Elle a surgi sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre, relayée à un rythme effréné par des internautes convaincus de tenir une information majeure. Un visuel largement partagé attribuait au Président Bassirou Diomaye Faye l’annonce d’une hausse spectaculaire de la subvention à l’électricité, faisant passer son montant de 250 milliards à 729 milliards de FCFA, dans le but affiché de rendre le prix de l’électricité plus accessible aux populations.
Pour parachever l’illusion, le logo de la Senelec avait été apposé sur l’affiche, une signature visuelle qui suffisait à conférer à l’annonce une apparente authenticité. De nombreux citoyens, persuadés que cette décision présidentielle venait soulager leur quotidien, ont massivement partagé le visuel sans en soupçonner la supercherie.
Derrière cette affirmation séduisante se cache pourtant une confusion soigneusement entretenue. Contacté hier soir par L'Observateur, le Directeur général de la Senelec, Papa Toby Gaye, a tenu à clarifier la situation : cette affiche ne provient nullement de la société nationale d’électricité, dont le logo a été utilisé de manière frauduleuse et sans aucune autorisation. L’entreprise dénonce ainsi une usurpation d’identité numérique qui engage faussement son institution et risque, au-delà de son caractère mensonger, de nourrir des attentes économiques déconnectées de la réalité budgétaire.
L’autre anomalie, et non des moindres, réside dans l’ampleur même des chiffres avancés. Si l’État mobilise effectivement des ressources pour contenir le choc énergétique, cela ne signifie pas automatiquement une baisse du prix de l’électricité pour le consommateur. La confusion entretenue par le message diffusé sur les réseaux sociaux ne change en rien la donne fondamentale : la subvention globale au secteur de l’énergie, qui englobe notamment les produits pétroliers, n’est pas à confondre avec un périmètre exclusivement dédié à l’électricité. Cette distinction, loin d’être un détail sémantique, a une portée mentale et politique considérable pour une opinion déjà mobilisée sur les prix. Face à la hausse des cours et afin d’éviter un ajustement majeur portant l’enveloppe de soutien à l’énergie à 250 milliards de FCFA, l’État a procédé à un ajustement immédiat sur les prix, une répercussion que les consommateurs sénégalais suivent de près. Cette affaire intervient alors que la politique énergétique demeure au cœur des arbitrages économiques du pays. Si les autorités sénégalaises ont, jusqu’ici, tenu à suivre intégralement les recommandations des institutions de Bretton Woods, notamment celles relatives à l’application stricte de la vérité des prix dans le secteur de l’énergie, elles n’en affichent pas moins une volonté de parvenir progressivement à une gestion plus orthodoxe des finances publiques.
Dans ce fragile équilibre entre impératif social et discipline budgétaire, chaque chiffre devient un enjeu politique. Et chaque annonce approximative, amplifiée par la puissance virale des réseaux sociaux, peut rapidement se transformer en promesse imaginaire, là où la réalité économique exige davantage de précision et de responsabilité.