Législatives 2017 : Chroniques de la honte

Tout au long de la campagne des élections légilatives, j’ai voulu partager avec les lecteurs de ma page Facebook mes observations et inspirations. Au jour le jour. Ce sont ces textes que je propose ici à votre réflexion critique.


Législatives 2017 : Chroniques de la honte
Inauguration. Macky Sall vient d'"inaugurer" la rénovation inachevée d'une maternité de 15 lits à Ouakam. Ndeysaan ! Je lui suggère d'aller inaugurer aussi l'université de Kaolack qui n'est pas encore sortie de terre un an après la date prévue pour le démarrage des cours. Ou d'aller poser la deuxième pierre du projet de rénovation de l'hôpital Le Dantec.
275 milliards, c'est inaugurable ! Selon le ministre des Mines, le zircon sénégalais serait exploité par la française Eramet pour "un dollar le kg". Sur le marché mondial, le kg coûte plus de 60 dollars. Le calcul fait apparaître un manque à gagner de 275 milliards Cfa compte tenu des volumes annoncés. 
Une belle somme qui mérite une "inauguration" spécialement folklorique de Macky Sall.
Bac "mackillé" : fraude et incompétence. Ma fille me demande si le fiasco total de l'organisation du Bac 2017 va entraîner une année blanche. Je comprends son inquiétude qui est celle de tous les élèves et parents d'élèves. 
Mais ce n'est pas surprenant. Le Sénégal donne l'image d'un pays à l'abandon. Les responsabilités techniques sont confiées selon la couleur politique. Tant qu'on ne critique pas Macky Sall, on peut tout se permettre. 
La solution n'est pas dans le départ de X ou Y. C'est le problème Macky Sall que le Sénégal doit résoudre.
Fuite au Bac parlementaire. Une session extraordinaire d'une légalité douteuse, un projet de loi déposé à l'Assemblée plusieurs jours avant son adoption en conseil des ministres, du faux et de l'usage de faux,... 
Après les fuites du Bac notées hier, voilà qui confirme que la fraude et l'incompétence sont reines sous la gestion "mackillée".
C'est le problème Macky Sall que le Sénégal doit résoudre. En urgence !
Promesse non tenue. C'est bizarre : aujourd'hui que la campagne déguisée s'achève, je constate que Macky Sall n'a pas tenu sa promesse de faire pleurer les opposants avec des inaugurations spectaculaires. Depuis le petit dispensaire inachevé de Ouakam, plus rien. Il a disparu de la circulation. 
Ndeysaan ! Je répète donc ma suggestion : à défaut d'inaugurer, qu'il pose des deuxièmes pierres partout où il avait posé des premières pierres sans lendemain. Pour qu'au moins j'aie matière à pleurnicher. 
En attendant, bienvenue au Pape du Sopi !
Ducon-Macron. On avait vendu un président jeune. Il est venu avec de très vieilles lunes. Les Nègres font trop d'enfants. Voilà pourquoi ils sont si pauvres. 
Ça a l'air vrai : quand on distribue la richesse nationale à une population nombreuse, la part de chacun est faible.
Mais c'est évidemment faux : plus il y a de bras, plus la force productive de la richesse augmente.
Macron devrait lire Morin, le théoricien de la "pensée complexe".
Le 30 juillet, tous aux urnes pour battre les valets de Macron !
Guerre des cartes. La Raddho informe que 60% des électeurs n'ont pas reçu leurs cartes. Devant les commissions, des foules d'électeurs se rassemblent quotidiennement. Ils seront de plus en plus nombreux. 
Chacun d'eux a la conviction que Macky-Diallo le privent de sa carte pour frauder les élections. 
Nous savons tous vers quoi nous allons. En s'accrochant à des détails techniques, en refusant une solution globale concertée, Macky-Diallo vont allumer la mèche. Et ils seront les premières victimes.
Législatives présidentielles. L'enjeu des élections législatives, c'est la conquête de la majorité parlementaire. C'est donc la conquête du pouvoir. Dans ce sens, les législatives ont une dimension présidentielle, par nature. Méfions-nous alors des fausses évidences.
La première semaine de campagne montre que les Sénégalais ont parfaitement compris cet enjeu.
Et qu'ils ont un plan imparable : mettre Macky KO en 2017 et l'étaler en 2019.
Délire stalinien. Un vieux stalinien, apparemment converti sur le tard à l'ethnostratégie politique, propose l'interpellation par la justice de toutes les têtes de liste de l'opposition. En ne pensant en réalité qu'à un seul leader. 
Motif ? L'opposition "aurait" reçu un soutien de la Guinée voisine. 
Ce délire est loufoque, c'est sûr. Mais je vous dis que, de la part du pouvoir de Macky Sall, seul le loufoque mérite d'être pris au sérieux. 
Il ne saurait nous divertir cependant. Comme disait le héros ouest-africain Samory Touré, "quand on refuse, on se lève et on dit non ! ". Les Sénégalais se lèvent...
Bilans comparés. Selon les chiffres officiels rendus publics après son départ du pouvoir, la gouvernance du président Wade a permis de faire baisser le taux de pauvreté entre 2000 et 2012.
Les mêmes services de l'Etat viennent de nous apprendre que la gestion de Macky Sall a eu le résultat contraire : depuis 2012, le Sénégal compte 500 000 pauvres de plus, le taux de pauvreté ayant augmenté de 1,2 pour cent.. 
Deux résultats qui devraient édifier certains analystes qui se disent surpris par l'ampleur de la dynamique populaire autour de la Coalition Gagnante Wattu Sénégal.
Leçons d'un ratage. En 2012, Macky Sall disposait de trois atouts lui promettant le succès.
1. L'adhésion des jeunes attirés par son profil de jeune Sénégalais ordinaire ayant réussi à devenir Président;
2. L'absence d'opposition, les dirigeants évincés du pouvoir étant ses anciens amis disposés à l'accompagner car le considérant comme un "moindre mal",
3. L'amélioration de la conjoncture économique avec la baisse durable des cours du baril de pétrole.
Cinq ans après, le constat d'échec est décevant.
La grande leçon de ce ratage réside peut-être dans la sourate 90 (Le Pays) du Saint-Coran : le chemin de l'homme est toujours double (wa hadaynahu najdayni).
C'est la vertu seule qui permet d'éviter l'un et d'emprunter l'autre pour rencontrer le succès matériel et spirituel.
Cela, Macky Sall le savait en 2012 puisqu'il avait promis "une gestion vertueuse et transparente". 
La leçon est donc certainement dans cet enseignement de Serigne Touba : "Seul le savoir mis en application est pertinent".
Wade-bashing et sonkonerie. Sonko est sympathique. Et prometteur, comme toute cette nouvelle cuvée de jeunes intellectuels sénégalais que je vois éclore dans les sciences, la culture, la politique, etc.
C'est pourquoi je veux lui dire un mot. Je n'ai jamais regretté les années que j'ai passées aux côtés du président Dia. Par contre, je regrette de n'avoir pas été, en son temps, aussi proche du professeur Cheikh Anta Diop ou de Maître Wade, alors que j'en avais la possibilité. 
Mon mot est le suivant : au lieu de répéter comme de naïfs perroquets les poncifs du Wade-bashing, ayez l'intelligence de vous rapprocher de la composante essentielle de votre héritage qu'il incarne.
Entêtement suicidaire. M. Abdoulaye Daouda Diallo a certainement des qualités. Tout le monde en a. Mais jamais le Sénégal n'a connu un ministre de l'Intérieur aussi incompétent et dangereux. 
Tous les Sénégalais ont encore en travers de leur gorge sa fameuse justification lors du référendum : " je sais que la Loi ne me le permet pas mais je vais quand même publier les résultats du référendum ".
En plus, le maire APR serait en première ligne des faucons du camp présidentiel. 
Est-ce l'explication de l'entêtement suicidaire de Macky Sall à lui confier l'organisation des élections ? 
Quelle que soit la réponse, une chose est sûre. En République, le peuple des électeurs est le Roi. Et il va faire entendre sa Voix et imposer sa Loi. Dès demain.
Diluer la fraude dans un océan de participation. Comment contrer efficacement la fraude électorale ? C'est la question à un milliard aujourd'hui. Reformulons-là : comment avions-nous réussi dans le passé ? Dans un scrutin de 3 voix, un vote frauduleux permet une victoire volée. Mais 10 ? Mais 100 ? Mais des millions de voix ? La fraude est limitée forcément. Seule la participation massive est son antidote.
Aujourd'hui, grâce à la Marche des cartes initiée par le président Wade, des millions d'électeurs ont retrouvé leur droit de vote. J"en fais partie, ma carte restant introuvable.
L’intention et la planification frauduleuses sont manifestes du côté de BBY. Mais nous sommes plus forts.
Un peuple debout ne sera jamais vaincu !
Tous aux urnes ! Aucune voix ne doit manquer !
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Vol de députés. Les chiffres contradictoires qui circulent ce matin n'occultent pas un fait, un seul, le fait marquant : une nette majorité d'électeurs a voté contre BBY et pour les listes de l'opposition.
Malgré le sabotage du scrutin par ceux-là mêmes chargés d'assurer son intégrité, malgré la quasi interdiction du vote à Touba, malgré la rétention des cartes, les électeurs ont dit leur mot.
Le vol de députés devient alors la dernière bouée de sauvetage pour empêcher la cohabitation clairement souhaitée par l'électorat. Vol des députés de Dakar notamment s'ajoutant au fric-frac de Touba où les plus de 100.000 voix subtilisées à Wattu valent bien deux députés sur la liste nationale.
Un Exécutif voleur, un Législatif volé, une "victoire" au goût de honte. En attendant 2019...
Mépris national. Les constats alarmants des observateurs africains des législatives 2017 sont clairs. Notre pays retourne sur la liste peu enviable des démocraties arriérées, après un riche passé de vitrine démocratique. 
Ainsi Macky-Diallo ont-ils réussi leur grand bond en arrière en termes de sabotage du scrutin et de sabordage de la volonté populaire. 
Les votes multiples, les achats de vote, le chantage clientéliste, l'ethnostratégie électorale, la violence ont été les principaux déterminants du vote BBY. 
Mais Macky-Diallo ne peuvent rien contre le silence profondément méprisant que les électeurs réservent à leur "victoire" honteuse. 
Ils ne pourront pas non plus les forcer à écouter les chœurs hypocrites d'une société dite "civile" qui a déjà commencé à inoculer des promesses sédatives sur un prétendu "dialogue politique" et des lendemains électoraux qui chantent. 
Zéro confiance aux voleurs pour organiser des élections honnêtes. 
Toute confiance à l'électeur conscient et déterminé à exercer pleinement son droit de choisir librement le président du Sénégal en 2019.
Leçons de Dakar. Dakar a rejeté Macky Sall et sa liste et plébiscité l'opposition avec un écart positif de 50.000 voix. Tel est le verdict d'un scrutin soumis 72 heures durant au laminoir de la fraude et des manipulations.
Ce chiffre comporte au moins trois leçons.
- Une leçon de réalisme pour l'opposition dont les dirigeants n'ont pas su, en son temps, consentir l'unité pour offrir aux Dakarois le point d'appui dont ils avaient besoin pour vaincre Macky Sall.
- Une leçon d'iniquité du mode de scrutin qui fait que 3000 voix en pèsent 350.000, en conférant sept postes de député.
- Une leçon de stratégie pour la présidentielle de 2019.
Finalement, le rôle d'une opposition avertie est d'écouter le peuple et de lui donner les moyens juridiques et organisationnels de mettre en forme sa volonté radicale de changement en 2019.
Conclusion : Ça va mal ! L’actualité impose de donner à ces chroniques une conclusion pessimiste. Le délire de Penda Ba-Agnam sur Facebook inquiète et avertit. Il traduit la souffrance d’une conscience communautaire atrocement labourée par l’ethnicisme depuis dix ans. Il indique un trop-plein. Le sans-gêne avec lequel les tenants actuels du pouvoir attisent les identités et irrédentismes périphériques, dans un but strictement électoral, commence à faire bouillir la marmite sociale. Elle pourrait bien nous exploser à la figure et nous exposer à des dérives qui rendraient caduques des décennies d’efforts en vue d’une intégration nationale.


Mamadou Bamba NDIAYE
 
Samedi 5 Août 2017
Dakaractu




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