Les possibles scénarios militaires américains face à l'Iran


Après le déploiement d'une "armada" américaine près des côtes iraniennes, plusieurs scénarios sont possibles si la Maison blanche décide d'intervenir militairement, allant de frappes ciblées à une campagne massive pour affaiblir voire éliminer les dirigeants du pays.

+ Quels sont les moyens militaires américains ?

Le président américain, qui dit avoir sa "propre moralité" comme seule boussole, a prévenu la semaine passée qu'une "énorme armada" était en route vers le Golfe, après avoir encouragé et promis de l'aide aux aux manifestants iraniens dont le mouvement a été réprimé dans le sang, faisant des milliers de morts selon des ONG.

L'armada américaine est constituée du porte-avions Abraham-Lincoln et ses plus de 80 avions, ainsi que de son escorte de trois destroyers, dotés de capacités antimissiles et de missiles de croisière Tomahawk.

Le groupe aéronaval américain, généralement accompagné d'un sous-marin d'attaque, lui aussi capable de tirer des Tomahawk contre des cibles à terre, est arrivé lundi dans la région.

Il s'ajoute aux importants moyens militaires américains dans la région: Washington stationne quatre navires de lutte antimines à Bahreïn pour parer à toute entrave à la navigation dans le détroit d'Ormuz et dispose de dizaines d'appareils sur les bases aériennes d'Al-Udeid (Qatar) et d'Al-Dhafra (Emirats).

Nombre de mouvements d'avions de transport transportant des batteries de défense aérienne dans la région et l'arrivée de chasseurs-bombardiers F-15 ont par ailleurs été relevés ces dernières semaines, selon des sites ou comptes spécialisés.

+ Que cherche Donald Trump ?

Le président américain a déclaré jeudi soir qu'il "espère ne pas pas devoir utiliser cette force" militaire déployée, après avoir appelé la veille à conclure un "accord juste et équitable - PAS D'ARMES NUCLÉAIRES".

Mais après les frappes de juin 2025 visant les installations nucléaires iraniennes, "le prix demandé à l'Iran pour un accord s'est accru considérablement", estime Farzan Sabet, spécialiste de l'Iran au Geneva Graduate Institute.

Washington entend obtenir l'interdiction de toute activité d'enrichissement, la limitation des capacités balistiques et le "démantèlement ou de sévères restrictions posées à son +Axe de la résistance+", constitué notamment des Houthis au Yémen et du Hezbollah libanais, explique-il à l'AFP.

Ce serait "une forme de capitulation" inacceptable pour Téhéran, selon David Khalfa, cofondateur du centre de recherches Atlantic Middle East Forum (AMEF), qui estime que Donald Trump "optera pour l'option militaire", notamment pour démontrer sa capacité à faire respecter ses lignes rouges.

+ Le scénario de frappes limitées

Donald Trump peut très bien s'en prendre aux navires exportant le pétrole iranien, comme il l'a fait pour le Venezuela, afin d'asphyxier l'économie du pays pour obtenir un "deal", selon Farzan Sabet.

Il peut aussi mener "soit des frappes ponctuelles, soit une guerre limitée à des objectifs restreints, lui permettant de dire qu'il a fait respecter sa ligne rouge sans s'engager dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, et il pourrait déclarer la victoire", affirme-t-il.

Une telle opération viserait les systèmes anti-aériens, les rampes de lancement de missiles et de drones, comme les frappes israélienne en juin.

Pour Eva Koulouriotis, analyste indépendante du Moyen-Orient, ces frappes cibleraient probablement les positions des Gardiens de la Révolution et de ses milices des Bassidj impliquées dans la répression.

"Les services de renseignement américains, avec le soutien du Mossad israélien, ont une vision claire de ces forces", explique-t-elle.

+ L'hypothèse de frappes massives

Un autre scénario est que les Etats-Unis mènent des frappes de décapitation en visant "tous les piliers du régime iranien, en commençant par le sommet de la pyramide, le guide suprême Ali Khamenei, et en s'étendant aux forces armées et à la direction des Gardiens de la Révolution, ainsi qu'aux hauts responsables politiques qui constituent le noyau dur du régime", selon Eva Koulouriotis.

"Cela inclurait également la neutralisation des principales bases militaires, du programme de missiles et de ce qui reste du programme nucléaire", selon elle.

"L'objectif américain, c'est de faire vaciller le régime. Donc il y a vraiment une stratégie qui visera à le paralyser, à désorganiser la chaîne de commandement" et cela "ppossiasse par l'élimination de Khamenei, de ses conseillers proches, des têtes pensantes du gouvernement central des +Pasdaran+ (nom farsi des Gardiens de la Révolution, ndlr)", abonde David Khalfa.

Mais "le régime est quand même relativement solide et résilient, ça ne sera pas une mince affaire", prévient-il, d'autant que "les Gardiens ont anticipé le scénario".

A l'appui de la puissance aérienne, "l'hypothèse implicite de Washington, c'est au fond que les +boots on the ground+ (les troupes au sol, ndlr) seraient fournies par la société iranienne elle-même", selon lui.

Rien n'indique à ce stade que Washington privilégie un changement de régime, pointe Farzan Sabet.

+ Les représailles iraniennes

Bien que largement entamées lors des frappes de l'automne 2024 et de juin 2025, les capacités de riposte iraniennes demeurent.

Téhéran dispose toujours de 1.500 à 2.000 missiles balistiques de moyenne portée capables de frapper Israël, pointe Farzan Sabet.

Et le pays dispose de davantage encore de missiles balistiques "bien plus précis" à plus courte portée, de missiles de croisière et antinavires pour semer le chaos dans le Golfe, sans compter ses petites vedettes lance-missiles.

Le chef de l'armée a également annoncé jeudi que les régiments de combat avaient été dotés de "1.000 drones stratégiques".

Pour Eva Koulouriotis, la décision de Téhéran de répondre ou non "dépendra de la nature et de l'ampleur de la frappe américaine".
Vendredi 30 Janvier 2026
Dakaractu