Le Sénégal au bord de la faillite économique…


Philippe Bouvard disait que « Rien n'est plus choquant quand on dirige un pays au bord de la faillite que de bénéficier d'un train de vie de milliardaire ». Les problèmes surviennent quand les dépenses sont plus importantes que la perception des recettes. L’État se rapproche des banques, émet un emprunt public interne ou un emprunt extérieur en ordre de faire face à ses obligations. L’endettement pour se développer est possible et a été accomplis par l’Europe avec le « plan Marshall ».
La dette du Sénégal représente 60% du PIB due principalement aux investissements résultant du Plan Sénégal Emergent (PSE). Néanmoins cela résultera d’une forte croissance économique mais paradoxalement pas trop soutenable. En 2017 le Sénégal a fait face à un retard de paiement du service de la dette alors que le PSE est en pleine réalisation. Cela représente un danger car cela illustre l’insolvabilité du Sénégal pouvant résulter de la reluctance des bailleurs de fonds de nous octroyer des prêts. Selon la DPEE, en 2013 la dette représentait 45,7% du PIB, 50,6% en 2014, 55,7% en 2015, 59% en 2016 et 61,44% en 2017. La dette accroît entre 4% et 5% par année alors que le taux de croissance se situe entre 6% et 7% prouvant que la dette est soutenable. Le service de la dette a augmenté entre 2014 et 2017 de 24% à 30% et absorbe la majorité de nos recettes fiscales. Nous savons aussi qu’un endettement excessif entraine la récession et la majeure partie du PSE n’a pas encore été mis en œuvre et cela résultera d’un endettement qui pourra être soutenable tant que la croissance accroitra. Va-t-on vers un défaut de paiement qui est lorsqu’un pays n’arrive plus à rembourser sa dette, soit partiellement ou intégralement ? Pratiquerons-nous l’effet « boule de neige » qui consiste à s’endetter pour payer sa dette ? Nous devons obligatoirement éviter ces deux scénarios si nous voulons aspirer à l’émergence. L’endettement n’est pas mauvais si la croissance est présente et si le taux d’emprunt est très bas comme le cas du Japon qui à un moment était le pays le plus endetté au monde avec une dette représentant 250% de son PIB. 
Malgré une forte croissance économique, nous assistons toujours à une pénurie d’emplois de qualité dans le secteur formel. Cela démontre que nous ne sommes pas en train d’investir dans le capital humain pour avoir une main-d’œuvre qualifiée ; mais comme j’ai l’habitude de le dire, nous sommes en train d’élever sur une fondation pas adéquate. Je ne pense pas que nous pouvons parler d’émergence tant que l’indice de développement humain n’est pas acceptable et que chaque citoyen sente la croissance. L’émergence ne s’agit pas d’ériger des infrastructures de dernière génération si la population ne mange pas à sa faim, ne se soigne pas quand elle est malade, et n’arrive pas à trouver un emploi convenable pour subvenir à ses besoins. Comment se fait-il que nous n’arrivions pas à balancer notre budget en 2018 ? Nos recettes fiscales proviennent principalement des tarifs douaniers et des impôts pendant que le secteur informel est en train de jouir de la totalité de leur bénéfice tout en pratiquant l’évasion fiscale. Il faut impérativement corriger ce problème et dans le plus bref délai pour éviter une faillite de notre économie nationale. Nous avons approché le ministre de ce secteur pour lui faire part de nos recommandations et attendons son retour.  En plus de cela, il nous faudra remédier à ces maux pesant sur notre économie nationale que sont les exemptions fiscales, le non-recouvrement de l’impôt, les subventions budgétaires ainsi que la réduction de l’effectif de la fonction publique. Il n’y a pas pire échec que de se vanter d’une forte croissance économique ne résultant pas à la création d’emplois de qualité. La croissance pourra dépasser la barre des 7% l’année à venir mais cela ne dérivera toujours pas à la création d’emplois ni à un meilleur indice de développement humain. L’État a voulu continuer dans la même lancée que le président Wade avec le développement des infrastructures alors que la priorité devait changer pour nous permettre de souffler et d’orienter l’économie vers la création d’emplois. L’État doit impérativement réduire son train de vie le plus tôt possible pour éviter un autre plan « Sakho-Loum » car nous allons directement vers cela. Toute cette flopée de ministres conseillers avec leurs salaires et d’autres avantages, le HCCT, le CESE, le budget exorbitant de la présidence entre autres doivent être réévalués car nous sommes un pays pauvre et très endetté malgré une forte croissance. L’État doit investir dans l’éducation et la santé principalement puis dans la création d’emplois. Amadou Ba, ministre de l’économie et des Finances disait que « le franc CFA permet aujourd’hui aux pays de l’UEMOA d’avoir une croissance vigoureuse ». Il a parfaitement raison mais c’est une déclaration politicienne car il sait pertinemment que ce franc ne reflète pas la réalité de notre économie et que l’appréciation de l’Euro nous affectera directement. Une seule question pour vous Mr. Ba : maitrisez-vous le triangle d’incompatibilité ? Pour éviter que le PSE ne produise pas les effets escomptés, il faudra impérativement changer des à présent la direction du pays. Arrêtons tout endettement pour la construction de stades, d’infrastructures de nouvelle génération. Le danger en est que les milliards investis dans les infrastructures et l’énergie dépendent largement de l’investissement privé que nous ne pouvons point garantir. Si le Sénégal est en avance par rapport aux pays voisins sur le plan infrastructurel, nous ne sentirons pas l’effet de ces infrastructures. Si nous construisons des autoroutes et que nous ne délocalisons pas les entreprises industrielles qui sont essentiellement situées à Dakar, nos autoroutes s’useront plus vite car cette forte polarisation entrainera une dépréciation accélérée de ces infrastructures. Nous devons coordonner avec les pays frontaliers pour plus optimiser ces investissements. 
Pour éviter une faillite imminente de notre économie, il est temps de complètement changer de cap et d’industrialiser les régions pour désengorger Dakar et donner accès à l’emploi aux jeunes. Il faudra arrêter ou réduire l’investissement sur les infrastructures pour alléger la dette ainsi que son service. Il n’y a aucune chance à ce rythme que le Sénégal émerge peu importe le nombre de milliards que l’on enterrera. La dévaluation du franc CFA avait causé une expansion économique car elle reflétait le vrai état de notre économie. Avons-nous besoin d’une autre dévaluation forcée ou pouvons-nous être assez responsable cette fois-ci pour rectifier le tir avant que cela ne soit trop tard ?

Mohamed Dia, Consultant bancaire
Email : mohamedbaboyedia@gmail.com
Jeudi 16 Août 2018
Dakaractu



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