Ma Réponse à l’interpellation de J . M . Biagui : De quel « protectorat » parles – tu en Casamance ?


J’étais surpris de l’interpellation publique de mon frère J. M. Biagui  sur la Casamance, alors que nous avions, de longue date,  l’habitude  de nous rencontrer  pour échanger  à son sujet.
Une fois n’étant pas coutume, j’espère que nous continuerons à nous rencontrer pour échanger, malgré cette interpellation à laquelle je réponds volontiers.
 Ainsi, il a écrit : « « Quant au protectorat, et pour faire court et simple, il est, dans son acception juridique, l’institution en vertu de laquelle un Etat en prend un autre sous sa protection, pour le défendre soit contre les agressions extérieures, soit contre les troubles intérieurs, soit contre les deux à la fois. Les pays sous protectorat échappent ainsi à leur annexion pure et simple, sous la forme de colonies, par la puissance protectrice, celle-ci leur octroyant un tout autre statut, le protectorat, qui leur permet alors de préserver leur identité ou leur individualité propre (notamment en ce qui concerne leur organisation interne ou leurs relations diplomatiques), tout en étant cependant des subordonnés du pays protecteur » .
Si la définition qu’il a donnée du « Protectorat » est correcte, en quoi cela s’applique t – il  à la Casamance ?
Que je sache, durant toute la période coloniale,  il n’a  existé nulle part un «  Etat de la Casamance » pour qu’il puisse être sous « Protectorat ».   
Même le petit rappel historique, ci  dessous,  qu’il a évoqué,  ne parle nulle part de  «  Protectorat avec la Casamance », mais parle  de séries de « Protectorats »  différents individuels,   avec  des   « Chefs coutumiers » de différentes localités,  situées géographiquement en Casamance, que lui-même   n’assimile pas  à des «  Chefs d’Etat » en les citant comme «  Chefs coutumiers » !
C’est ainsi qu’il dit, « un petit détour historique par la Casamance nous permettrait certainement, fût-ce au détour d’une conversation à titre posthume avec l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, de (re)découvrir que pas moins de trente et un (31) traités de protectorat y avaient été signés jadis entre la France et des rois, des suzerains et autres chefs coutumiers. Les plus célèbres d’entre ces traités, hormis le tout premier signé à Brin avec le chef Kayounou (29 mars 1828), furent alors : le traité de protectorat avec le Boudhié (4 février 1850), le traité de protectorat avec Moussa Molo Baldé (3 novembre 1883) et les deux traités de protectorat avec Fodé Kaba Dumbuya (26 mars 1891 et 7 mai 1893).
Depuis quand donc ces différents  « Chefs coutumiers »  se sont ils réunis,  durant la colonisation,    pour fonder  « l’Etat de Casamance »  qui serait sous « Protectorat » ?
Il n’y a donc pas de bases historiques ou juridiques pour affirmer l’existence  de «  Protectorat »  de la Casamance,  qui pourrait fonder  la revendication de transformer  « l’ Etat  de Casamance »   sous « Protectorat »,  en «  Etat indépendant et souverain ».
Ce n’est donc pas pour rien que les fondateurs historiques  du «  Mouvement Démocratique de la Casamance »  (MFDC),   ont fusionné leur  Parti dans celui de L.S. Senghor, le « Bloc Démocratique Sénégalais » (BDS)  pour  gouverner le Premier « Etat autonome du Sénégal »  en 1957, dont l’autorité s’exerçait  sur toute l’étendue du territoire actuel du Sénégal, y compris la Casamance.
D’ailleurs, c’est dans le BDS, devenu  « Union Progressiste  Sénégalaise »(UPS) en perspective du Référendum du 28 Septembre 1958,  qu’ils ont participé  à faire voter le rejet de l’Indépendance nationale par une majorité écrasante du peuple Sénégalais, dont ceux  vivants en en Casamance.
Le paradoxe, c’est qu’aujourd’hui, des Sénégalais de Casamance  qui revendiquent leur héritage et fondent sur leur combat leur légitimité historique, se mobilisent pour l’ « Indépendance de la Casamance » !
Ont-ils oublié que les pères fondateurs du MFDC dont ils se revendiquent, avaient  accepté, toujours au sein de l’UPS, « l’octroi   de l’Indépendance  au Sénégal » en 1960, par la France pour qu’ils gouvernent le pays, à la place de ceux qui avaient mobilisé le peuple pour l’indépendance nationale en 1958 ! 
Donc, la Casamance,  comme « Etat sous Protectorat »  n’a jamais existéet  les forces vives qui y sont originaires, organisées au sein du MFDC fusionné dans le BDS devenu UPS, ont participé à toutes les  étapes de la lutte du peuple Sénégalais  pour son Indépendance dans les limites des frontières héritées du colonialisme Français.
Mais, si  aujourd’hui des fils  issus de la région de Casamance  réclame son indépendance du reste du Sénégal, ils en ont  le Droit, comme tous les autres ressortissants des autres  régions du  Sénégal qui en éprouveraient le besoin, mais ils n’ont aucune légitimité historique pour fonder pareille revendication.   
Une telle revendication  est anti Africaine,  selon le principe adopté en 1964 par l’ « Organisation de l’Unité Africaine » (OUA, devenue aujourd’hui  « Union Africaine » ou UA), qui a érigé en norme, «  le respect des frontières  des Etats, héritées du colonialisme ».
D‘ailleurs, toi-même, conscient de tout cela,  et courageusement, tu as décidé  de transformer le MFDC en mouvement politique qui renonce à l’Indépendance de la Casamance, au  profit  du Etat  Sénégalais  Fédéraliste,  dans  le cadre  de ses frontières hérités du colonialisme!
D’où mon étonnement de voir tes raisonnements tendant à vouloir fonder le « Droit à l’Indépendance de la Casamance » à partir  de son « statut de Protectorat »,  que tu opposes à mon analyse sur le « statut spécial de Touba » fondé  sur sa nature de « propriété privée » de la famille de Khadimu Rassoul.
Encore une fois, la Casamance n’a ni «  statut de Protectorat »,  ni de «  propriété privée du MFDC », pour fonder la légitimité d’un «  statut spécial ».
Par contre, je reconnais que la comparaison que j’ai faite avec le Vatican est un peu «  tirée par les cheveux »,   puisqu’il est,  à la fois «  propriété privée de l’Eglise », «  citée religieuse »,  et « Etat souverain »  sur sa propriété, alors que Touba est, à la fois «  propriété privée », de la famille de Bamba et «  citée religieuse ».
Les lois de la République, en Italie comme au Sénégal,  ne peuvent pas ne pas tenir compte de ces «  statuts spéciaux »  de Communautés   sur leur territoireEt, c’est cela le fonds de mon analyse en évoquant le Vatican.
            
Fraternellement !


Ibrahima SENE  PIT/SENEGAL
                                                                         Dakar le 2 juillet 2014
 
 
 
Mercredi 2 Juillet 2014
Daddy Diop