Le vibrant hommage de Diomaye à Wade : « Patience, respect et primauté de la nation… vous avez compris que la démocratie n’est pas un butin que l’on arrache… »


Dans un discours empreint de solennité ce matin dans l’enceinte du Grand Théâtre National, le président Bassirou Diomaye Faye a rendu hommage à Abdoulaye Wade en dégageant trois vertus cardinales qui, selon lui, définissent la trajectoire de l’ancien chef de l’État.

 

La première vertu célébrée selon Diomaye Faye est celle de la persévérance. « Rien de durable ne naît dans la précipitation », a rappelé le président Faye, soulignant que les plus justes causes sont presque toujours les plus patientes. À rebours d’une époque qui promet à la jeunesse que tout est facile et que tout est dû, la vie de Wade incarnerait, selon lui, une vérité plus rude et plus belle : celle de l’homme au regard fixé sur un horizon que tout commande, qui voit partir les compagnons découragés et choisit de rester.

 

La deuxième vertu est celle du respect de l’adversaire. Le président Faye a rappelé les années difficiles de l’opposant Wade comme la prison, la suspicion, les procès, l’exil intérieur non pour rouvrir des plaies, mais pour mesurer ce que la démocratie sénégalaise a fini par tenir pour acquis. Sous le tribun de combat, a-t-il dit, veillait un homme courtois et attentif aux égards dus à chacun, y compris à ses rivaux. Il a cité en exemple le geste de Wade allant saluer la mère du président Abdou Diouf en pleine campagne électorale. « On peut vouloir l’emporter sans humilier », a résumé Bassirou Diomaye Faye.

 

L’alternance de 2000 a occupé une place centrale dans ce passage. Le président Faye a salué la noblesse des deux protagonistes : Abdou Diouf, qui reconnut sa défaite sans la contester, et Wade, qui reçut la victoire sans esprit de revanche. « Deux hommes que tout opposait écrivirent ensemble l’une des plus belles pages de notre histoire », a-t-il déclaré, rappelant que le pouvoir s’était transmis par la seule volonté du peuple, jamais par la rue ni par la force. La démocratie, a-t-il conclu, « n’est pas un butin que l’on arrache, c’est une flamme que l’on se passe de main en main ».

 

La troisième vertu est celle de l’engagement pour la nation et le continent. Le président Faye a retracé le parcours intellectuel exceptionnel de Wade, de l’école William Ponty au double doctorat en droit et en économie, du décanat de la faculté de droit de Dakar au barreau, pour souligner que cette intelligence ne fut jamais mise au service d’une seule ascension personnelle. En 1956, Wade était déjà aux côtés d’Alioune Diop, de Senghor et de Cheikh Anta Diop au premier Congrès des écrivains et artistes noirs, porté par la conviction que l’homme noir avait le droit de penser le monde et non seulement de le subir.

 

Le fil conducteur de cette vie, a conclu Diomaye Faye, est le refus du misérabilisme. Wade n’a jamais admis qu’un peuple pauvre fût condamné à penser étroitement. « Là où d’autres voyaient des dépenses, il voyait des semences », a-t-il déclaré, saluant le pari constant de l’ancien président sur l’éducation et le génie africain, des cases des tout-petits aux universités essaimées à travers le territoire.

Jeudi 4 Juin 2026
Dakaractu