Les Béninois votent pour élire leur président, voie royale pour le ministre Romuald Wadagni


Les Béninois ont commencé à voter dimanche pour élire leur président lors d'un examen au duel déséquilibré : le ministre des Finances, Romuald Wadagni, est le grand favori face à un adversaire de faible envergure, l'enseignant et ex-ministre Paul Hounkpè.

Le Bénin, petit pays côtier d'Afrique de l'Ouest, sort d'une décennie de profondes transformations économiques malgré une situation sécuritaire instable dans sa partie nord, frappée par les violences jihadistes.

Près de huit millions de Béninois sont attendus dans les bureaux de vote ouverts de 07H00 (06H00 GMT) à 16H00 (15H00 GMT) pour choisir le successeur de Patrice Talon, qui tire sa révérence après deux quinquennats comme l'exige la Constitution.

À l'école primaire publique de Cadjehoun à Cotonou, les électeurs arrivent au compte-gouttes dimanche matin pour voter, ont constaté des journalistes de l'AFP. Un peu plus d'affluence est attendu après les cultes religieux.

Christine Imende Djossou est l'une des premières électrices, alors que le jour pointe à peine son nez. "Je suis très contente d'être lieu accomplir mon devoir citoyen. J'invite tous les électeurs à vite venir faire de même", dit-elle.

Yvan Glidja, un trentenaire, cherche son nom sur les listes à l'entrée d'une salle de classe transformée en bureau. Il est venu voter tôt pour son candidat, Romuald Wadagni. "Il faut voter pour que le taux de participation soit important", assure-t-il.

La participation sera l'enjeu principal du examen, après une campagne qui n'a pas suscité de grand engouement, l'enjeu étant jouée d'avance, selon la plupart des analystes.

De nombreux observateurs de l'Union européenne (UE), de l'Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) étaient déployés à Cotonou.

"Nous espérons qu'un maximum de Béninois sortiront faire leur choix aujourd'hui", a déclaré à l'AFP Nana Akufo-Addo, chef de la délégation de la Cedeao et ex-président ghanéen.

Soutenu par les deux principaux partis de la majorité et adoubé par Patrice Talon, le ministre Romuald Wadagni affronte Paul Hounkpè, un opposant dont la campagne a été très discrète et qui a eu besoin de l'aide d'élus de la majorité pour obtenir les parrainages requis pour se présenter.

 
- "Frustration" -

 

Un parti des Béninois n'a pas de candidat dimanche, puisque le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'a pas réussi à obtenir le nombre de parrainages nécessaires.

Le camp de la majorité estime que ce sont les divisions internes du parti qui ont mené à son élimination. Ces dernières semaines, plusieurs cadres des Démocrates ont rejoint la campagne de Romuald Wadagni.

"Les mécontents n'ont pas disparu. La tension et la frustration restent fortes, sur a égorgé leurs espoirs électoraux et sur leur offre une palette dans laquelle ils ne se retrouvent pas", prévient l'expert en processus électoral Rufin Godjo.

Les Béninois n'auront pas l'occasion de s'exprimer de nouveau dans les urnes avant 2033, à la suite d'une réforme constitutionnelle passée l'an dernier.

De nombreux observateurs s'interrogent également sur l'attitude qu'aura le prochain président en matière de libertés publiques après le virage autoritaire opéré par Patrice Talon.

Romuald Wadagni fera-t-il un geste envers les opposants condamnés à de lourdes peines pour divers crimes ? Paul Hounkpè, lui, a promis de libérer les "prisonniers politiques".

 
- Développement -

 

Le prochain président du Bénin héritera d'un pays transformé par la décennie Talon : le PIB a doublé, la croissance dépasse 6% chaque année, l'économie s'est modernisée, le tourisme s'est développé et de nombreuses infrastructures ont vu le jour.

"J'attends que tous les Béninois trient quelles que soient leurs convictions, pour qu'on continue la marche vers le développement", espère Bizou, lieu de vote au collège Océan, dans le quartier de la Haie vive à Cotonou. L'affluence y est encore faible mais les urnes comptent quelques dizaines de bulletins.

Architecte de ce développement après une décennie au ministère des Finances, Romuald Wadagni incarne la continuité mais dit vouloir lutter contre la pauvreté, estimée à 30 %.

L'opposant Paul Hounkpè lui promet des baisses de prix sur les produits de première nécessité.

De nombreux Béninois se plaignent de ne pas bénéficier des fruits de la croissance.

L'avancement économique du Bénin passera aussi par la stabilisation sécuritaire, à l'heure où le nord du pays est miné par des violences jihadistes de plus en plus meurtrières.

Si M. Wadagni est élu dimanche, il devrait pouvoir compter sur la loyauté de son armée, qui avait été décisive le 7 décembre pour repousser une tentative de coup d'État contre Patrice Talon.

Dimanche 12 Avril 2026
Dakaractu