Le ministre du Commerce «libère» le sucre coincé au Port : L'Etat cède aux menaces de l’Unacois


Après avoir fait croire que force resterait à la loi, le gouvernement est revenu sur sa décision et autorise l’entrée des quinze mille tonnes de sucre bloqués au port de Dakar. Et après coup, il demande une concertation des différents acteurs, que la Css est décidée à ne pas lui accorder.
Le ministre du Commerce, de l’Industrie et du Secteur informel a convoqué pour ce matin, les représentants de l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois), de la Compagnie sucrière sénégalaise (Css), ainsi que des distributeurs et des consuméristes, à une réunion dans ses bureaux. Mais sa rencontre risque fort d’être déséquilibrée, parce que la compagnie sucrière a annoncé qu’elle ne s’y présentera pas. Pour M. Louis Lamotte, conseiller du Dg, il ne peut être question pour eux, de rencontrer «des gens qui nous ont vilipendés et insultés par voie de presse il n’y a pas si longtemps».
Plus encore, le collaborateur de Jean-Claude Mimran estime que dans cette affaire, les jeux sont déjà faussés, et que l’Etat est en train de revenir sur sa décision. Et dans ces conditions, il ne peut être question pour la Css, de prendre part à une parodie de concertation.
En fait, la rencontre d’aujourd’hui est une réponse à la sortie des commerçants de l’Unacois du mercredi 12 juin dernier (voir Le Quotidien n°3116 du jeudi 13 juin 2013). L’opinion avait entendu les collègues de Idy Thiam et de Ibrahima Lô vitupérer contre la décision de l’Etat de bloquer au port, une quantité de 15 000 tonnes de sucre importée par leurs soins, au motif de faciliter l’écoulement du sucre produit par la Css. Quelque temps auparavant, cette dernière avait de son côté tiré la sonnette d’alarme, en signalant que du fait d’une importation excessive, elle ne parvenait plus à écouler sa production, et que dans ces conditions, il y avait de fortes chances qu’elle soit obligée de se débarrasser d’une bonne partie de son personnel, et que d’ores et déjà, la campagne agricole à venir se voyait hypothéquée. C’est à la suite de cette annonce que le ministère du Commerce avait, en concertation avec les autres services de l’Etat, suspendu l’autorisation des importations de sucre.
Ne se contentant pas dénoncer ce qu’ils jugeaient comme un parti-pris en faveur de la compagnie de Mimran, les commerçants membres de l’Unacois avaient fait comprendre à l’Etat qu’ils étaient capables de créer une pénurie de produits comme le riz et le lait, ce qui ne serait pas sans conséquence, surtout à l’approche du mois de Ramadan, la période de jeûne musulman.
Et il semble que le message soit bien arrivé à destination. Pourtant, juste après la sortie des commerçants, le mot d’ordre au ministère avait été de ne pas céder au chantage. Ainsi, la direction du Commerce intérieur avait même publié un communiqué ce même jour, pour indiquer que «l’approvisionnement du marché en riz, en huile et en sucre fait l’objet d’un suivi strict et régulier pour prévenir tout risque de distorsion dans l’offre». Le même document déplorait «l’appel à une désobéissance civile et [invitait] tous les acteurs à se conformer aux lois et règlements». La Dci soulignait par ailleurs, qu’en tout état de cause, les services de contrôle veilleraient à un respect strict de la réglementation.
Il faut croire que ce n’était que des rodomontades. Même pas une semaine après, le ministère de tutelle ravale sa bave et va à Canossa.
En effet, la réunion de ce matin a pour objet d’annoncer officiellement la décision du gouvernement de laisser entrer le sucre bloqué au port. Bien entendu, on devait s’attendre à ce que cela ne soulève pas l’enthousiasme de la Compagnie sucrière sénégalaise. Louis Lamotte expliquait déjà hier que cette mesure remet en cause la capacité de sa compagnie à écouler les surplus de sucre qu’elle a stockés. Comme les commerçants de l’Unacois, la Css comptait sur la période du Ramadan, où la consommation de sucre augmente fortement, pour écouler son stock. «Cette reculade du gouvernement change complètement les choses et risque de nous replonger dans notre détresse, dont nous espérions être sortis».
Mais le plus choquant encore pour ce collaborateur de Mimran, c’est de constater que même l’engagement du président de la République n’est pas respecté. Macky Sall avait demandé que tout soit mis en œuvre pour que la Css soit préservée des aléas des importations sauvages. Mais à la Css, on a le sentiment que des personnes «tapies dans l’ombre», au sein même de l’appareil d’Etat, s’arrangent pour faire torpiller les décisions  du chef de l’Etat. Et pour les travailleurs de Mimran, pas besoin d’aller plus loin que le neuvième étage du Building administratif pour trouver la personne qui, en douce, arme le bras des gens de l’Unacois, et contraint le ministre du Commerce à revenir sur sa décision.

Le quotidien
Lundi 17 Juin 2013
Daddy Diop