Stocks envolés, vitrines brisées, trésoreries menacées : alors que les représentants du commerce évaluent déjà les dégâts causés par les violences du week-end en France, le gouvernement a annoncé une première série de mesures à destination d'un secteur sous le choc.
« Il n'est pas question qu'il y ait de la casse sociale dans cette affaire », a déclaré Sébastien Lecornu à l'issue d'une cellule interministérielle de crise, lundi 19 octobre. « Nous allons débloquer un fonds de soutien spécifique pour l'ensemble de ces commerces », a ajouté le Premier ministre, car « bon nombre de commerçants avaient déjà fait leur stock, y compris pour Noël » et « il y a un besoin de trésorerie ».
« Sans doute 3 000 commerces vandalisés au moins »
Alors que les pillages se sont poursuivis dimanche à Paris, Marseille, Lyon et Nantes, le Premier ministre a annoncé le déblocage du chômage partiel à 100% dès mardi pour les commerces touchés. En parallèle, le ministre du Commerce, Serge Papin, a réuni lundi matin à Bercy les représentants des commerçants, artisans, restaurateurs et hôteliers ainsi que les banques et assurances.
Des professionnels qui appellent à un retour au calme immédiat Alors que la coordination des gilets jaunes a annoncé un « acte II » de la mobilisation samedi 24 octobre, ainsi que pour le 31 octobre, les représentants des commerçants, artisans, restaurateurs et hôteliers appellent à rétablir le calme. Sébastien Lecornu a, lui, annoncé avoir demandé aux préfets de « déclencher un certain nombre de couvre-feux » ce lundi soir, « partiels » et « localisés » afin de protéger notamment les commerces.
Dans la capitale, le BHV Marais a fait savoir à l'AFP qu'une « trentaine de personnes a enfoncé l'entrée » de l'emblématique grand magasin parisien dimanche. Ils ont « saccagé le rez-de-chaussée du magasin. Le bâtiment a été dégradé à l'extérieur, et de nombreux vols de marchandises ont été commis », a indiqué la direction, qui a appelé à « respecter le travail des 700 salariés au BHV qui se battent chaque jour pour redresser le magasin ».
Les petits commerces en première ligne face aux dégradations
Dans plusieurs villes de France, les petits commerces n'ont pas été épargnés par les dégradations. Certains ont été totalement pillés, comme ce fut le cas par exemple sur le boulevard Magenta, à Paris. Des violences qui posent la question de la protection des devantures de commerces en vue de la mobilisation du week-end prochain. Le risque, notamment pour les petits commerces, est de ne pas pouvoir tenir et de devoir tirer le rideau définitivement.
Les représentants des commerçants, artisans, restaurateurs et hôteliers appellent à aller vite. Le président du réseau des chambres de commerce et d'industrie en France, Alain Di Crescenzo, a indiqué qu'il allait appeler à un retour au calme et demander des mesures de soutien d'urgence pour les commerçants touchés, notamment une mobilisation rapide des assureurs, la mise en place de fonds d'intervention et l'octroi de prêts à taux bonifiés afin d'aider les entreprises à faire face aux dégâts.
« On a besoin de solidarité, d'unité et on a besoin aussi d'accélération, d'accélération des procédures pour pouvoir gérer le chômage partiel, pour le remboursement par les assurances. On a besoin d'aide », a plaidé lundi matin sur BFM Business la déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), Judith Jiguet.
Des professionnels qui veulent aller vite
« On a besoin effectivement de l'accélération de tous les processus de remboursement des assurances, bien sûr, mais on a aussi un secteur qui est extrêmement grevé fiscalement. C'est le secteur le plus imposé. Et bien, peut-être qu'il y a à réfléchir effectivement sur un moratoire, notamment pour ces commerces touchés », a poursuivi Judith Jiguet.
Dès lundi matin, le groupe Crédit Agricole a annoncé qu'il allait mettre en place des mesures pour « soulager » les besoins de trésorerie des commerces touchés, avec notamment un moratoire sur les remboursements de crédits et une ligne de crédit d'urgence à 2,5%, pouvant aller jusqu'à 20 000 euros, déblocable sous 48 heures. Les terminaux de paiement électronique endommagés ou volés seront également « remplacés gratuitement sous 48 heures », a ajouté la banque dans un communiqué.
Un conseil exceptionnel des entreprises est prévu mardi 20 octobre et doit réunir notamment les ministres de l'Économie, du Commerce et du Travail.