Le délitement politique du Sahara inauguré le jour où Khadafi trépassa.


L’Afrique entière est choquée par les derniers massacres survenus au Burkina Faso. Selon les dernières estimations, on ne compte pas moins de 30 personnes assassinées des manières les plus atroces. Malheureusement, cette boucherie n’est que le fruit d’un long processus de délitement politique de la région du Sahara, inauguré le jour où Kadhafi trépassa.

Kadhafi, qu’on aimait critiquer pour son autoritarisme, a par sa présence su tenir les terroristes éloignés du Sahara. Il assumait ce rôle de gardien régional. Sa mort n’a non seulement ouvert les portes de la région aux mouvements terroristes de tout bord, mais également permis que ses stocks d’armes tombent entre les mains des ennemis de la civilisation africaine. L’Occident, et tout particulièrement la France, portent une grande faute dans cette affaire. Depuis, le Sahara est une zone de guerre permanente et cette population a fini par tomber entre deux feux.

Séduits par les mouvements terroristes, des jeunes ont rejoint le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), attirant sur toute la population le courroux des autres groupes ethniques de la zone. A partir de cet instant, ils sont devenus exposés et la tragédie qui vient d’avoir lieu n’était qu’une question de temps. 

Elle est symptomatique comment la déstabilisation systématique du Sahara par des puissances étrangères et le financement du terrorisme génère des actes barbares qu’on pensait régler depuis longtemps. Elle démontre aussi comment la haine semble l’emporter sur le désir de vivre en paix.

Il ne faut pas se leurrer, ce qui est arrivé est non seulement tragique, mais extrêmement dangereux pour toute l’Afrique de l’Ouest. Plus la guerre perdure au Sahara, plus les tensions entre les groupes ethniques montent. Il arrivera un moment où la fibre qui tient les nations africaines ensemble va se défaire.

Les sociétés humaines ont des limites de ce qu’elles peuvent supporter avant de céder au chaos et le chaos est la chose la plus dangereuse pour toute civilisation humaine. Il faut donc que les pays africains prennent leur responsabilité. La crise au Mali et au Burkina est très sérieuse et si elle n’est pas résolue, elle finira par contaminer toute la région.

Egalement, il faut que les pays véritablement responsables de cette situation, assument la responsabilité de leurs méfaits. Ils ont destitué Kadhafi et laisser un vide s’installer qui est une des grandes causes de la situation actuelle.

Cette zone serait probablement encore debout si Sarkozy n’avait pas lancé sa campagne contre un dirigeant libyen qui avait la vertu de garantir la paix et la stabilité. Ma volonté n’est pas de sanctifier Kadhafi, mais de mettre en avant qu’il était un acteur géopolitique central et qu’on l’a éliminé sans réfléchir à une solution de substitution.

Mon cœur saigne pour les pauvres gens massacrés, mais je crains que nous risquons d’assister à d’autres massacres si les dirigeants africains ne réagissent pas avec fermeté et efficacité devant cette crise généralisée.

Cette zone est le symptôme d’une maladie qui est en train de tuer le corps ouest-africain. Nous devons mettre un terme aux groupements terroristes dans la région afin de mettre la base pour la paix, la stabilité et l’harmonie entre les groupes ethniques. C’est, je crains, la seule vraie solution, pour éviter des nouveaux massacres.

Boubacar SYLLA
Chercheur
 
Samedi 5 Octobre 2019
Dakaractu



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