Les chances du candidat Macky Sall en 2019 (Par Ahmet Sarr)


Les chances du candidat Macky Sall en 2019 (Par Ahmet Sarr)
Une certaine opposition clame, aujourd’hui, qu’elle symbolise la majorité, au vu des résultats des élections législatives de juillet 2017. Elle affirme, aussi, que le président Macky Sall s’achemine inéluctablement vers un deuxième tour à la prochaine élection présidentielle de février 2019. C’est même une certitude ! Inversement, nous pensons que c’est un vœu pieux.
Dans cette contribution, nous définissons un modèle empirique de projection de l’élection présidentielle de 2019. Un modèle simple qui n’utilise pas les outils sophistiqués de la statistique, et que tout citoyen éduqué peut comprendre. Il s’agit, d’abord, d’analyser les résultats des législatives, tels que publiés sur le site web du Conseil constitutionnel du Sénégal et, ensuite, de faire des projections en tenant compte de divers paramètres. Ainsi, la première variante du modèle ignore le candidat de la majorité ; c’est le modèle de l’opposition. La deuxième variante du modèle introduit le candidat de la majorité et la notion d’effet candidat. Enfin, une simulation des trois dernières élections présidentielles, avec cet effet candidat, conclut cette contribution.
En premier, formulons, dans notre modèle, les hypothèses ci-dessous :
1. Le président Macky Sall est candidat à sa propre succession ;
2. La coalition Benno Bokk Yaakar (BBY) demeure le même bloc ;
3. Les suffrages obtenus en juillet 2017 restent maintenus ;
4. Le nombre des démissionnaires, mécontents, déçus, malades, etc., est marginal ; assignons un taux de 0,5% à défalquer du nombre des suffrages exprimés pour la coalition BBY ;
5. Le taux de suffrages nuls est constant (ne varie pas) et estimé à 0.81% [1] ; c’est-à-dire le taux de votes blancs et nuls des élections législatives de 2017.
 
Les résultats des élections législatives de juillet 2017 constituent un baromètre mais partiel du poids politique des différents acteurs. Les difficultés de retrait des cartes d’électeurs, notées durant ces élections, justifient le qualificatif partiel. Nonobstant ces désagréments, ils présagent la représentativité de chacun.
Le modèle de l’opposition: l’absence du candidat de la majorité aux législatives
Les voix ou suffrages exprimés [2], en faveur de la coalition BBY, sont de 1 637 761 en valeur absolue. Ce qui correspond à un taux de 49,47%, en valeur relative, par rapport au nombre total des suffrages exprimés qui s’élèvent à 3 310 435. Dans ces conditions, le candidat virtuel de la coalition BBY est au deuxième tour, puisque qu’il ou elle n’a pas atteint un taux supérieur à 50,00003%. Autrement dit, la majorité absolue ou la moitié du nombre total des suffrages exprimés plus une voix [3]. Quoiqu’un calcul ne s’impose pas pour saisir cette évidence, intéressons-nous aux suffrages exprimés en valeur absolue et en simulant l’élection présidentielle de 2019 pour mieux quantifier le déficit.
La révision des listes électorales montre moins de 300 000 [4] nouveaux inscrits au 30 avril 2018. Ce nombre ajouté à 6 219 446, qui est le nombre total des électeurs déjà inscrits en juillet 2017, indique un total approximatif de 6 519 446 inscrits sur le fichier électoral pour participer à l’élection présidentielle de 2019.
Si nous simulons, aujourd’hui, la tenue d’une élection présidentielle avec les taux de suffrages nuls de 0,81% et de participation de 53,66% des élections législatives, 1 734 987 [5] ([6 519 446 x 53,66% x (100% - 0,81%)] : 2) + 1) de suffrages exprimés ou voix sont nécessaires pour sceller une majorité absolue et une victoire au premier tour. 1 737 987 est la majorité absolue des suffrages exprimés. Notons que plus le taux de participation s'élève, plus le nombre de voix pour affermir la victoire augmente.
Ainsi, avec ce même taux de suffrages exprimés de 49,47%, puisque nous sommes dans la logique de cette opposition qui pense fermement à une prolongation des législatives en 2019, le candidat virtuel de la coalition BBY recueille 1 716 595 [6 519 446 x 53,66% x (100% - 0,81%)  x 49,47%] voix ou suffrages exprimés ; donc, un nombre inférieur à la majorité absolue des voix: 1 737 987. Dès lors, il ou elle se retrouve avec un déficit de 18 392 voix (1 734 987 - 1 716 595). Un déficit qui ne semble pas alarmant mais qui fournit des éléments d’analyse.
 
Cependant, ce modèle souffre de l’omission d’un paramètre décisif: le candidat de BBY ou de la majorité dans ces élections; contrairement aux candidats potentiels de l’opposition. Le leader du parti Rewmi, Idrissa Seck, est l’exception. Une autre insuffisance de ce modèle tient au postulat d’une constance du taux de suffrages exprimés de la coalition BBY. En effet, ce taux de 49,47%, obtenu aux législatives de 2017, doit stagner ou baisser et refléter leur lecture de de la situation politique, économique et sociale qui est « désastreuse ». Ce qui nous amène à introduire l’effet candidat.  
 
Le modèle de la majorité: l'effet candidat
La participation du candidat de BBY, en l’occurrence le président Macky Sall, infuse une nouvelle donne que les chercheurs en science politique appellent l’effet candidat. L’effet candidat se définit comme : « Le vote additionnel qu’un candidat particulier gagne ou perd directement ou indirectement en raison de ses qualités personnelles.» [6] Certes, ces qualités sont secondaires pour certains électeurs mais importantes pour d’autres, particulièrement, quand il s’agit de choisir un président de la République. La récente sortie médiatique du leader du parti Rewmi, le président Idrissa Seck, sur Bakkah et Makkah. exemplifie cette notion.
Les qualités telles que la capacité d’écoute, la pondération, le respect d’autrui, la bonne éducation,  l’empathie, le leadership et l’expérience  intéressent des électeurs. Ceux-ci expriment leur comportement électoral selon des qualités qu’un candidat incarne. L’image de présidentiable semble également importante ; de même que la prestance physique. Rappelons-nous, par exemple, lors de l’élection présidentielle de 1993, de ce candidat au beau sourire ou « Borom ré diou nekh dji » en wolof. Le marketing politique de ce candidat rappelle cette citation de Antoine Saint Exupéry qui dit : « Un sourire est souvent l’essentiel. On est payé par un sourire. On est récompensé par un sourire ». Il en est, de même, de ce militant d’un parti très respecté, par ailleurs un solide allié de BBY, qui proposait son candidat aux Sénégalais  en ces termes : « j’ai le plus beau candidat ». Autant quelques-uns des électeurs choisissent, par exemple, l’image de présidentiable et l’apparence physique, autant d’autres privilégient l’expérience et la prudence.
Sous ce rapport, le candidat Macky Sall semble éminemment loti et se positionne bien pour capturer des voix parmi les indépendants et, même, de l’opposition. Des Sénégalais le créditent d’une bonne éducation, d’une capacité d’écoute avisée et d’une grande pondération. Bref, de beaucoup de qualités. Des défauts, il en a, comme tout être humain. C’est pourquoi, des pertes de voix sont envisageables mais demeurent marginales.  Ainsi, nous projetons des gains de voix supérieurs aux pertes. Il bénéficie, aussi, de l’avantage d’un candidat à sa propre réélection. En effet, il maitrise le processus d’une élection présidentielle pour avoir raflé deux élections présidentielles consécutives: en 2007, en tant que directeur de campagne et, en 2012, en tant que candidat. Donc, il connait le « chemin » qui mène vers la présidence.
Partant, l’effet candidat peut favorablement améliorer le taux de suffrages exprimés d’un candidat qui exerce, surtout, le pouvoir. Toutefois, une mesure fiable et connue de l’effet candidat n’existe pas dans l’histoire d’une élection présidentielle au Sénégal, comparée aux élections législatives. En réalité, le couplage de ces deux élections ou la subséquence des élections législatives rendent cet exercice difficile. De ce fait, projetons un gain minimal de 3 points et un gain maximal de 8 points. Ajoutons ceux-ci au taux de 49,47 % obtenu par la coalition BBY aux législatives. Ce qui va propulser le taux de suffrages exprimés du candidat de BBY, le président Macky Sall, dans les limites du taux de suffrages exprimés de 55,90% du président Wade à l’élection présidentielle de 2007.
Par conséquent, l’agrégation du taux de suffrages exprimés et des gains projetés place le candidat de BBY dans la fourchette victorieuse de taux des suffrages exprimés de 52,47% à 57,47% ou (49,47% + 3%) ; (49,47% + 8%). Ces deux taux sont au-delà du taux de la majorité absolue de 50,00003%. En suffrages exprimés, cela signifie que l’apport du candidat de la coalition BBY, relativement aux législatives, doit s’établir entre 191 122 et 364 620 voix additionnelles ou la différence entre 1 820 694 - 1 629 572 ou {[6 519 446 x 53,66% x (100% - 0,81%) x 52,47% – [1 637 761 x (100% - 0.5%)] } dans le scénario, toujours, d’un taux de participation de 53,66%.
1 820 694 représente les 52.47% en nombre de suffrages exprimés et 1 629 572 reflète le nombre de suffrages exprimés, mais ajusté, obtenu aux législatives de 2017. Remplacer 52,47% par 57,47%  dans la parenthèse ci-dessus et vous avez 364 620 voix.  
Cette simulation, par ailleurs, ne factorise pas les suffrages exprimés au profit des partis et/ou des coalitions non membres de BBY et proches du président Macky Sall. L’addition de leurs suffrages nous donne un taux de 1,48% en valeur relative ou approximativement 50 000 voix, mais précisons-le, ce taux est évolutif. Certaines coalitions ou partis politiques sont dans une dynamique d’accompagnement du président mais tardent à se prononcer. Du moins, leur poids politique est relativement connu. L’addition de ce taux à celui obtenu par BBY confère, déjà, une majorité absolue de 50,95% (49,47% + 1,48%) à la coalition de BBY et ses alliés, mais que nous relativisons à cause des problèmes évoqués plus haut.
Nous avons jusqu’à présent simulé un scenario où le taux de suffrages exprimés : 49,47% est constant ; c’est à dire qui ne varie pas. C’est le modèle d’une certaine opposition. Ensuite, nous avons fait varier ce taux : 52,57% ; 57,47% avec l’effet candidat. C’est le modèle de la majorité. Mais quelle est l’ampleur de cet effet candidat si le taux de participation varie?
L’énigme du taux de participation​
Simulons l’élection présidentielle de 2019 avec les taux de participation au premier tour des trois dernières élections présidentielles de 2000, 2007 et 2012. Ces taux sont respectivement de 62,20%, 70,62% et 51,58% [7]. Toutes choses étant égales par ailleurs, 2 011 110 [8]  ([6 519 446 x 62,20% x (100% - 0,81%)] : 2) + 1), 2 283 354 et 1 667 734 de suffrages exprimés s’avèrent respectivement obligatoires pour une majorité absolue. Rappelons que la majorité absolue est la moitié du total des suffrages exprimés à laquelle on ajoute une voix. Par conséquent, en suffrages exprimés, l’effet candidat fluctue respectivement entre 381 538 (2 011 110 – (1 637 761(100% - 0,5%)), 653 781 ((2 283 354 – (1 637 761(100% - 0,5%)) et 38 162 (1 667 734 – (1 637 761(100% - 0,5%)).
Le graphe ci-dessous résume la simulation de l’effet candidat. Il met en relief une projection de l’effet candidat en nombre de voix ou suffrages exprimés pour l’élection présidentielle de 2019 à​ laquelle on associe un taux de participation ; par exemple, celui des trois dernières élections présidentielles.
 
En définitive, la reproduction de ces taux de participation montre un effet candidat dans les limites de 39 000 à 660 000 voix ou suffrages exprimés.
Conclusion
Les résultats des élections législatives de juillet 2017 nous renseignent sur l’appréciation du bilan des programmes du président Sall et de son gouvernement par les électeurs. Le taux majoritaire de 49,47% révèle relativement une sanction positive des Sénégalais. La politique économique et sociale, qui impacte le plus nos compatriotes dans leur vie quotidienne respective, connaît, certainement, un bond qualitatif substantiel. De brillantes contributions s’illustrent quotidiennement dans tous les médias pour magnifier ce bilan. Cyril Bensimon, du journal le Monde, dans un article publié le 29 juillet 2017, dit ceci: «Cinq ans après avoir été le président le mieux élu de l’histoire du Sénégal (65,8 % des suffrages lors du second tour), Macky Sall n’a pas à rougir de son bilan. La croissance économique dépasse les 6,5 % et la confiance a été renouée avec les bailleurs internationaux. » [9] Et, récemment, le satisfecit du FMI, décerné au gouvernement du Sénégal pour ses performances économique et sociale, corrobore cette appréciation.
Nous pensons que l’effet candidat, en corrélation avec le taux de participation, constitue l’élément de différenciation à la prochaine élection présidentielle. Le candidat Macky Sall exhibe des attributs objectifs pour combler ce besoin additionnel de suffrages et remporter un second mandat. L’objectif est d’engranger au moins 660 000 voix additionnelles dans le scenario d’un taux de participation d’au moins 70%, en plus de l’acquis de 1 629 572 [1 637 761 x (100% - 0,5%)]  obtenu en juillet 2017.  
Par Ahmet Sarr
MBA, Economiste
New York, USA
Luxmealex87@gmail.com
Notes
[1] Suffrages nuls: 27059. Votants: 3 310 435. Taux de suffrages nuls 0.81% = (27 059 : 3 310 435) x 100. Les deux points : signifient diviser. La lettre x signifie multiplier. Le signe + signifie addition. Le signe – signifie soustraction. Le signe % signifie pourcentage
[2] Les suffrages exprimés sont la différence entre le nombre de votants et le nombre de bulletins nuls et blancs ; dans les commentaires le mot voix est souvent utilisé.
 
 
[3] EL Hadji Mbodj, Cours de droit constitutionnel, http://www.elhadjmbodj.org/article/index.php?action=fme&q=Qui%20sommes%20nous, consulté le 15 mai 2018
[4]  Ce nombre est à titre estimatif. Il peut légèrement évoluer à la hausse.
[5] Vous noterez de petites différences selon que vous utilisiez Microsoft Excel ou une simple calculatrice. Nous utilisons Excel. 
[6] Sylvain Brouard et Eric Kerrouche, « L’effet candidat lors des élections parlementaires », https://www.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2013-6-page-1113.htm#no8, consulté le 15 mai 2018
[7] African Elections Database, http://africanelections.tripod.com/sn.html, consulté le 15 mai 2018
[8]Vous remplacez 62.20% dans la parenthèse par 70.62% et 51.58% et vous obtenez les nombres suivants 2 283 354 et 1 667 734
[9] Cyril Bensimon, « Au Sénégal, un scrutin test à deux ans de l’élection présidentielle », http://mobile.lemonde.fr/afrique/article/2017/07/29/au-senegal-un-scrutin-test-a-deux-ans-de-l-election-presidentielle_5166432_3212.html, consulté  le 23 mai 2018
Vendredi 1 Juin 2018
Dakaractu



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