Au moins dix civils ont été exécutés dimanche dans le centre du Mali par des militaires maliens et des paramilitaires russes, et leurs corps dissimulés dans des sacs ont été jetés dans une rivière, ont affirmé mardi à l'AFP des sources sécuritaire et locales.
"Onze civils ont été exécutés dimanche par un détachement de l'armée qui venait dans la localité pour assurer la relève", a déclaré à l'AFP un habitant de Ké-Macina, dans la région de Ségou (centre).
Dirigé par une junte à la suite de deux coups d'Etat en 2020 et 2021, le Mali a tourné le dos à ses partenaires occidentaux et s'est rapproché de la Russie, dont les paramilitaires de l'Africa Corps l'aident dans sa lutte contre les jihadistes.
Les militaires sont arrivés au pouvoir au Mali sur la promesse de rétablir la sécurité intérieure et de maintenir son intégrité territoriale, sans y parvenir jusqu'à présent.
L'armée malienne et les paramilitaires d'Africa Corps ont été plusieurs fois accusés ces dernières années par des organisations de défense des droits humains d'avoir tué des civils au cours d'opérations au Mali.
Selon l'oncle d'une des victimes interrogé par l'AFP, "les dix jeunes (avaient) été arrêtés quatre jours avant" par l'armée. "Ils étaient soupçonnés d'informer les jihadistes", a-t-il ajouté.
"Les militaires maliens et les Russes ont arrêté ces jeunes avant de les abattre. C'est un jeune qui a pu se sauver qui a témoigné", a ajouté ce proche.
Un élu local a également accusé les FAMa (Forces armées maliennes) et des membres de l'Africa Corps d'avoir été responsables de la tuerie.
"Encore une fois, les Russes et les FAMa ont tué des civils innocents. Ils ont mis les corps dans des sacs pour les jeter dans une rivière (...); les autorités ont été informées", a-t-il dit à l'AFP.
Un autre élu local contacté par l'AFP a de son côté raconté que les "onze corps" avaient été "découverts dans des sacs dans un marigot" après que les autorités locales étaient intervenues plusieurs fois auprès de la "gendarmerie et des militaires".
"Ces derniers ont fini par conduire les gens sur le lieu où se trouvaient les dix corps et ont fini par remettre certains effets personnels des victimes. C'est le désarroi", a ajouté cette source.
Une source sécuritaire interrogée par l'AFP a affirmé que les victimes avaient été "égorgées".
"Les militaires ont d'abord fait croire que leur disparition était l'oeuvre des jihadistes avant de se décider à montrer les corps sous la pression de toute la population", a commenté un proche d'une des victimes.
Le Mali est en proie depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire nourrie notamment par les violences de groupes affiliés aux organisations jihadistes Al-Qaïda et Etat islamique, ainsi que de bandes criminelles communautaires et de mouvements indépendantistes de Touaregs.
Ce pays est plongé dans une situation sécuritaire encore plus critique depuis fin avril 2026.
Les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, alliés aux Touaregs indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) avaient alors lancé une série d'attaques coordonnées et meurtrières d'ampleur contre des positions stratégiques de la junte et de l'armée dans plusieurs villes, y compris aux abords de Bamako, la capitale.