Le président El-Ghazouani au forum de Dakar : « L’intégration n’est pas une ambition, c’est une nécessité »


Invité d’honneur de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, de même  que le président Sierra Léonais, par le président Bassirou Diomaye Faye, le chef de l’État mauritanien Mohamed Ould El-Ghazouani a pris parole autour d’une conviction centrale: celle des défis du continent qui ne peuvent être surmontés qu’à travers une approche globale. Selon lui, il y’a trois dimensions indissociables notamment la stabilité, l’intégration et la souveraineté. D’emblée, El-Ghazouani a posé le cadre de sa réflexion. En effet, la question n’est plus de dresser un état des lieux, « ce travail a déjà été largement accompli », a-t-il estimé. Mais bien d’identifier des solutions concrètes pour bâtir « une Afrique stable, intégrée et souveraine ». 

Un objectif qu’il a qualifié de « stratégique commun » sans oublier d’insister sur la responsabilité collective des États africains dans sa réalisation.

 

Sur la stabilité, le président mauritanien a insisté sur les fractures sociales, les tensions identitaires, le déficit de gouvernance, les ruptures institutionnelles et l’expansion des groupes armés non étatiques. Face à ces menaces, il a jugé qu’une réponse exclusivement sécuritaire « ne saurait suffire », plaidant pour une approche globale combinant amélioration de la gouvernance, renforcement de l’état de droit, garantie d’un accès équitable aux conditions de vie dignes et investissement dans la jeunesse. Il a également appelé à consolider les mécanismes continentaux de coordination, notamment à travers l’Union africaine, en modernisant son architecture de paix et de sécurité.

 

Sur l’intégration, El-Ghazouani a été catégorique : pour l’Afrique, « l’intégration n’est pas une ambition, c’est une nécessité ». Il a salué la Zone de libre-échange continentale africaine comme un levier majeur de transformation économique, tout en avertissant que la faiblesse du commerce intra-africain tient moins aux barrières tarifaires qu’à des facteurs structurels profonds, la faible industrialisation, économies peu diversifiées et la prédominance des exportations de matières premières. 

L’intégration doit donc, selon lui, s’accompagner d’efforts soutenus en matière de transformation locale et d’innovation technologique. Il a par ailleurs rendu hommage à l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, qu’il a présentée comme « un modèle de gestion concertée et solidaire des ressources transfrontalières » et un exemple à suivre pour le continent.

 

Sur la souveraineté, le chef de l’État mauritanien a proposé une lecture résolument contemporaine du concept. La souveraineté ne peut plus se réduire, a-t-il dit, à son acception classique d’indépendance absolue. Elle se décline désormais en autant de dimensions que de niveaux de dépendance alimentaire, énergétique, hydrique, numérique, sanitaire et se mesure à la capacité des États à « maîtriser leurs dépendances, en réduire les vulnérabilités et en renforcer les résiliences ». C’est précisément l’intégration africaine qui offre, selon lui, les moyens d’y parvenir, en limitant les dépendances extérieures et en amplifiant la voix du continent sur la scène internationale.

Lundi 20 Avril 2026
Dakaractu