Licences de Pêche : L'avis Scientifique du Crodt qui prend le contre pied du ministre.


Par correspondance n°110 D-CRODT du 27 mai 2020, le Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT) a réagi à la saisine officielle de la Coalition (courrier GAIPES-S.G. AD/SDS/028/2020 du 11 mai 2020) demandant un éclairage de la Recherche sur l’état de nos principales ressources halieutiques. 

Les Chercheurs du CRODT sont formels : les stocks de Sardinelle plate (yaboy tass), de sardinelle ronde (yaboy meureug) et de Merlu (banana) sont surexploités (Tableau I).

En d’autres termes, les stocks de yaboy tass (Sardinelle plate), de yaboy meureug (Sardinelle ronde) et de Merlu (banana) n’offrent pas un reliquat pouvant justifier l’octroi de nouvelles licences de pêche. La recherche recommande, par ailleurs, une réduction de l’effort de pêche actuel sur ces espèces.

Tableau I. Avis de la Recherche sur l’état d’exploitation des ressources de pélagiques côtières et de merlus
 

Espèces

Etat d’exploitation

Recommandations de la Recherche

Ressources pélagiques côtières (stocks partagés)

Sardinelle ronde (Sardinella aurita)

Surexploité

 

La mortalité de pêche exercée sur ces stocks soit réduite pour tous les segments des flottilles de la sous-région

Sardinelle plate (Sardinella mederensis)

Surexploité

Maquereau 

(Scomber colias)

Pleinement exploité

Il est recommandé de ne pas dépasser la moyenne des captures des deux dernières années soit 340 000 tonnes en 2016 au niveau de toute la sous-région  

Ethmalose

(Ethmalosa fimbriata)

Surexploité 

L’effort soit réduit par rapport au niveau actuel, ce qui permettrait à l’ethmalose d’avoir un niveau de biomasse capable d’assurer la durabilité au niveau de la sous-région

Chinchards 

(Trachirus trecae)

Surexploité 

Une réduction de l’effort de pêche est recommandée dans la sous-région

Ressources démersales profondes

Merlus noirs (Merluccius spp)

Surexploité

Le Groupe de travail recommande une diminution de 15% de l’effort de pêche et une diminution de la capture pour atteindre un niveau de capture soutenable (MSY)

(Veuillez trouver le tableau complet en annexe)

Ainsi, il s’avère que les attributions de licences dans des conditions obscures sur la période 2018- 2020 ont contribué à aggraver la situation de surexploitation des sardinelles et du merlu. 

Par conséquent, considérant l’avis de la Recherche et en application des principes de durabilité et de gestion prudentielle, délivrer des licences de pêche sur ces ressources déjà mal en point, malgré les alertes persistantes des professionnels de la pêche, c’est :

  • précipiter l’effondrement des stocks de poisson et compromettre la pérennité de l’activité de pêche;
  • remettre en cause les conventions et engagements du Sénégal en la matière au niveau international;
  • violer la Constitution notamment en son article 25-1 sur la transparence et l’exploitation écologiquement durable des ressources naturelles ;
  • ne pas appliquer le Code de la pêche tel que demandé par le Chef de l’Etat en Conseil des Ministres;
  • menacer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations des générations actuelles et à venir.

La responsabilité du Ministère des Pêches et de l’Économie Maritime est engagée.

En conséquence, nous demandons respectueusement aux Autorités nationales compétentes :

  • de sortir les bateaux introduits dans la flotte nationale de façon non conforme (entre 2018 et 2020) et de geler toute délivrance de nouvelles licences de pêche sur des espèces pleinement exploitées ou surexploitées afin que l’avenir de la pêche (artisanale et industrielle), des femmes transformatrices, des mareyeuses, mareyeurs et des entreprises ne soit pas menacé ;
  • de revoir les attributs de la Commission Nationale Consultative d’Attribution des Licences de Pêche et d’en faire une commission délibérative pour une gestion responsable et concertée de nos ressources halieutiques.

Par ailleurs, nous, organisations membres de la Coalition, déplorons le format, la manière ainsi que le caractère non inclusif des concertations organisées par le département des pêches. Non seulement le Ministère n’a pas voulu formaliser les convocations à ces rencontres dont il a été l’initiateur, mais nous avons constaté avec regret, une volonté manifeste et délibérée de diviser les Organisations professionnelles.

Plus désolant encore, nous avons été choqués et outrés par la réaction discourtoise de Monsieur le Ministre à l’endroit de certains de nos membres, notamment les femmes transformatrices de produits halieutiques.

Par rapport au problème des licences, Monsieur le Ministre campe sur sa position, affirmant qu’il n’a approuvé, à ce jour, que des demandes de renouvellement et de changement d’option pour des navires ayant déjà des licences, et qu’il n’a signé aucune nouvelle licence de pêche industrielle.

Concernant la demande de publication du registre des navires autorisés à pêcher au Sénégal, pour la période 2018-2020 relayée par toutes les organisations membres de la Coalition, qu’il a reçues, le Ministre n’a pas apporté de réponse. C’est pourquoi, nous réitérons notre requête relative à la publication dudit registre des navires afin d’améliorer la transparence dans la gestion des licences de pêche.

Signé la Coalition

 

Ci-après, une reproduction in extenso, des tableaux du CRODT sur l’état d’exploitation et les mesures de gestion recommandées pour chaque type de ressource : pélagiques côtières, pélagiques hauturières, démersales côtieres et démersales profondes.

Jeudi 2 Juillet 2020
Dakaractu



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