La cherté de la vie n’est plus un ressenti diffus, c’est un fait mesurable dans le panier de la ménagère sénégalaise. Au marché Castors de Dakar, par exemple, le chou qui se vendait à 300 francs, atteint désormais 800 francs le kilo, tandis que d’autres légumes, jadis compris entre 400 et 600 francs, culminent parfois jusqu’à 2 000 francs le kilo. Un constat que les consommateurs qualifient d’alarmant. La viande n’échappe pas à cette flambée. En effet, le kilogramme de bœuf qui se négociait à 4 000 francs il y’a peu de temps, atteint 5 500 francs. Ce qui est une progression de près de 30% sur certains étals de la capitale.
C’est ce contexte de pression continue sur le pouvoir d’achat qui fait naître l’initiative « 30 jours pour le juste prix ». Un mouvement citoyen porté entre autres par Bathie Drizzy. On remarque également qu’il y’a dans ce mouvement un certain Momar Assane qui revendique une mobilisation ayant déjà réuni près de 3 000 consommateurs. En effet, la cause de cette initiative est difficilement contestable. Elle documente bien des écarts injustifiés d’un quartier à l’autre au sein d’une même zone et rejoint une revendication ancienne de l’association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN) dont le président Momar Ndao réclame depuis des années une administration des prix notamment de la viande, du lait, du poisson etc... Aussi, cette initiative intervient dans un contexte où le déploiement des 1 000 volontaires de la consommation, attendus du ministre du commerce, tarde à se concrétiser et laisse les sénégalais livrés à eux-mêmes face aux dérives tarifaires.
C’est précisément là que le bât blesse. La faiblesse relative de la mobilisation lors du premier acte concret du mouvement, « La Marche des paniers vides », interroge sur la capacité de l’initiative à transformer une indignation largement partagée en rapport de force réel. Une cause noble ne suffit pas mécaniquement à produire une foule. Encore faut-il une structuration, un ancrage territorial et une continuité dans l’action que des campagnes essentiellement portées par les réseaux sociaux, peinent parfois à garantir dans la durée.
L’autre fragilité, encore plus corrosive, tient à la lecture politique que certains observateurs font du mouvement. Ce soupçon n’est pas anodin dans un Sénégal où la vie chère a déjà servi de porte d’entrée à des marches ouvertement partisanes. Un soupçon qui s’est trouvé renforcé par la présence du député Guy Marius Sagna, figure identifiée de Pastef ainsi que des influenceurs et partisans proches du mouvement au pouvoir. Une présence qui, au yeux d’une partie de l’opinion, entre en contradiction avec le discours d’apolitisme porté par les initiateurs et sème le doute sur la nature réellement citoyenne, ou en partie instrumentalisée, du mouvement.
Conscient de ce risque, le co-initiateur Bathie Drizzy a explicitement voulu couper court à toute tentative de récupération en indiquant qu’aucun acteur politique n’est derrière le mouvement et a rappelé le caractère volontaire et spontané. Une mise au point, aussi sincère soit-Il, qui se heurte à l’image du terrain. La perception compte autant que l’intention et la présence de figures partisanes reconnaissables, même à titre individuel, suffit à nourrir le soupçon chez les sénégalais méfiants envers toute cause susceptible d’être happée par le clivage politique.
Le risque pour « 30 jours pour le juste prix » est donc double. D’un côté une dilution de sa force de frappe sinon la suspicion de coloration politique dissuade les sénégalais, notamment ceux qui redoutent d’être instrumentalisés, de rejoindre le mouvement. De l’autre, un essoufflement si l’initiative ne parvient pas à traduire l’indignation numérique en actions tangibles et mesurables, à l’image de la plateforme citoyenne de suivi des prix que ses initiateurs annoncent pour documenter et transmettre les signalements aux autorités compétentes.