Macky Sall à l’ONU : « Le soutien du Sénégal transforme une candidature individuelle en projet national » ( Dr Ousmane Kane )

Ancien haut fonctionnaire des Nations Unies, le Dr Ousmane Kane estime que le soutien officiel accordé par le Sénégal change profondément la nature et la portée de la candidature de Macky Sall. Il rappelle toutefois que cet appui institutionnel ne préjuge en rien de l’issue d’une compétition soumise aux équilibres africains et aux rapports de force entre grandes puissances.


Une nouvelle légitimité institutionnelle
Le soutien officiel du Sénégal apporte à la candidature de Macky Sall une dimension qu’elle ne possédait pas jusque-là.
Dans un entretien accordé à L’Observateur, le Dr Ousmane Kane, ancien haut fonctionnaire des Nations Unies et ancien conseiller principal au Département d’État américain, considère que la décision du président Bassirou Diomaye Faye lève toute ambiguïté sur le caractère national de la démarche.
Désormais, la candidature peut être portée par la présidence de la République, le ministère des Affaires étrangères, les ambassades et les représentations permanentes du Sénégal.
L’appareil diplomatique peut entrer en action
Cette officialisation permet au réseau diplomatique sénégalais de défendre ouvertement Macky Sall auprès des gouvernements, des organisations régionales et des partenaires stratégiques.
Le soutien d’un État ouvre des portes et facilite les consultations. Il permet également au candidat d’être présenté non plus comme une personnalité agissant pour son propre compte, mais comme le représentant d’une ambition diplomatique nationale.
Toutefois, prévient le Dr Ousmane Kane, cet appui ne détermine pas automatiquement l’issue de la procédure. La désignation du Secrétaire général des Nations Unies demeure l’un des exercices diplomatiques les plus complexes du système multilatéral.
Construire un consensus africain
La première bataille de Macky Sall sera celle du continent africain. Il devra obtenir un soutien suffisamment large pour apparaître comme un candidat capable de porter les préoccupations de l’Afrique.
Cette étape suppose de convaincre des pays dont les intérêts peuvent différer selon les régions, les alliances et les priorités diplomatiques.
Une candidature divisant fortement le continent risquerait de perdre en crédibilité face aux autres blocs. À l’inverse, un large consensus africain permettrait à Macky Sall d’aborder les consultations internationales avec une base politique plus solide.
Convaincre les membres permanents
La candidature devra également tenir compte du rôle central des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Le candidat choisi devra être acceptable pour des puissances ayant des intérêts géopolitiques parfois opposés. Il devra donc démontrer sa capacité à dialoguer avec tous les camps, à préserver son indépendance et à comprendre les grands équilibres internationaux.
L’enjeu consiste à éviter qu’un veto ou une opposition majeure ne bloque la candidature au cours du processus.
Un programme de réforme attendu
Pour Ousmane Kane, Macky Sall ne pourra pas s’appuyer uniquement sur son bilan personnel ou son expérience de chef d’État. Il devra présenter une vision claire de l’avenir des Nations Unies.
Le prochain Secrétaire général devra faire face à la multiplication des conflits armés, à la paralysie du Conseil de sécurité sur plusieurs crises, à la fragilisation du multilatéralisme, aux difficultés de financement et à la perte de confiance envers les institutions internationales.
Les fractures entre le Nord et le Sud, les transformations climatiques, technologiques, économiques et sécuritaires devront également occuper une place centrale dans son programme.
Une opportunité diplomatique pour le Sénégal
Au-delà de la personnalité de Macky Sall, cette candidature peut contribuer à renforcer l’image diplomatique du Sénégal.
Le pays pourrait utiliser cette campagne pour relancer son réseau de partenaires, défendre la voix de l’Afrique et accroître son influence dans les débats internationaux.
La candidature pourrait aussi compléter les responsabilités régionales exercées par le Sénégal et lui permettre de jouer un rôle plus visible dans les efforts de médiation, d’intégration et de réforme du multilatéralisme.
Pour le Dr Ousmane Kane, le soutien officiel ouvre donc une nouvelle phase : celle d’une campagne structurée, exigeante et portée par les institutions d’un État.
Mardi 21 Juillet 2026
Dakaractu