Les erreurs commises par le candidat Abdoulaye Wade et son entourage. (Mamadou FALL)


A l’heure du bilan de la défaite du candidat Wade, il me plaît, après une analyse critique, profonde et objective, de mettre en évidence un certain nombre de maladresses commises par le Secrétaire Général National du PDS et son entourage (politique et familial).
En tant que Pédagogue (Ancien Conseiller Pédagogique Itinérant pendant 24 années) et ayant capitalisé une longue expérience politique (militant du PDS depuis 1974 avec Me Ousmane Ngom), je puis affirmer que le Président Wade n’a pas été sanctionné sur la base ni de son programme si du bilan du régime de l’alternance. Mais il l’a été, surtout, suite à des erreurs politiques grossières. Or, en politique, la plus petite boulette se paye cash.


La forte implication de la famille présidentielle dans les affaires de l’Etat.
Le facteur le plus déterminant de sa lourde défaite est l’amalgame entretenu, pendant très longtemps, entre le « la famille présidentielle» et le « pouvoir étatique ». Il est parfois difficile de distinguer le fils du Président et le Ministre d’Etat, de dissocier la fille du Chef de l’Etat et la Chargée de mission de la Présidence et de différencier la Première Dame et la Femme d’Etat qui, de fait, coiffait la Ministre de la Famille et la Secrétaire d’Etat Chargée de la petite enfance. Aussi, existe-t-il une confusion entre le PDS dirigé par Me Abdoulaye Wade et la « Génération du Concret » animée par le fils Karim Wade. De même, il est impossible de distinguer Doudou Wade neveu du Chef de l’Etat et Doudou Wade Président du Groupe parlementaire du PDS.
C’est cet imbroglio que l’opposition a exploité, à juste raison, pour semer le doute chez les sénégalais en leur faisant croire que Me Wade préparait son fils à sa succession au sommet de l’Etat. Elle en a fait un thème de campagne électorale qui s’est révélée très payant.
Si le Président Wade avait été bien conseillé, il aurait dû écarter depuis longtemps son fils et sa fille des abords du pouvoir de l’Etat du Sénégal. La seule déclaration qu’il eût faite en accusant ses opposants de « répéter la dévolution monarchique comme des perroquets » ne suffisait pas, même s’il a dit et répété plusieurs fois qu’il n’entendait pas céder le pouvoir à son fils et d’ajouter que « par contre, ce dernier en tant que sénégalais pouvait se présenter démocratiquement et librement mais après mon départ ».
Il ne suffit pas d’être analyste politique pour savoir que la loi sur le ticket présidentiel, dans sa première mouture, visait à faire élire Me Wade dès le premier tour avec plus d’un quart des suffrages exprimés ; ce qui correspond à son poids électoral effectif. Mais, en aucun cas, il n’envisageait de faire un ticket Wade Père/ Wade Fils. En effet, celui qui s’est opposé à Senghor et à Diouf pendant quarante années jusqu’à arriver au pouvoir n’est pas si inintelligent pour proposer aux électeurs sénégalais un scénario aussi terre-à-terre. Aucun sénégalais n’aurait voté ce duo familial. C’est évident !
Mais, le fait de confier à son fils quatre portefeuilles ministériels stratégiques a été la faille que l’opposition a exploitée pour faire croire aux sénégalais que le projet de dévolution monarchique, à travers ce projet de loi, est le plan B du candidat Wade.


Un défaut de communication par rapport à la validité de la candidature de Wade.
Bien avant la campagne électorale, Me Wade devait porter son manteau d’avocat et expliquer aux sénégalais pourquoi sa candidature est valable sur le plan juridique. Agrégé de Droit Public et ancien Professeur à l’université de Dakar dans les années 70, il était en mesure de défendre, lui-même, sa propre candidature devant une assistance composée de journalistes, de juristes de tous bords, d’intellectuels de divers horizons, d’étudiants et tenter ainsi de convaincre les électeurs sénégalais ; ce qu’il n’a malheureusement pas fait. Telle est la première erreur commise par le candidat Wade et son staff politique.
Même si, en dernier ressort, le Conseil constitutionnel a validé cette candidature qui a été contestée par toute l’opposition pendant plusieurs mois et qui avait suscité plusieurs débats et rencontres entre professionnels de Droit, bon nombre de sénégalais sont restés dubitatifs jusqu’au jour du scrutin. Ceci est une des causes principales de la défaite de Me Wade.
Et pourtant, maintenant que c’est du passé, il faut admettre que le Conseil n’avait aucun argument juridique valable pour invalider cette candidature tant controversée. L’histoire retiendra que l’indépendance de cette haute juridiction républicaine a été décriée. Les juges constitutionnels ont été malmenés dans le plus profond de leur âme et touchés jusque dans leur intimité familiale. D’abord injustement décrédibilisé par des hommes de droit (des Constitutionnalistes et Professeurs de droit, des Avocats et des Magistrats), le Conseil a été ensuite littéralement banalisé par les responsables de l’opposition d’alors, devenus les tenants du pouvoir actuel.
En effet, lorsqu’un Professeur de Droit enseigne, le jour, à ses étudiants que « la décision du conseil vaut autorité absolue de la chose jugée » et la nuit, se présente sur un plateau de télévision privée appartenant à un candidat à la présidentielle pour commenter et contester la décision du Conseil, il y a problème de probité intellectuelle. De même, lorsqu’un candidat à la présidentielle récuse le Conseil et accepte son verdict final, il y a problème d’étique politique.


Avec un peu de recule, les sénégalais doivent reconnaître maintenant que le Conseil constitutionnel n’a fait que son travail et rien que son travail. Ils doivent accepter que les juges aient rendu l’arrêt constitutionnel du 27 janvier 2012 selon leur intime conviction. Par ailleurs, le Ministre Chargé des élections, dont on disait qu’il est à la solde du Ministre de l’Intérieur, a fait lui aussi correctement son travail dans la plus grande transparence ; ce qui a été hautement salué par le monde entier. Par conséquent, nous devons maintenant cesser de fragiliser nos institutions républicaines et arrêter de dire du mal gratuit sur les Hommes qui les animent.


L’interdiction systématique de la marche de l’opposition sur la place de l’indépendance.
Le Ministre de l’Intérieur, Me Ousmane Ngom, a commis une grave erreur d’appréciation en interdisant systématiquement toutes les marches de l’opposition sur la place de l’indépendance. Outre le fait qu’elle se déroule en pleine campagne électorale, une telle manifestation est garantie par la constitution de notre pays. Cette bourde qui a opposé, pendant plusieurs jours, les forces de l’ordre et les manifestants, a malheureusement causé des pertes de vies humaines ; ce qui a été une des causes essentielles de la défaite de Wade.
De ce point de vue, le pouvoir libéral a manqué de vigilance, de lucidité et de vision prospective. En effet, le lendemain de la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel, le Président de la République et candidat du Fal aurait dû s’adresser à la nation pour mettre les « marcheurs » devant leur responsabilité historique et prendre à témoin l’opinion nationale et international. Ainsi, en cas de débordement éventuel, dès la première manifestation, les forces de l’ordre prendraient leurs dispositions pour faire face ultérieurement au vandalisme d’Etat.
Si tel était le cas, toutes les conséquences de ces marches que nous enregistrons aujourd’hui seraient imputées exclusivement à l’opposition. Mais, à l’état actuel, il est difficile de déterminer la proportion de responsabilité de chacune des deux parties.
De toute évidence, les bavures policières, notamment celles de la « zawiya» d’El Hadj Malick Sy de Dakar ont beaucoup impacté le vote-sanction des électeurs musulmans « tidjane ».


Les erreurs commises durant la campagne électorale
De mon point de vue, le candidat du PDS et du Fal a commis cinq erreurs qui lui ont été fatales.
La première aura été de compter exclusivement sur le pouvoir de l’argent. Jamais, de mémoire d’électeurs, l’argent n’a été aussi présent et abondant. Il a été au cœur des débats. La presse et les observateurs nationaux et étrangers ont fait largement état du phénomène « d’achat de conscience ». L’argent a fini par diviser les militants et favoriser le vote-sanction.
La deuxième est relative à l’allusion au « vote ethnique » que le candidat Wade a faite juste après la publication des résultats du premier tour. Bon nombre de ses partisans du premier tour ont été choqués et l’ont sanctionné au second tour.
La troisième a attrait à sa déclaration à Touba sur son « appartenance à la confrérie mouride ». Nombre de « tidiane » ont fait un vote-sanction.
La quatrième a été de dire que s’il remporte ces élections, « le volume de ses projets de construction au Fouta serait revu à la baisse ».
La cinquième a été son propos sur les difficultés que son chalengeur « aura à payer les salaires en cas de victoire ». Pour beaucoup d’électeurs, cette déclaration présage une catastrophe économique et une banqueroute de l’Etat.
La sixième a été sa révélation sur son retrait en même temps que son fils en cas de défaite. Par apport à la question sur la « dévolution monarchique », le Président a accusé beaucoup de retard vis-à-vis de ses détracteurs. Sa déclaration est perçue par ces derniers comme un aveu. Le doute qui a plané a causé un vote-sanction chez beaucoup d’électeurs.






Mamadou FALL
Conseiller Pédagogique Itinérant (de 1987 à 2011)
Formé au CEPEC International (Lyon-France) en 1987


Militant du PDS depuis 1974
Membre de la Cellule des cadres du PDS
E-mail : pmofall@yahoo.fr
Dimanche 1 Avril 2012
Mamadou FALL