix des systèmes d’armes sud-coréens pour assurer la souveraineté et l’intégrité territoriale ? 
Même si l’opération de charme des systèmes d’armes sud-coréens a véritablement commencé depuis des décennies, c’est surtout les aspects relatifs à la technologie, aux coûts et au calendrier de leurs déploiements qui font de la Corée du Sud un levier militaire non négligeable sur le marché international.
Depuis son entrée sur le marché international de l’armement il y a une décennie, l’industrie de défense sud-coréenne a connu une croissance exponentielle. Cela résulte de leur réussite dans la réalisation de grands ouvrages et programmes nationaux d’équipements, avant de se lancer à l’export. Cette externalisation leur a permis d'acquérir très tôt des compétences technologiques et industrielles grâce aux transferts de technologies. En outre, les entreprises de défense coréennes ont pu bénéficier de la confiance de la part des Etats clients étrangers pour pouvoir décrocher les premiers contrats significatifs.
Avec une moyenne annuelle d’exportations de défense estimée à 2,4 Mds$, la Corée du Sud rejoint le TOP10 Mondial des exportateurs d’armement.
Classé au huitième rang mondial des exportateurs d'armes par le groupe de réflexion économique KE, la Corée du Sud a augmenté ses transferts d’armes, notamment avec ses principaux fournisseurs à savoir le Royaume Uni, les Philippines et la Thaïlande.  
La concentration de la plupart des acteurs dominant l’économie sud-coréenne, sont responsables de la recherche opérationnelle, du développement des systèmes et de la production des armements pour le compte de l’État
Le système automoteur K9 Thunder cal. 155mm/52 qui a fait ses beaux jours dans les années 90, la construction du premier aéronef supersonique F-50 / T-50 et des sous-marins type Chang Bogo traduisent la volonté de Séoul de « coréaniser » la Défense. Les groupes de défense Hanwha et Hyundaï Rotem ont aussi fini de séduire le marché européen de la défense.
Déjà en 2008, le gouvernement coréen avait exprimé son ambition de faire de l’industrie de défense un relais de croissance de l’économie nationale. Ce qui a poussé à la péninsule coréenne à miser sur la rigueur, la performance des armes, la qualité des matériaux et la modernité de l’électronique.
Les exportations des armes ont aujourd’hui évolué et occupent une bonne partie des relations diplomatiques. Les tournées du Chef de l’Etat à l’international se sont soldées par la signature d’importants accords et contrats majeurs. 

Cette nouvelle posture à l’international permet aux groupes de défense coréens de se positionner sur le marché international de l'armement, de peaufiner sa stratégie commerciale et ainsi gagner en compétitivité. Avec un accompagnement significatif de l’Etat aux industriels de l’armement et dans la recherche constante d’un cadre de coopération bilatérale, la Corée du Sud emboîte le pas aux grandes puissances telles que les Etats-Unis, la Russie, la Chine et la France. 

Séoul reste sans doute la vitrine des systèmes d’armement en Asie et continue son ascension fulgurante sur le marché international de l’armement.  
Vendredi 30 Septembre 2022



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