Les bonnes feuilles de KOURTI-KOURTI, le prochain roman de l'éditorialiste et expert en communication, Issa Thioro Guèye.


Les bonnes feuilles de KOURTI-KOURTI, le prochain roman de l'éditorialiste et expert en communication, Issa Thioro Guèye.
Né dans le célèbre encrier Rufisquois, cet expert en communication globale développe à travers le roman un concept de taille universelle « l'afromatièrisme » qui se veut une voie à « la transformation de l'Afrique par nous-mêmes et pour nous-mêmes ».
Le roman offre, sous une plume exceptionnelle, la possibilité de découvrir toutes les facettes de l'Afrique autour d'une ville créée par la fiction romanesque qui est Gabana.
Dans le livre, l'Afrique n'est pas un continent figurant. Le berceau de l'humanité est un acteur de premier plan. Et, ses peuples dans une grande diversité réussissent par faire de cette mégalopole imaginée par Issa Thioro Guèye ce qu'il appelle « un mondopole », la cité la plus importante de la planète économique.
KOURTI-KOURTI, « le roman  de l'afromatièrisme », se lit d'un seul trait.
 
En attendant sa publication, l'auteur a cédé de larges extraits aux internautes... Un « cadeau pour vous », dit-il.  Voici comment se termine ce roman inédit, très attendu par le monde intellectuel ainsi que tous les dirigeants africains à qui l'auteur a fait goûter le roman.

Sega prend la parole et ouvre une longue parenthèse explicative.
 
Devant ses amis et son beau-père, Mansour, il fait savoir que dans le nouveau schéma de repositionnement industriel de l'Afrique, tout doit désormais partir d'une théorie de transformation : "j'ai donc je suis".
 
Dans la salle, l'écho ne trompe pas ses mots. Le regard affiché, Sega révèle que pour L'AFROMATIERISME et ses tenants, la meilleure formule est d'avoir pour exister.
 
Pour lui, toutes les théories antérieures ont été un projet de transition et une traduction saisonnière de l'idée qu'on se fait de la vie.
 
Qu'elle soit "je pense donc je suis" portée par Descartes et ses adeptes; qu'elle soit "je fais donc je suis" soutenue par Kant et ses disciples; qu'elle soit "nous sommes donc je suis" défendue par Mandela et Tutu à travers la promotion d'une justice transitionnelle...
 
Toutes ces théories, souligne Sega, n'ont jamais été un projet de transformation.
 
Dans la salle de synthèse, mon fils laisse entendre que si Descartes et ses disciples ont pensé que l'existence est consubstantielle à la raison; que si Kant et ses poursuivants ont retenu que l'existence est consubstantielle à l'action; que si Mandela et Tutu ont réussi à passer le douloureux mais nécessaire examen de conscience pour calmer les esprits au lendemain de l'apartheid et en faisant comprendre à la société sud-africaine que l'existence est consubstantielle à la vie d'ensemble... C'est parce que le déterminisme a été pendant longtemps fondé sur la conception avant de rendre matérielle la réalité de l'antiquité aux dernières heures du vingtième siècle. 
 
Tout le contraire en ce troisième millénaire où l'esprit de "concevoir une chose" ou de "rêver d'une chose à réaliser" n'a plus réellement un sens.
 
Les transitions constructives ont pâli au même titre que "le soleil des indépendances".
 
Tout ou presque a été dit et écrit.
 
Sega explique que si "la décolonisation des matières premières d'Afrique par leur transformation industrielle et la restriction des exportations" est le terreau de L'AFROMATIERISME, les "autres formes de d'appropriation des valeurs africaines par nous-mêmes et pour nous-mêmes" ont fait accuser à l'Afrique un énorme retard sur le chemin du développement.
 
Je sais que beaucoup de théories ont essaimé, allant dans ce sens : raconte Sega.
 
Il rappelle point après point les différents combats portant sur l'afropessimisme, l'afro-euphorie ou encore l'afro-utopie.
 
Sega cite d'abord la décolonisation des lettres qui a été "une injonction à la promotion des langues locales". Puis la décolonisation des esprits... Encore que, estime mon fils, en Afrique les esprits ne renvoient pas à la réalité présente mais au passé des ancêtres.
 
Moi, je veux que l'Afrique du présent et du futur soit concrète en profitant bien de son potentiel et cesse d'en faire profiter aux autres sans le moindre profit possible : soutient-il.
 
"J'ai donc je suis" est la posture transformationnelle qui doit détrôner toutes les théories antérieures : répète sans cesse Sega, tout de blanc vêtu dans une salle où tout le monde est habillé d'un boubou de son terroir profond mais cousu de pagne tissé.
 
Aujourd'hui, ajoute-t-il, l'heure est venue de faire comme font ces émigrés du Fouta en construisant des infrastructures d'utilité publique, autour du concept de WADUGOL.
 
Le professeur Krumah acquiesce et dit à l'assistance que les phases de transition sont dépassées et fait dans la foulée l'apologie de la transformation.
 
De son sac, l'ami de Sega sort un journal et lit quelques passages d'un article que j'ai déjà lu.
 
C'est une pensée écrite par un  excellent journaliste, doublé d'un écrivain. Il s'appelle Birago Ndoye et se réclame de L'AFROMATIERISME.
 
Le professeur Krumah voit dans l'analyse du journaliste-écrivain un point fondateur de ce que l'Afrique doit obligatoirement faire; c'est-à-dire, aller vers la mise en place d'un fonds pour le financement des arts et des secteurs productifs.
 
Il s'agit du fameux FAICAIN proposé par Birago dans son article et qui signifie le "Fonds africain d'investissement pour la culture, l'agriculture, l'industrie et le numérique".
 
Le docteur Boigny, venu de Cocody à Abidjan, approuve l'idée du professeur Krumah de Wangara, un célèbre quartier d'Accra mais demande à l'assistance d'accorder une place à la santé et à la recherche technologique.
 
L'énergie et l'écologie sont tout aussi prioritaires : fait remarquer l'environnementaliste venue de Mkusi une des régions les plus florissantes de la Zambie, Rosa Bwalya.
 
La belle dame défend son idée en même temps qu'elle caresse la nuque de son époux.
 
Il s'appelle Munsha.
 
C'est un ingénieur  agricole de haut rang mondial. Dans son terroir profond, il a réalisé des productions record de maïs, de banane et de coton.
 
Le front luisant, l'agronome explique à la suite de Rosa comment il a réussi à organiser les producteurs dans des parcelles de cinq à dix hectares.
 
En une décennie, dit-il, les populations ont tourné le dos à la pauvreté.
 
C'est la même "révolution verte" que j'ai menée dans mon Iten natal au Kenya : fait savoir le nutritionniste Obama.
 
Iten est aussi un haut plateau de l'athlétisme ainsi qu'une grande université de l'olympisme : développe-t-il. C'est là que l'on forme les champions du monde : ajoute-t-il dans un sourire qui provoque toute la détermination de la grande anthropologue de Port Said, en Égypte.
 
Fatima Nasser a pendant longtemps travaillé avec le professeur sur les performances physiques des hommes du sport.
 
Fatima partage son laboratoire avec Aicha, une grande spécialiste des migrations internes, venue de Fez, au Maroc et un célèbre chercheur du delta de l'Okavango. 
 
Alors qu'elle vient à peine de présenter son équipe, un hydraulicien venu de Tana retient l'attention avec son plan révolutionnaire visant à couvrir toutes les contrées du continent.
 
C'est à ce moment qu'arrive un professeur d'art culinaire, Penda Mbaye, qui ouvre tranquillement la porte de "la grande salle de synthèse" et marche à la manière d'une pintade vers moi.
 
Elle s'assoit juste à ma droite avec son sourire aux dents blanches et me souffle dans l'oreille la reconnaissance due à toutes les grandes dames de mon Walo d'origine.
 
Un break de quelques secondes... Puis, la synthèse se poursuit sous le regard silencieux des hommes, si respectueux de la femme.
 
Mansour ne pouvant plus tenir encore, il se retire pour un petit quart d'heure. Et lorsqu'il revient dans la salle, a déjà été prise par Sega et ses amis l'idée de ne plus exporter les matières premières et de faire de l'Afrique la première puissance industrielle mondiale... En faisant construire partout des industries de transformation et en érigeant des marchés de la dimension de celui de Yiwu en Chine où se vend et s'achète en grande partie la consommation mondiale :  ajoute à la "constitution de refondation économique de l'Afrique" ma chère Penda Mbaye.
 
Cinq ans plus tard...
 
Les universités africaines, les UA comme on les appelle, se découvrent partout aux États-Unis. On y compte une cinquantaine. Autant d'États que d'académies trempées à l'économie du pays de l'oncle Sam. Les professeurs de Columbia, venus d'Afrique, sont boycottés par les étudiants qui préfèrent se nourrir du savoir enseigné dans les UA.
 
En Europe, la tendance est la même.
 
C'est le cas dans les pays d'Asie comme la Chine, l'Inde et le Japon.
 
Sur le continent africain, le Sahara et le désert de Kalahari connaissent un réel changement. Ce sont maintenant les plus grandes fermes agricoles, avicoles et piscicoles de la planète. On y enregistre les plus fortes pluies et les forêts les plus denses. Les productions culturales battent tous les records.
 
Grâce à l'industrialisation et à la transformation, le chômage est devenu en Afrique un mot obsolète.
 
Les émigrés sont rentrés en masse et ramènent dans leur "opération de retour au continent natal" toute leur dignité et fierté d'être des fils d'Afrique.
 
En Europe, les tenants du racisme et de L'ETHNO-NATIONALISME changent d'angle d'attaque et convoquent dans leurs nouveaux discours ce qu'ils appellent "l'universalisme socio-économique".
 
La misère du monde ne vient plus de l'ancien continent si industriellement pauvre. Elle jaillit des anciens pays nantis, telle une eau des montagnes de sky.
 
La ville de Gabana est la nouvelle cible des demandeurs d'emploi d'Europe et d'Amérique.
 
En Afrique, Sega et ses amis ont même fait venir les sièges des Nations-Unies et de la FIFA. Le nouvel ordre mondial exige que L'AFROMATIERISME décide de tout ou presque.
 
Dans le monde, seule la Chine résiste encore et timidement à la superpuissante économie africaine. L'Amérique et l'Europe n'ont plus les moyens de tenir.
 
Mansour lit la situation et demande à Sega de convoquer ses amis pour une réunion de mise en perspective du continent.
 
Le jour-j... L'ordre du jour est un seul point : comment aider les autres à s'en sortir car en Europe et en Amérique l'électricité fait défaut et il n'y a plus assez d'usines pour faire travailler leurs si nombreux jeunes qui pour survivre agressent les familles financièrement entretenues par leurs compatriotes ayant trouvé un emploi dans la si géante cité de Gabana.
 
La ville est plus qu'une mégalopole. On l'appelle "le mondopole" parce que faisant deux fois la France.
 
Gabana est unique au monde.
 
Le "mondopole" est presque un paradis sur terre. Les plus bas salaires sont estimés à un million de dollars et les jets d'eau y distillent à tout vent du parfum.
 
Mardi 24 Septembre 2019
Dakaractu



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