MOÏSE SARR, SECRÉTAIRE D’ÉTAT AUX SÉNÉGALAIS DE L’EXTÉRIEUR : « On est en train d’accuser à tort le gouvernement sénégalais »

De retour au Sénégal après une «tournée diplomatique» qui l’a mené au Maroc, puis en Espagne, le Secrétaire d’Etat aux Sénégalais de l’extérieur, Moïse Sarr, fait le bilan de ses voyages avec L’Observateur. Dans cet entretien réalisé via mail, le ministre évoque également le décret italien pour raccourcir les délais de rapatriement, de deux ans à quatre mois au maximum.


MOÏSE SARR, SECRÉTAIRE D’ÉTAT AUX SÉNÉGALAIS DE L’EXTÉRIEUR : « On est en train d’accuser à tort le gouvernement sénégalais »

Lors d’une conférence de presse vendredi dernier, le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a fait cas d’un nouveau décret pris par son pays pour raccourcir les délais de rapatriement. Parlant de l’aide au rapatriement, il a évoqué des conventions signées avec le Sénégal dans ce sens. Quelle lecture en faites-vous ?

 

 

Je suis au regret de constater qu’on on est en train d’accuser à tort le gouvernement sénégalais et Son Excellence le Président de la République, Macky Sall. Le décret de rapatriement signé par le Ministre italien, dit ceci en substance : « Pour obtenir une carte de séjour (asile) alors que l’on vient d’un pays sûr, il faudra prouver qu’un retour dans son pays d’origine pourrait causer un préjudice grave ». 

Dès lors, ce décret opère un renversement de la charge de la preuve dans la procédure de demande d’asile. Ainsi, contrairement à ce qui est véhiculé, il s’agit d’un décret d’un gouvernement souverain et non d’un quelconque accord avec notre pays. Nous n’avons jamais été saisi à ce propos, encore moins signé une convention ou un accord dans ce sens. C’est une décision souveraine de l’Italie sur les conditions de séjour des étrangers sur son territoire, tout comme notre pays a fixé les conditions d’entrée, de sortie et de séjour de nos hôtes étrangers vivant parmi nous.

 

Vous avez effectué une visite de travail en Espagne concernant l’immigration et rencontré votre homologue espagnol. Qu’est-ce qui est sorti de cette rencontre?

 

A la suite de M. Amadou Ba, ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, qui a séjourné en Espagne le 19 septembre 2019, je me suis rendu en Espagne en vue de rencontrer nos compatriotes, pour m’enquérir de leurs préoccupations, mais également les entretenir de la vision du Président de la République relative à la gestion et à la promotion des Sénégalais de l’Extérieur. 

En ce qui concerne ma rencontre avec mon homologue d’Espagne, nous avons passé en revue la coopération entre nos deux pays, exemplaire à plus d’un titre, mais dont le volet migration circulaire a failli être écorné par la défection de 29 des 47 jeunes travailleurs sélectionnés dans le cadre du programme « travailleurs saisonniers ». 

Nous avons déploré cette situation et sommes convenus de travailler à une approche plus rigoureuse dans le processus de sélection et de formation des candidats. En effet, mon homologue a porté à ma connaissance que dans le cadre de son plan Stratégique 2019-2030, l’Espagne comprend le Sénégal parmi les pays prioritaires. Sous ce rapport, les autorités espagnoles restent déterminées et engagées à poursuivre cette coopération, du reste exemplaire à plus d’un titre.

 

Qu’est-ce que le Sénégal a proposé à son tour, surtout par rapport à la migration circulaire ?

 

Pour ma part, j’ai réaffirmé l’engagement des plus hautes autorités de notre pays pour la poursuite de ce programme, avec une vraie prise de conscience, mais aussi et surtout un engagement fort pour évaluer, corriger et relancer, avec les meilleures chances de succès, le programme «gecco». L’exemple de la migration circulaire avec le royaume du Maroc, qui a envoyé cette année plus de quinze mille travailleurs saisonniers en Espagne, est plus qu’inspirant. 

Nous pouvons y arriver, avec plus de rigueur, plus d’encadrement et plus d’accompagnement, au grand bonheur de certains de nos jeunes. 

Pour ce faire, j’ai également demandé à la partie espagnole de bien vouloir prendre en compte les aspects liés à la pénibilité du travail sur les sites de production, les aspects sanitaires et l ́hébergement, en impliquant davantage nos autorités diplomatiques et consulaires en Espagne, qui pourraient assurer le suivi régulier par des visites fréquentes sur site. 

Dans la perspective de la relance du programme, une réflexion plus élargie, avec tous les acteurs, que sont le ministère de la Jeunesse, le ministère du Travail, le ministère de l ́Intérieur et les Affaires étrangères, pourrait être menée en profondeur afin d ́améliorer le dispositif opérationnel, seul gage de réussite, dans l’intérêt de nos deux pays.

 

Avez-vous rencontré les Sénégalais d’Espagne pour vous enquérir de leur situation ?

 

J’ai eu une rencontre fructueuse, d’échanges francs, sincères et constructifs avec les responsables des grandes associations des Sénégalais vivant en Espagne, ainsi qu’avec les représentants de la grande Fédération mouride et du dahira Tidiane de Madrid. 

 

Je voudrais au passage remercier ces responsables pour leur patriotisme car ils ont sacrifié de leur temps pour me permettre d’échanger avec eux sur leurs principales préoccupations relatives à l’accès au logement, l’assurance rapatriement, la convention sur la sécurité sociale en cours de négociation, l’équivalence des diplômes, la question des permis de conduire, l’amélioration de la qualité des services offerts par nos consulats, notamment la délivrance des passeports et la réorientation de leurs envois d’argent vers les secteurs productifs. 

 

Nous avons également échangé sur les possibilités d’une meilleure implication des Sénégalais de l’extérieur dans la gestion des questions qui les concernent, sans oublier l’organisation de colonies de vacances pour leurs enfants au Sénégal pour leur permettre à la fois de se ressourcer et de garder un lien étroit avec la mère patrie. 

 

En outre, des contacts ont été noués avec des personnes ressources comme le député espagnol d’origine sénégalaise, M. Luc André Dioh et M. Bamba Dione, représentant de l’association Horizons sans Frontières. Cette structure a d’ailleurs sorti un communiqué pour nous encourager à poursuivre notre démarche basée sur l’écoute, l’échange et la co-construction.

 

Avant Madrid, vous étiez à Rabat au Maroc où vous avez abordé avec votre homologue des questions d’intérêt commun relatives à la gestion de vos diasporas respectives. Pouvez-vous revenir sur cela ?

 

J’ai effectivement séjourné à Rabat et à Casablanca au Maroc, les 26 et 27 septembre 2019, dans le cadre de la deuxième édition du Forum de la Diaspora sénégalaise au Maroc. A cette occasion, il m’a été donné de m’entretenir avec mon homologue marocain. Effectivement, nous avons évoqué des questions d’intérêt commun relatives à la gestion de nos diasporas respectives et à la collaboration entre nos deux pays dans le cadre de la coopération Sud-Sud en matière de migration. 

Il a également été question d’un partage d’expériences dans la gestion de nos diasporas respectives. 

Sur toutes ces questions, nous avons pu constater une convergence de vues et une réelle volonté de hisser notre coopération à un niveau exemplaire. Il va sans dire que la protection et l’assistance de nos compatriotes ont été au cœur de nos discussions et je profite de l’occasion pour remercier encore, au nom de SEM Macky Sall, sa Majesté le Roi Mohamed VI pour l’attention toute particulière qu’il porte à notre communauté.

 

Oui, mais qu’est-ce que l’Etat du Sénégal a prévu de faire concrètement pour la gestion des Sénégalais du Maroc ?

 

En ce qui concerne la gestion de nos compatriotes au Maroc, nous avons ouvert et inauguré, grâce à un partenariat entre la Dgase, Giz et Expertise France, un Bureau d’Appui aux Sénégalais de l’Extérieur. Ce guichet implanté dans les locaux de notre consulat général à Casablanca, est consacré exclusivement à la promotion et à l’investissement de nos compatriotes. Dès lors, il nous permettra, entre autres, de réfléchir davantage sur les possibilités d’une bancarisation entre les structures d’envois de fonds du Sénégal et du Maroc et d’un encadrement des envois de fonds des migrants, surtout vers des canaux légaux ; encadrer de façon plus soutenue nos compatriotes sur leurs droits en ce qui concerne leur établissement au Maroc et la législation marocaine du travail ; développer des projets structurants dans les domaines des téléservices qui pourraient bénéficier d’un accompagnement de la part des départements ministériels ; faciliter une insertion économique de nos compatriotes via les réseaux de Sénégalais bien introduits dans le secteur privé marocain; revitaliser et développer l’idée d’une souscription à une police d’assurance maladie et rapatriement de corps ; mettre en place, un cadre de concertation, sous l’impulsion du Consul Général, qui regroupera les représentants d’associations, de dahiras, des personnes ressources.

 

L’OBSERVATEUR

Mercredi 9 Octobre 2019
Dakaractu



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