Lettre ouverte au juge Malick Lamotte : Juger, c’est assumer 

« C’est précisément parce que la justice nourrit des espoirs et suscite des craintes que la simple évocation de son indépendance rassure et fascine autant qu’elle effraie » Souleymane Téliko, président de l’UMS


Lettre ouverte au juge Malick Lamotte : Juger, c’est assumer 
Monsieur le juge,
Cette belle citation de votre collègue suscite chez moi ce mélange étrange d’espoir et d’angoisse que l’on ne retrouve que dans les couloirs d’hôpitaux.
En effet, Monsieur le juge,
Le procureur de la république, à l’image du procureur du Roi Villefort, dans « Le Comte de Monte Cristo » a déjà emprunté le chemin tracé par ses supérieurs. Son réquisitoire tantôt ennuyeux, parfois ridicule et toujours grotesque mène tout droit le détenu Khalifa Sall vers la guillotine. Et vous avez l’insigne honneur ou (c’est selon) la lourde et ingrate tâche de faire exécuter cette sentence. 
Monsieur le juge,
Ce n’est certainement pas à un magistrat de votre trempe, avec un quart de siècle de pratique à qui on apprendra que juger est à la fois simple et complexe.
Juger est en effet simple parce qu’il faut juste dire la Loi. Complexe parce que cette Loi elle-même est déjà très complexe. Les juristes dissertent sur la matière en reconnaissant que tout n’est pas dans la Loi. 
En réalité, dans cette affaire de la caisse d’avance, tout n’est pas dans la Loi. Tout ou presque est dans le labyrinthe gluant et visqueux de la politique. Et on vous demande de régler par quelques arguties juridiques un conflit politique. 
Monsieur le juge, 
Il n’est jamais superflu de rappeler que cette affaire est d’abord et avant tout un problème politique drapé sous les oripeaux d’un juridisme alambiqué. Le verdict a déjà été annoncé par les courtisans : condamner sans coup férir l’impénitent qui veut défier le chef. Et oui, Monsieur le juge, c’est parce que dans notre pays, il y a malheureusement une prépondérance du pouvoir exécutif qui autorise tous les excès. Thémis jadis si digne et à la fière allure à l’image de cette belle et gracieuse Dame est déjà fortement éprouvée par l’Exécutif qu’elle en prend des rides.
Cependant, le combat pour une Justice libre et indépendante doit d’abord être mené par les Acteurs de cette Justice. Il vous appartient dès lors à travers ce faux procès de remplir ou de trahir votre part de mission.
Je vous ai entendu dire magistralement au tribunal « qu’il y a une vie après ce procès ». Voilà qui est bien dit ! Mais, cette vie ne sera plus la même pour tous les protagonistes. Certains seront peut-être récompensés pour… services rendus. D’autres anéantis et jetés dans les abysses de la déchéance. C’est dire que vous avez entre vos mains périssables le destin d’une femme et d’hommes, de famille et même celui de toute une Nation car vous jugez au nom du Peuple.
Votre responsabilité est lourde.
N’oubliez pas alors de vous référer au tribunal de l’Histoire et à celui de votre Conscience.
Le tribunal de l’Histoire inscrit votre nom dans les langues de la postérité. Le tribunal de la Conscience vous permet de dormir du sommeil des justes ou vous plonge dans d’effroyables cauchemars. La pression est déjà forte. Elle va monter crescendo. Vous aurez certainement par moment peur mais sachez que « le courage n’est pas l’absence de peur mais la capacité à la surmonter et à la vaincre » comme le disait Nelson Mandela. Et que finalement, « in robore fortuna » autrement dit « la fortune est dans le courage ».
En attendant le Seul et Vrai Juge (Coran : sourate 95 verset 8), à vous de juger !

Moussa TAYE
Conseiller politique du maire de Dakar
Mardi 20 Février 2018
Dakaractu




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