Le faux lieutenant et les conteneurs fantômes : plongée dans la supercherie qui secoue Guédiawaye


Le tribunal de Pikine–Guédiawaye a été, vendredi, le théâtre d’un énième épisode d’une affaire aussi nébuleuse que rocambolesque : celle de Maleyni Aïdara, un retraité présenté comme le bras droit d’un certain Cheikh Seck, cerveau présumé d’un réseau de dédouanement fictif. Selon L’Observateur, qui retrace minutieusement cette saga judiciaire, l’homme aurait joué le rôle d’un faux lieutenant des Douanes, accumulant promesses creuses, assurances trompeuses et transactions douteuses.

 

Un prévenu qui nie tout… mais des victimes qui le chargent

 

D’entrée de jeu à la barre, Maleyni Aïdara adopte la stratégie du déni total. Il se décrit comme un simple intermédiaire, “souvent en contact, mais pas ami” avec le fugitif Cheikh Seck. Une version balayée par les différentes victimes, qui voient plutôt en lui un acteur-clé de l’arnaque.

 

La première victime, Awa Thiam, raconte comment Cheikh Seck lui avait promis un dédouanement urgent. Lorsque le compte Wave de ce dernier a été plafonné, c’est Maleyni qui se serait présenté comme lieutenant des Douanes, assurant pouvoir “débloquer” la situation. Confiance aveugle, transfert immédiat : 100 000 F Cfa envolés.

Mais face au tribunal, le prévenu nie en bloc : « Je ne l’ai jamais rencontrée ailleurs qu’au commissariat. Je n’ai jamais prétendu être douanier », jure-t-il.

 

34 transactions, 5 millions envolés : le calvaire de Mathieu Ndig Faye

 

Le témoignage le plus accablant est celui de Mathieu Ndig Faye, la seconde victime. Mis en relation depuis la France, il tombe lui aussi dans le piège. Son argent, environ 5 millions F Cfa, devait transiter via Maleyni vers Cheikh Seck, dont le compte — encore une fois — était plafonné.

 

Il parle d’une véritable association frauduleuse, d’un duo parfaitement rôdé. En tout, 34 transactions réalisées… pour zéro conteneur sorti. Plus d’un an d’attente, de fausses assurances et d’espoirs entretenus avant que Mathieu ne dépose plainte le 29 avril 2024.

 

460 000 F perdus pour “carburant, assurance et chauffeur”

 

Troisième victime : Ousmane Sarr, représenté par un parent. Selon lui, 400 000 F Cfa ont été remis directement à Maleyni pour “assurance, carburant, chauffeur”.

Cette fois encore, le prévenu ne nie pas avoir reçu l’argent… mais rejette toute responsabilité : « C’était pour Cheikh », se défend-il.

 

La défense crie à l’acharnement… mais le parquet reste ferme

 

L’avocat de Maleyni rappelle qu’il a déjà été relaxé en août dans cette même affaire, les victimes ayant reconnu s’adresser principalement à Cheikh Seck. Il déplore ce qu’il appelle une “poursuite par défaut”, les plaignants se retournant systématiquement contre son client faute d’avoir mis la main sur le véritable cerveau, en cavale.

 

Selon la défense, on ne peut retenir contre lui qu’un simple abus de confiance pour les 400 000 F d’Ousmane Sarr, mais certainement pas une escroquerie organisée.

 

Le ministère public ne partage pas cet avis et requiert 3 mois ferme, qualifiant les faits d’usurpation de fonction et abus de confiance.

 

Le verdict tombe : six mois avec sursis et remboursement total

 

Après délibéré, le tribunal tranche : Maleyni Aïdara est reconnu coupable.

Une peine est prononcée avec 6 mois de prison avec sursis, le remboursement intégral des montants escroqués, soit :  5 145 055 F Cfa à Mathieu Ndig Faye,  400 000 F Cfa à Ousmane Sarr,  100 000 F Cfa à Awa Thiam. 

Lundi 24 Novembre 2025
Dakaractu