Lycée de Kébémer : Risques de remous sur l'établissement après l'agression d'une enseignante.


Une affaire d'agression survenue au début de la première quinzaine du mois de mai, opposant une professeure de philosophie répondant au nom de Nd.A.D. et son élève en classe de terminale L2, S. A., avait ces derniers jours enclenché un mouvement d'humeur au Lycée de Kébémer. 

En effet, après une altercation consécutive à son renvoi pour un retard jugé volontaire, l'élève a étranglé par derrière son enseignante avant de la rouer de coups. 

 

Face à cette agression, la victime qui s'est sentie humiliée devant ses élèves a saisi l'administration du lycée d'un rapport demandant l'exclusion définitive de l'élève. Aux fins d'examen de la requête de l'enseignante et auditionner l'élève S.A., le conseil de discipline du lycée s'est réuni, le mardi 11 mai, pour statuer sur cette affaire. Après avoir pris en compte la version de l'élève qui reconnaît les faits et qui dit regretter son acte en précisant qu'il était juste parti emprunter un stylo dans les classes voisines pour assister au cours de philosophie jugé indispensable pour le baccalauréat, le conseil disciplinaire a décidé du renvoi temporaire de l'élève pour une durée de 7 jours et lui a notifié l'exigence de se faire consulter auprès d'un spécialiste médical pour évaluer son état de santé psychologique avant de lui faire changer de classe. 

 

Pour ce qui est de l'exclusion définitive de l'établissement, le conseil n'a pas jugé nécessaire de matérialiser la demande du fait que la plupart des enseignants ont présenté l'apprenant comme un modèle depuis ses trois (3) années de présence au sein du Lycée de Kébémer.

 

La victime désapprouve le Conseil de discipline du lycée de Kébémer et alerte sur sa volonté de poursuivre une procédure pénale.

 

Sentie lâchée dans cette affaire par l'administration du lycée de Kébémer, l'enseignante a tenu dans une lettre ouverte à apporter sa part de vérité s'opposant totalement aux décisions du conseil disciplinaire. Dans la requête, le professeur de philosophie a précisé avoir "lu dans le rapport du conseil que sa demande a été de changer l'élève de classe ce qui est ABSOLUMENT faux", a-t-elle expliqué.

 

"Lorsque l'élève S.A a défié mon autorité, ma dignité devant ses camarades, mes élèves, l'administration du Lycée de Kébémer a jugé bon de la mettre à plat en cherchant des excuses aussi excentriques que déplacées à son comportement. Impuissante et seule devant ce bloc qui se formait autour de l'élève dont les tuteurs sont de l'administration et de l'IA, j'ai décidé de poursuivre mon idée d'enclencher une procédure pénale", a écrit N.A.D. 

 

"L'administration qui représente l'État à travers son autorité, avait le devoir de me protéger. Au lieu de cela, elle a préféré traîner les pieds, dealer sur mon dos oui c'était un deal et m'exposer ainsi au jugement (peut-être même à la colère) de la population de Kébémer. Par sa posture partisane, l'administration a ruiné l'équilibre que je m'étais construite dans cette ville", a confié la l'enseignante.

 

Le SUDES / Kébémer se solidarise et exige des sanctions à la hauteur de la faute commise.

 

Joint par Dakaractu, le coordonnateur du Syndicat Unique des Enseignants du Sénégal (SUDES) de la section départementale de Kébémer, Modou Sall, a qualifié l'agression de l'élève Sohibou Amar d'atteinte à la dignité du corps enseignant.

 

"Nous délégués et représentants des syndicats, nous avons demandé à ce que l’élève soit sanctionné de facon exemplaire et c’est ce qui a été à l’origine du mouvement d’humeur constaté ici au niveau du Lycée de Kébémer", a plaidé le coordonnateur du SUDES de la section départementale de Kébémer, néanmoins professeur d'histoire et de géographie au niveau du Lycée. Modou Sall est notamment revenu sur la lettre de son collègue.

 

"Nous avons reçu cette lettre que notre collègue a déposé pour dire simplement que la décision qui a été prise dans le conseil de discipline allait plus de le sens de protéger l’élève parce que nous savons que notre collègue est malade et devait avoir la même protection sur le plan de la rédaction du PV que l’élève mais nous avons senti que c’était plus des circonstances atténuantes pour l’élève que pour la collègue qui a été agressée et c’est cela qui a donc motivé sa réaction d’écrire à nouveau une lettre et de l’adresser à ceux qui étaient chargés de la crise et à juste raison parce que notre collègue a subi un certain traumatisme et doit être appuyée et soutenue par tous les acteurs de ce système", a-t-il expliqué.

 

Sur la volonté de la victime de poursuivre son idée d’enclencher une procédure pénale comme elle l'a annoncé dans lettre adressée à l'administration du lycée, le coordonnateur du SUDES adhère.

 

"La procédure pénale est du ressort de la plaignante, c’est elle qui juge de l’opportunité de saisir la justice ou non, mais nous à notre niveau nous attendons à ce que l'élève soit sanctionné à la hauteur de sa faute. La victime a demandé à ce qu'il soit exclu définitivement de l'établissement et nous nous attendons à ce que sa demande soit exécutée", a plaidé Modou Sall.

 

Modou Sall a notamment rappelé que suite à l'agression, une réunion de crise a été tenue le 19 mai avec le représentant de l’IEF, la proviseure du lycée, le censeur, le président du collectif des chefs d’établissement, le président de l'APE local et celui départemental, les parents d'élèves ainsi que les délégués des professeurs et les représentants de syndicats.

 

Dans une note rendue officielle, les délégués syndicaux et du corps professoral ont indiqué rester fermes sur leur proposition consistant à demander qu’une sanction exemplaire soit prise et à la hauteur de la faute commise, sans quoi ils déserteront les classes et boycotteront les compositions. Ces derniers avaient relevé qu'au vu de la gravité des faits et avec l'impérieuse nécessité de protéger leur collègue victime d'agression, la décision d’exclusion de l’élève d’une semaine était jugée très insuffisante et que des risques de perturbations liées au retour en classe de l’élève étaient prévisibles. 

 

Pour sa part, la Proviseure du lycée avait précisé qu’avant d’envisager un retour de l’élève en classe, et comme précisé dans le Pv du conseil de discipline en date du mercredi 12 mai 2021, l’élève en question devait être consulté par un psychiatre, seul habilité à fournir des précisions sur l’effectivité de ses troubles mentaux. Dakaractu a tenté vainement d'entrer en contact avec la proviseure du lycée pour recueillir la version de l'administration.

 

Aux dernières nouvelles, l'élève S.A a repris les cours, il y'a lieu maintenant de savoir si l'établissement va connaître ou pas des remous dans les prochaines heures.

Mercredi 26 Mai 2021
Dakaractu



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